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connaissance et culture pour tous... à tout âge on apprend !!!
jeudi 27 mai 2010, a 11:24
Des Cent-Jours à la Commune (1815-1870)
 

Le musée de l'Armée rouvre ses espaces dédiés aux années 1815-1870, après la période de Louis XIV à Napoléon Ier inaugurée l'année dernière. Il s'agit d'une étape importante qui clôture une vaste entreprise de rénovation et qui permet au musée de l'Armée de présenter à nouveau l'ensemble de ses collections au sein d'une nouvelle muséographie moderne et didactique.


Depuis le 20 mars, l'ensemble des salles de l'aile Orient du musée de l'Armée sont à nouveau ouvertes au public après quatre années de travaux. 


- La visite débute avec, au rez-de-chaussée, les deux anciens réfectoires des pensionnaires de l'Hôtel des Invalides, tous deux décorés de peintures murales dues à Jacques Antoine Friquet de Vauroze (1648-1716). Réalisées en 1677-78, ces décors retracent les principaux épisodes de la guerre de Dévolution (1667-1668) et ont fait l'objet d'une importante campagne de restauration.


                                  
                                         Salle Vauban, nouvelle scénographie. (c) Musée de l'Armée-Paris / Christophe Chavan

- Ces deux réfectoires sont intégrés au nouveau parcours de visite. L'un, dit « salle Turenne », évoque l'affectation première de l'espace – celle d'accueillir les repas des pensionnaires des Invalides – par un alignement de tables, présentant aux visiteurs documents écrits et graphiques, tout en leur fournissant des clefs de découverte des Invalides. L'autre, dit « salle Vauban », présente un important cortège de treize cavaliers du Consulat jusqu'au Second Empire, provenant pour partie des ateliers des peintres Ernest Meissonnier et Édouard Detaille. 


- A l'étage, le parcours, qui s'étend de Louis XIV à Napoléon III, propose une visite chrono-thématique confrontant contexte politique et contexte militaire. Il se décompose en six temps : La vie militaire aux XVIIe et XVIIIe siècles, la Révolution armée, les guerres de l'Empire, Napoléon, 1815-1851 et enfin 1852-1870. 


- Après la première ouverture de la période de « Louis XIV à Napoléon Ier » en mai 2009, est désormais accessible à la visite la seconde partie « des Cent-Jours à la Commune ».

Les Cent-Jours ou le retour de « l'Aigle »

- Cette séquence évoque principalement la bataille de Waterloo et la fin de l'armée impériale. Parmi les objets marquants, on peut retenir la cuirasse transpercée par un boulet ayant appartenu au carabinier Fauveau.
- Vient ensuite la Seconde Restauration avec les règnes de Louis XVIII et de Charles X. Cette séquence s'attache à présenter la série de réformes visant à transformer l'appareil militaire avec le rétablissement de la Maison du Roi, la création d'une Garde royale protectrice du régime…


Manteau de cérémonie de l'ordre du Saint-Esprit de Charles X. (c) Musée de l'Armée-Paris. Distr. RMN/Christophe Chavan
Manteau de cérémonie de l'ordre du Saint-Esprit de Charles X. (c) Musée de l'Armée-Paris. Distr. RMN/Christophe Chavan

- La visite se poursuit avec la Monarchie de Juillet et Louis-Philippe. Là encore, le nouveau régime cherche à réorganiser l'appareil militaire. En réalité, la Restauration et la Monarchie de Juillet sont des périodes peu actives sur le plan militaire. Les pièces phares se rapportent aux souverains, avec d'une part le manteau de cérémonie de l'ordre du Saint-Esprit de Charles X et, d'autre part, le harnachement de parade de Louis-Philippe.






Harnachement de parade de Louis-Philippe. (c) Musée de l'Armée-Paris/ Christophe Chavan

- Tout change avec la Seconde République et le Second Empire. Avec l'arrivée de Louis-Napoléon Bonaparte à la tête de l'État, l'armée retrouve une place de choix. Le nouvel empereur se présente comme l'héritier de Napoléon Ier et renoue avec la tradition militaire du Premier Empire. Ses symboles et uniformes sont repris afin de donner au nouveau régime un lustre propre à emporter l'adhésion. On peut ainsi admirer la tenue de Grand uniforme de maréchal de France de Regnault de Saint Jean d'Angély. Plus concrètement, la France est à nouveau présente sur la scène militaire internationale avec les guerres de Crimée et d'Italie qui sont toutes deux évoquées, entre autres par la peinture. Le parcours se termine par l'évocation de la guerre franco-allemande de 1870-1871.


- Tout au long de ces nouvelles salles, le public dispose de nombreux outils d'aide à la visite. En effet, bornes multimédia, plans-reliefs animés de grandes batailles, postes et parcours sonores, compléments interactifs à la signalétique traditionnelle, rendent les collections accessibles et compréhensibles par le plus grand nombre de visiteurs, amateurs ou novices.



jeudi 29 avril 2010, a 09:51
mal de dos : les raisons ...
 

Lumbago, hernie discale, sciatique, scolioses... Rien que l'évocation de ces pathologies vous donne mal au dos ! Les professeurs Jean Dubousset, chirurgien orthopédiste, et Joël Mènkes, rhumatologue, vous donnent les clés pour mieux comprendre la source de vos douleurs, les traitements existants et leurs limites.

Le mal de dos s'intègre dans une maladie générale, l'arthrose. En France 9 à 10 millions de personnes souffrent d'arthrose notamment de la colonne vertébrale. En 2002, elle a représenté un coût supérieur à 6 milliards d'euros. Au cours de cette émission, Jean Dubousset et Joël Menkès, tous deux membres de l'Académie Nationale de Médecine, se proposent de vous donner des explications sur plusieurs pathologies.


L'arthrose vertébrale


Bonne nouvelle : l'arthrose n'est pas un passage obligé pour chacun d'entre nous ! Lorsqu'elle apparaît, c'est le plus souvent après 60 ans, et elle n'est fort heureusement pas toujours douloureuse. « Certaines personnes terminent leur vie sans arthrose vertébrale. Il y a des facteurs favorisants pour l'arthrose vertébrale » explique Jean Dubousset. « D'abord la génétique : les vertèbres sont situées différemment dans l'espace selon les individus. Il existe des morphotypes pour qui l'arthrose risque de se développer, chez les personnes qui ont le dos très creux par exemple ».
Hormis l'aspect génétique, il convient de respecter dans la mesure du possible une certaines hygiène de vie. Les personnes les plus vulnérables au développement de l'arthrose vertébrale sont celles exposées aux vibrations, travaillant dans un secteur d'activité physiquement éprouvant comme les déménageurs par exemple. Les accidents violents, l'obésité et le tabagisme peuvent être également des éléments favorisant l'arthrose vertébrale, « sans oublier le sport à outrance chez les jeunes enfants » précise Jean Dubousset.

Si l'arthrose vertébrale est un fait, en revanche l'origine de la douleur n'est pas toujours évidente. Comme l'explique Joël Menkès, « le diagnostic de l'arthrose vertébrale est radiologique. Mais il n'y a pas de parallélisme entre les lésions et la souffrance du malade. Souvent, le mal de dos n'est pas un problème physiologique mais un problème de conflit personnel, psychologique. Il est souvent très complexe d'apporter la solution à un patient pour endiguer ses douleurs. »
Les espoirs de traitement, dans le cas d'arthrose vertébrale douloureuse, se porteraient actuellement vers l'injection de substances utilisées initialement pour traiter la polyarthrite rhumatoïde. Mais les études restent expérimentales pour le moment.


Les scolioses


Les scolioses sont génératrices d'arthrose vertébrale. En plus des déformations inesthétiques, les scolioses, qui s'étendent dans la région lombaire, sont à l'origine de douleurs. Dans certains cas, on observe même une dislocation de deux vertèbres entraînant un désalignement et un déséquilibre de pressions à l'origine de phénomènes arthrosiques.

Scoliose double sévère avancée
Scoliose double sévère avancée

Il existe deux grandes catégories de scolioses :

- La scoliose idiopathique de l'adulte (SIA) : c'est une scoliose de l'enfance ou de l'adolescence. Elle peut rester stable mais le plus souvent elle continue à évoluer à l'âge adulte dans plus de deux-tiers des cas. Toute scoliose de l'adolescent doit continuer à faire l'objet d'une surveillance clinique et radiologique à l'âge adulte, avec une périodicité de 1 à 5 ans selon le risque estimé.

- La scoliose dégénérative (SD) liée à l'arthrose lombaire, peut être l'aggravation d'une scoliose antérieure ou une scoliose apparue à l'âge adulte. Elle commence vers la cinquantaine, la ménopause semblant être la période critique. Elle est lombaire ou thoracolombaire. Dans le cadre de la scoliose dégénérative, une indication chirurgicale précoce peut être justifiée au vu de la rapidité d'évolution. Mais Jean Dubousset et Joël Menkès restent prudents quant à de possibles opérations.

« Du fait du vieillissement de la population les scolioses évolutives de l'adulte constituent un problème de santé publique d'importance croissante, et pour lequel les études sont encore rares et les évidences scientifiques restreintes » précise Joël Menkès. Le traitement médical reste l'utilisation raisonnée des A.I.N.S. (anti-inflammatoires non stéroïdiens) et les infiltrations de dérivés cortisoniques.


Radiculalgie, hernie discale, lombalgie et sciatique : même combat !


Mise en pratique de la hernie discale : avec le temps, le noyau gélatineux (intervertébral) a tendance à se dessécher, et donc à moins bien répartir les forces qui s'exercent sur lui, à diminuer de hauteur, l'espace intervertébral se pince. Dès lors, les fibres concentriques de l'anneau, moins bien maintenues et soumises à des contraintes en compression, ont tendance à se déchirer latéralement. Dans certaines circonstances, lors de mouvements ou d'efforts violents, des fragments du noyau peuvent s'introduire dans ces fissures, éventuellement venir faire saillie en dehors de l'anneau : c'est la classique hernie discale.
Bien que la hernie discale puisse toucher n'importe quelle région de la colonne vertébrale, près de 95 % des hernies discales surviennent au bas du dos. Dans ces cas, la hernie peut alors provoquer des douleurs dans la région lombaire : une lombalgie. Si la hernie comprime l'une des racines du nerf sciatique, elle peut s'accompagner de douleurs le long d'une jambe : c'est la sciatique.

Plus tard, le noyau, continuant à se dessécher, se fragmente et disparaît même ! Ceci explique que les hernies discales s'observent surtout entre trente et cinquante ans, et soient beaucoup plus rares ensuite.

Si l'on reste dans le domaine de la scoliose avec désalignement de vertèbres, elle peut aboutir à une compression des nerfs sortant par les foramens. Cette compression entraîne des douleurs qui descendent plus ou moins bas : c'est la radiculalgie, dont la sciatique fait partie.

Différents stades des affections des disques intervertébraux
Différents stades des affections des disques intervertébraux


La discarthrose (inflammation des disques intervertébraux) et l'ostéophytose (fabrication d'une nappe osseuse aux articulations)


Les facteurs favorisant la discarthrose lombaire sont essentiellement les facteurs génétiques. La discarthrose lombaire se définit par l'existence de trois lésions anatomiques : le pincement discal, l'ostéocondensation des plateaux vertébraux, la présence d'ostéophytes (fabrication d'une nappe osseuse). Elle est le plus souvent évaluée sur des radiographies simples. La plus fréquente des lésions de l'arthrose rachidienne est l'ostéophytose (prolifération anormale de tissu osseux aux dépens de la membrane (périoste) recouvrant les os, près d'articulations malades ou de surfaces osseuses enflammées).
Son incidence augmente avec l'âge. Ainsi dans une série autopsique de 4253 spécimens on notait des ostéophytes chez 60% des femmes et 80% des hommes de 49 ans, 95% des sujets de 79 ans (quel que soit leur sexe).
« Avec l'âge nous sommes presque tous touchés par l'ostéophytose » résume Joël Menkès.


La sténose (rétrécissement) du canal rachidien ou canal lombaire étroit


Vous avez des douleurs fessières ou des membres inférieurs, avec ou sans lombalgies ? Vous souffrez peut-être de sténose.

« Dans le cas de la sténose, le canal est rétréci par l'épaississement des nerfs (conséquence du vieillissement) et de la calcification des os. Tout ceci finit par comprimer le canal rachidien, provoquant des douleurs dans le bas du dos, aux cuisses, allant dans les cas extrêmes jusqu'à l'impossibilité de contrôler sa vessie » explique Joël Menkès. Le traitement conservateur du canal lombaire étroit reste très empirique : les antalgiques de pallier 1 et 2 constituent la base du traitement symptomatique. Les infiltrations péridurales et péri-radiculaires sous contrôle radiologique ont un effet symptomatique à court terme. Après un traitement conservateur suivi 2 à 10 ans, entre 20 et 40 % des patients nécessiteront une intervention chirurgicale.


Les traitements les plus adaptés à ce jour


Dans le cas de signes neurologiques (c'est-à-dire la compression d'un nerf), l'indication chirurgicale est recommandée. Mais la chirurgie du rachis connaît de nombreux échecs, prévient Jean Dubousset ; « des échecs qui ne sont pas toujours liés à un problème technique, je vous rassure. Il faut s'attendre, malgré l'opération à la possible persistance de douleurs chez les sujets âgés, surtout pour une intervention sur un canal étroit ou la fixation d'une scoliose ».
Pour le professeur Menkès, une anesthésie générale n'est jamais anodine :« le syndrome confusionnel postopératoire pour toute chirurgie chez le sujet âgé est une réalité ».

Ainsi la chirurgie demeure une voie intéressante et porteuse de progrès. « Mais n'oublions pas l'importance de la rééducation, de l'orthopédie et de l'administration de traitements comme les anti-inflammatoires non stéroïdiens ».


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Le professeur Jean Dubousset est chirurgien orthopédique émérite à l'Hôpital Saint-Vincent-de-Paul à Paris. Il est membre de l'Académie Nationale de Médecine et de la Fondation Yves Cotrel.


Le professeur Joël Menkès est ancien chef de service en rhumatologie à l'hôpital Cochin, professeur émérite à l'université Paris V, fondateur de l'OARSI, l'Association internationale pour l'étude de l'arthrose. Il est également membre de l'Académie Nationale de Médecine.

mercredi 21 avril 2010, a 09:45
Cacao, vin et thé : les flavonoïdes, une cure de jouvence ?
 

Cacao, vin, soja et fruits rouges : serait-ce la recette miracle pour rester en bonne santé durablement ? « Oui ! » répondent les industriels de l'agroalimentaire et de la cosmétique. « Rien n'est certain » en revanche pour l'Académie de pharmacie. Quels sont les effets avérés des pilules à base de ces flavonoïdes pour conserver une éternelle jeunesse, lutter contre les effets de la ménopause ou prévenir les risques cardiovasculaires ?

Depuis quelque temps, l'industrie de la cosmétique communique sur les bienfaits des flavonoïdes aux propriétés antioxydantes, pour limiter les effets du vieillissement. Crèmes et pilules fleurissent dans les parapharmacies à base de cacao, de soja ou issues des produits de la viticulture.
Ces flavonoïdes sont-ils de la DHEA [1] végétale ?


Un verre de vin rouge par jour semble faire partie des atouts pour rester en bonne santé.
Un verre de vin rouge par jour semble faire partie des atouts pour rester en bonne santé.

« Ce serait présomptueux de le présenter ainsi » explique Jean-Claude Stoclet, membre de l'Académie nationale de pharmacie. « Cette question se réfère à une hypothèse : les flavonoïdes sont très nombreux (plus de 300 identifiés dans l'alimentation). Ils sont les principaux polyphénols avec des propriétés antioxydantes. Les flavonoïdes seraient donc capables de capter les radicaux libres dont on sait qu'ils provoquent des lésions cellulaires liées au vieillissement ».

De par leurs propriétés antioxydantes les flavonoïdes limiteraient et préviendraient également par extension un certain nombre de pathologies associées au vieillissement …

Mais comme l'explique Jean-Claude Stoclet en préambule, « il ne s'agit que d'hypothèses ». « Il n'y a pas d'évidence convaincante in vivo de ces propriétés antioxydantes ». Les études démontrant des effets antioxydants sont réalisées au niveau cellulaire (in vitro), dans des conditions éloignées de l'organisme entier.

Résumons la situation : les industriels parlent d'un acquis, l'Académie de pharmacie reste prudente quant aux potentiels effets positifs des flavonoïdes. « Nous avons souhaité mettre en garde contre un enthousiasme prématuré qui conduit à proposer dès maintenant l'utilisation de gélules enrichies en flavonoïdes sans vraiment savoir ce qu'elles font et surtout sans réelle justification scientifique ».


Manger un carré de chocolat noir par jour pour lutter contre le vieillissement : rien n'est prouvé, mais l'idée nous donne l'eau à la bouche !
Manger un carré de chocolat noir par jour pour lutter contre le vieillissement : rien n'est prouvé, mais l'idée nous donne l'eau à la bouche !

Effets des flavonoïdes sur les maladies cardiovasculaires : des corrélations


Faute de vérité scientifique, on observe cependant certaines corrélations intéressantes entre flavonoïdes et maladies cardiovasculaires.
Jean-Claude Stoclet l'explique : « On remarque que les personnes buvant du thé et du vin rouge ont moins d'accidents coronariens. Cela peut être la conséquence de ces deux habitudes alimentaires ou la conséquence des habitudes sociales qui sont associées. Pour en avoir la preuve, il faudrait réaliser une étude de cohorte : imposer un régime particulier sur un nombre important d'individus ; des essais lourds à mettre en œuvre, tolérables dans des laps de temps courts. Or, les pathologies cardiovasculaires sont des pathologies à très long terme, il faudrait des essais pendant des années, sur des dizaines de milliers de volontaires ».
Ce que l'on sait en revanche, c'est que les flavonoïdes une fois ingérés rencontrent d'abord les cellules endothéliales qui bordent le sang dans tous les tissus. Ce sont ces cellules qui règlent le fonctionnement cardiovasculaire.


D'autres effets positifs potentiels


Parmi les observations, on remarque une légère baisse de la pression artérielle, toujours associée à l'endothélium. « Ces effets sont intéressants car ils s'observent à la fois sur les sujets sains et ceux déjà touchés par un infarctus ou par les effets du tabagisme » précise notre invité. Les flavonoïdes auraient donc valeur de traitement préventif et curatif.

Les études restent en cours, mais ils pourraient s'étendre à l'hyperglycémie (diabète gras, de type 2). « On peut également citer des maladies à forte composante inflammatoire, car les flavonoïdes ont la capacité d'induire l'expression des gènes anti-inflammatoires. Dans ces maladies, on compte l'asthme, la bronchite chronique obstructive, les maladies neurodégénératives (Parkinson et maladie d'Alzheimer). Mais là aussi, les recherches sont en cours ».


La consommation des flavonoïdes : une consommation raisonnée !


Quelles sont les quantités de flavonoïdes à ingérer pour en ressentir les effets bénéfiques ?
Pour Jean-Claude Stoclet « la réponse est difficile car nos connaissances sont insuffisantes. Dans notre alimentation quotidienne, nous ingérons en moyenne 1,5 gramme de flavonoïdes. Or, les données récentes suggèrent que notre organisme aurait besoin au minimum de 30 à 50 milligrammes de flavonoïdes par jour. On trouve ces quantités dans un carré de chocolat noir, dans un verre de vin et dans une tasse de thé bien infusée ».


Aujourd'hui, avec les quelque 300 flavonoïdes disponibles dans notre alimentation, les chercheurs pensent que les effets bénéfiques seraient le résultat de l'association de plusieurs substances.


Finalement, c'est une alimentation variée et modérée que préconise Jean-Claude Stoclet : « N'oublions pas que quand on prend du vin, on prend de l'alcool ! Et quand on prend du chocolat, on avale des sucres et des graisses qui ont un effet inverse sur la santé. Il est donc difficile de préconiser une alimentation sans donner la limite de la consommation au-delà de laquelle les effets négatifs deviennent plus importants que les effets souhaités ».


lundi 19 avril 2010, a 11:36
Louis Braille : le jeune surdoué inventeur d’une écriture pour les aveugles
 


Louis Braille
Louis Braille

Louis Braille perd la vue à l'âge de 5 ans, suite à un malheureux accident deux ans plus tôt, et à une infection. Issu d'une famille modeste, il a cependant la chance d'être encadré à l'école par un instituteur et un abbé dans son village à proximité de Meaux, à Coupvray. C'est grâce à eux qu'en 1819, à l'âge de 10 ans, il quitte ses parents pour l'Institution royale des jeunes aveugles fondée par Valentin Haüy. 


A l'école, il apprend à lire avec des lettres en relief auxquelles Valentin Haüy reste attaché, lettres reconnues par le toucher mais dont la reconnaissance impose une lenteur incompatible avec les exigences de l'esprit.
A la même époque, on parle beaucoup du système d'écriture d'un certain Charles Barbier de la Serre (1767-1841). Capitaine d'artillerie, il a créé un mode d'« écriture nocturne » reconnaissable par un système de douze points disposés sur deux colonnes et correspondant au gré de leurs multiples combinaisons au son des voyelles ou des consonnes. Barbier avait repris un système d'écriture qui existait déjà : l'écriture punctiforme.

C'est ce procédé que cultive le jeune Louis Braille, étudiant toutes les possibilités de « son picotage ».


L'idée révolutionnaire du jeune-homme consiste à abandonner l'alphabet analogique et d'en créer un de toute pièce, par symbole ! Précisons que Braille n'a pas inventé la combinaison des points mais il a découvert leur disposition, celle qui convenait le mieux à la perception tactile de l'écrit tout en permettant une lecture globale.


Pour lui, le point ne représente plus la partie d'un trait simulant le dessin d'un caractère alphabétique ordinaire. Il s'efforce de discriminer au toucher les combinaisons de six points répartis en deux colonnes et d'en sélectionner les symboles par expérience, par tâtonnements, éliminant des alignements qui seraient possibles mais illisibles à la pulpe du doigt.

Disposer les « points braille » dans une matrice de taille convenable est pour lui fondamental. Il en résulte que pour l'aveugle les symboles braille prennent valeur d'image, « une image comparable au dessin des lettres alphabétiques appréhendées par les voyants, sans pour autant entretenir avec ces dernières une ressemblance formelle ».


Ce système est appliqué à tous les systèmes d'écriture alphabétique et à toutes les langues. C'est en 1829 que l'Institut royal publie le premier essai braille. Louis n'a alors que 20 ans. Mais l'utilisation de sa méthode n'aura lieu que 25 ans plus tard, celle de Valentin Haüy restant encore bien ancrée dans les esprits.


Les avantages de cette méthode :
- la dimension des lettres braille tombe parfaitement sous la pulpe des doigts
- elle permet de former une image instantanément sans mouvement du doigt
- c'est un gain considérable dans la vitesse de lecture


Louis Braille invente parallèlement des outils pour communiquer en braille. Tout d'abord il créé une tablette et un poinçon pour écrire facilement les lettres. Puis il invente une machine à écrire braille, et le raphigraphe, précurseur de l'imprimante à aiguille. Le raphigraphe a été utilisé pendant plus de cinquante ans avant l'apparition de la machine à écrire. Louis Braille écrit à sa famille grâce à cette machine.




Dès 1835, Louis Braille est atteint de tuberculose. Celle-ci l'oblige à cesser ses cours. Il ne donne plus que des leçons de musique. Il tient l'orgue de Saint-Nicolas-des-Champs et celui de Saint-Vincent, mais ce ne sera qu'un répit. Il meurt à l'Institut, le 6 janvier 1852, à l'âge de 43 ans.

Deux ans plus tard, en 1854 la France reconnaît officiellement son invention. En 1870, le braille est adapté à l'arabe, au chinois, au japonais. De nos jours, il est universellement reconnu comme le mode d'accès par excellence des personnes aveugles à la culture écrite.


En 1952, 100 ans après sa mort, hommage lui est rendu : sa dépouille est transférée au Panthéon.

mardi 23 mars 2010, a 16:29
qu'est-ce qu'une secte ? Essai de définition méthodologique par Philippe Sellier
 


La notion de secte est confuse et controversée. Aussi Philippe Sellier, professeur à Paris-Sorbonne tente-t-il d'éclairer la définition par une approche linguistique, sociologique et historique. Le mot, foncièrement neutre dans l'Antiquité, a pris une connotation péjorative et a subi une telle évolution que les définitions classiques de la sociologie, celle de Weber notamment, ne sauraient aujourd'hui suffire. Quelle définition donner désormais au mot "secte" ?


L'auteur, Philippe SELLIER, professeur émérite à Paris I- Sorbonne, commence par rappeler un certain nombre de faits divers tragiques qui, depuis les années 80, ont marqué l'actualité (suicides en Guyanne de la secte Temple du peuple de Jim Jones, attentats au Japon, condamnations de 9 membres de la Scientologie, etc). Ces événements ont conduit le gouvernement français à se pencher sur le sujet (Rapport Vivien en 85, liste controversée de la mission ministérielle MILS 1999-2001, instauration de la MIVILUDES en 2002, rapport Fenech). L'Eglise catholique, elle-même, s'est interrogée sur le phénomène des sectes, comme nouveaux mouvements religieux générant un défi pastoral. La secte, désormais, apparait comme un fléau social. Mais quelle définition lui donner ? Tout le monde l'utilise, même les juristes, sans qu'aucune définition juridique n'existe... La confusion règne donc.


Philippe Sellier avec en arrière-plan Yvon Gattaz et Michel Pébereau
Philippe Sellier avec en arrière-plan Yvon Gattaz et Michel Pébereau

Dans l'Antiquité

Philippe Sellier a choisi l'approche linguistique et historique.
- Le terme secte, dans son sens le plus ancien, vient de latin sequi, secutus, c'est-à-dire suivre. Platon l'utilise, Aristote aussi et, quant à Cicéron, il désigne par ce mot une école de pensée dont les élèves suivent les enseignements d'un maître. Sans nuance d'opprobre. Le mot était neutre. Pascal l'utilise encore en ce sens, Furetière aussi, et l'Abbé Grégoire. On a ainsi parlé de la secte de Kant. Cette définition nous a laissé en héritage la notion d'un maître. Et ce n'est que récemment qu'elle est devenue péjorative.


Au Moyen Âge

- Puis le mot secte a évoqué une rupture. Déjà aux premiers siècles du christianisme. Ceux qui suivaient le Christ rompaient avec les usages de l'Empire romain. Et c'est ainsi qu'au Moyen Âge, on a donné une nouvelle étymologie au mot secte qui serait venu de secare, couper, retrancher, d'où la conception négative dont le sillage est durable. La secte est devenue un groupe fermé dont les adeptes sont en rupture avec l'environnement.


L'apport de la sociologie

200px-Max_Weber_1894.jpg - Weber a donné au mot une définition sociologique, sans s'interroger sur les croyances mais uniquement en tentant d'instaurer un ordre dans un foisonnement de groupes (uniquement chrétiens, car il n'aborde pas les autres). Il faut dire que la prolifération des églises protestantes l'incitait à une telle approche. Pour Weber, la secte doit renoncer à l'universalité puisque les membres, croyants, ont choisi d'être des "élus". Il n'y a pas de ministère ordonné, pas de médiateur, pas de théologien. La pureté exige le repli, la coupure d'avec le monde extérieur.

Philippe Sellier propose ici d'examiner cette typologie sociologique et lui adresse quelques reproches, notamment sur le fait que la notion de "gourou" est totalement passée sous silence (Weber était surtout frappé par les Baptistes américains) ; et que la notion de "victime" n'est même pas évoquée.


Aujourd'hui

L'évolution est tellement importante qu'aucun des trois sens évoqués plus haut ne saurait convenir pour définir la secte. Philippe Sellier a tenté une petite expérience : consulter le dictionnaire Le Robert.
- en 1977, (avant Guyanna) : la secte est un "groupement de gens qui se retrouvent autour d'une même doctrine", c'est un groupe "dissident".
- en 2000, la secte est devenue "une communauté fermée avec un ou des maîtres au pouvoir absolu sur les membres". On voit l'évolution.

6975222.jpg Faut-il aujourd'hui distinguer entre un réformateur et un gourou ? Faut-il rejoindre, pour différencier églises et sectes, les critères donnés par le Conseil Œcuménique des Églises (qui reconnait 342 dénominations chrétiennes) : toute la Bible mais rien qu'elle, l'adoption du credo de Nicée, et la taille, 50.000 membres au moins ? ( Sachant que les Baptistes, aujourd'hui plus de 125 millions aux États Unis, ne sauraient donc plus être qualifiés de "secte", pas plus que l'Armée du Salut, qui est désormais considérée comme une Église).


Que peut faire l'État ?


Sûrement pas juger des croyances. Il ne peut qu'adopter des critères de dangerosité pour l'individu ou pour l'ordre public.

MIVILUDES.jpg La MIVILUDES, renonçant à trouver une définition de la secte, se trouve donc aujourd'hui confrontée aux critères (déstabilisation mentale, demande financière exorbitante, rupture familiale, embrigadement, non respect des conventions internationales, entre autres). La MIVILUDES, Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, faute de définition des noms, se contente d'inventorier ce que l'opinion appelle secte. Mais elle a l'avantage (par rapport à la précédente commission MILS), d'entendre en audition les groupes concernés et de faire figurer leur défense dans ses compte-rendus. Elle abandonne également l'idée de dresser des listes qui ont l'inconvénient d'immobiliser des mouvements par essence mouvants.

On ne parle d'ailleurs plus de secte mais de "dérives sectaires" constate l'intervenant. Cependant, le qualificatif "sectaire" n'a pas le sens de rupture mais celui de rigidité, d'intolérance. Il ne convient donc guère...

Nombreux sont ceux qui pensent que le Code pénal est suffisant (André Damien, de l'Académie des sciences morales et politiques, a d'ailleurs qualifié les innombrables initiatives voulant à tout prix inventer de nouvelles lois de "gesticulation inutile").

Philippe Sellier note encore une évolution toute récente : non seulement la secte présente des critères comme l'hypertrophie du maître, le retrait et la coupure des membres, etc, mais aujourd'hui s'y ajoutent les puissances du sexe et de l'argent. Le religieux n'est plus qu'un badigeon... Et de rappeler la définition de Marcel Gauchet : la secte est "la pathologie d'une société individualiste".

Philippe Sellier est un professeur émérite de Lettres de l'Université Paris-IV Sorbonne. Il est considéré comme l'un des meilleurs spécialistes du jansénisme.

Pour en savoir plus consulter le site de la MIVILUDES



lundi 15 mars 2010, a 09:48
Histoire de la glaciologie...
 



Frédérique Rémy revient sur les étapes clés de la connaissance des glaces de Pythéas en – 330 avant J.-C jusqu'à nos jours. Depuis l'Antiquité grecque, en effet, et jusqu'à nos jours, l'eau sous toute ses formes et notamment solide a suscité des interrogations de la part de philosophes, physiciens, géographes, climatologues et plus tard, des marins et des explorateurs.

La glaciologie est un terme assez tardif. On commence à le trouver dans certains manuels dans les années1860 et fait son entrée officielle dans le dictionnaire en 1890. La glaciologie est définie comme l'étude des glaciers dans le Larousse universel de 1922.

Depuis, c'est l'étude de la glace naturelle sous toutes ses formes : neige, glace de glacier, de rivière, de lac, de mer, et glace dans le sol.

En revanche le mot « climat » est beaucoup plus ancien. Les Grecs avaient compris que la terre était ronde et que le climat dépendait du « climat » au sens grec du terme, c'est-à-dire l'inclinaison du soleil et de la latitude. Climat signifie initialement « le lieu où l'on est ». Ce n'est qu'à partir de Strabon que l'on emploie le mot « climat » dans les deux sens.


Le grec Pythéas et le romain Hannibal : l'expérience de la glace et de la neige


Les Grecs ne font pas de grandes découvertes en glaciologie, mais dès qu'ils comprennent que la terre est ronde, ils veulent vérifier que la durée du jour dépend de la latitude. Pythéas part plein nord et vérifie que la durée de la nuit diminue l'été. Nous sommes alors en -340 avant J.-C.
Il découvre une mer gélatineuse qui empêche de marcher et de naviguer, la première description historique des glaces de mer ! Revenu de son périple, personne ne le croit.

Un peu plus tard, le grand militaire Hannibal traverse les Alpes avec ses armées, et provoque une avalanche qui emporte la grande majorité de ses hommes et des éléphants. La légende dit que fort de ce tragique événement, Hannibal apprit à observer la stratification de la neige et à sonder la neige avant de passer.


XVIIe siècle : les prémices de la glaciologie


Opérons un bond dans le temps pour arriver au XVIIe siècle.En 1611, Johannes Kepler décrit le flocon de neige. Sa symétrie à 6 branches le passionne, et passionne également les astronomes comme Jean-Dominique Cassini.
Côté glace, le philosophe René réalise des expériences avec des anguilles. Il associe l'augmentation de la densité de l'eau transformée en glace aux anguilles qui une fois séchées, gonflent de volume.

Une des questions que les scientifiques se posent à cette époque est la suivante : Pourquoi la glace flotte-t-elle ? Galilée s'interroge. Il est en effet très rare qu'un solide flotte sur son liquide.
La réponse à donner est plus difficile qu'il n'y paraît. Mais il peut curieusement expliquer pourquoi la vie n'a pas été anéantie pendant les grandes périodes de glaciation. En effet, si la glace coulait et gelait le fond des océans jusqu'en surface, le dégel aurait été très lent. Heureusement, la glace restant en surface et étant un très bon isolant thermique, elle protège la vie aquatique.


XVIIIe siècle et XIXe siècle : l'exploration des glaciers et de l'Antarctique


C'est au XVIIIe siècle qu'on observe une véritable émulation pour la glace, qu'elle soit de mer ou sur les glaciers. La peur de la montagne s'érode (le Mont-Blanc était appelé le Mont Maudit) et les crétins des Pyrénées font l'objet de recherches par Ramond de la Carbonnière, savant des Lumières.

On s'intéresse notamment aux curieuses moraines, d'immenses blocs de roche qui semblent surgir au milieu de nulle part, dans un pré nu de toute pierre de préférence ! Plusieurs hypothèses sont formulées, notamment l'hypothèse de l'explosion et du déluge. Mais c'est Charpentier au XIXe siècle qui comprend que ce sont d'immenses glaciations qui ont poussé ses roches dans les vallées, très loin des glaciers restant à l'heure actuelle.

Premier mystère résolu, reste à résoudre le suivant : qu'est-ce qui peut expliquer cette immense glaciation ? Très vite deux hypothèses entrent en concurrence (et sont toujours d'actualité) : celle de l'effet de serre et celle de l'orbite terrestre.

Charpentier ne se contente pas de la théorie. Il se décide à faire l'ascension du Mont-Blanc pour mieux comprendre les mouvements des glaciers et de leur écoulement. Parmi tout le matériel qu'il emporte, on trouve un cyanomètre (outil de sa propre invention) qui lui permet de peindre la couleur du ciel tel qu'il le voit. Son fils est au pied du glacier avec le même outil. En comparant leurs peintures Charpentier et son fils démontrent pour la première fois l'impact de l'atmosphère sur la couleur du ciel.


Le XIXe siècle voit aussi éclore trois « Révolutions » aux yeux des glaciologues :
- la parution de la théorie de Louis Agassiz sur les grandes glaciations
- Dumont d'Urville découvre l'Antarctique
- le chanoine Rendu qui emploie le terme de viscosité ainsi que celui de solide visqueux pour la glace qui s'écoule et qui se déforme.

Enfin dès 1824, Joseph Fourrier émet l'hypothèse que les émissions de gaz à effet de serre émises par l'homme sont propres à modifier les conditions climatiques.


Comment expliquer que l'eau de mer gèle moins vite que l'eau douce ?


Quand l'eau douce se refroidit, elle gonfle car sa densité est moins forte. L'eau pure en contact avec l'atmosphère se refroidit de plus en plus vite.
En revanche, quand l'eau salée commence à se refroidir, elle gagne en densité et elle plonge. Il faut donc attendre que les premiers mètres soient bien refroidis pour que l'eau salée gèle. C'est une des raisons de la fragilité des glaces de mer : elles mettent 6 mois à se former mais trois mois à fondre.


Pourquoi observe-t-on une fonte des glaces de l'Arctique mais pas de l'Antarctique ?


« Le Pôle Nord est un océan gelé, mais le Pôle Sud lui est un continent gelé . Les glaces de l'Arctique se réchauffent par le dessous (réchauffement de l'eau) et par le dessus (réchauffement de l'atmosphère). On observe une perte de glace d'année en année. Entre les années 85 et maintenant, 2 millions de km2 de glace ont fondu, soit 4 fois la France » explique Frédérique Remy.

Le Pôle Sud est pour sa part beaucoup mieux isolé, on observe une fonte seulement des pointes de l'Antarctique.

Concernant le réchauffement climatique, Frédérique Rémy ne raisonne pas en terme d'espoir ou angoisse : « Il n'y a pas d'évolution sans révolution. Il est possible que cela se passe mal, mais heureusement nous commençons à avoir conscience de baisser nos émissions de gaz à effet de serre. Le Giec ne veut pas dépasser 2e degrés d'augmentation de manière à ne pas changer le régime climatique ; Il est vrai qu'au-delà, cela poserait de gros problèmes. Je fais partie des chercheurs pour qui il est plus important de s'adresser au public qu'aux politiques ».

Si vous vous demandez encore à quoi peut bien servir la glaciologie, Frédérique Rémy vous répondra sans détour que « plus d'un milliard d'hommes dépendent des ressources en eau des glaciers, et les glaces de l'Arctique jouent un rôle crucial dans l'avenir de notre planète. Les glaces ont un rôle double : préserver une certaine harmonie sur la planète Terre, tout en étant les boîtes noires de la terre ». La glaciologie permet de mieux comprendre les mécanismes de notre terre pour mieux la préserver.



Frédérique Remy
Frédérique Remy

Frédérique Remy est spécialiste des zones polaires, directeur de recherche au CNRS, responsable de l'équipe « cryopshère » à l'Observatoire Midi-Pyrénées. Elle est l'auteur de plusieurs ouvrages, notamment Histoire de la glaciologie, paru en 2007 aux éditions Vuibert et Histoire des pôles mythes et réalités polaires aux éditions Desjonquères paru en 2009.

En savoir plus :


- Frédérique Rémy, Histoire de la glaciologie, éditions Vuibert, 2007
- Histoire des pôles mythes et réalités polaires XVIIe et XVIIIe siècle, éditions Desjonquères, 2010



mercredi 03 mars 2010, a 12:29
Berlin - Les offensives géantes de l’Armée Rouge (12 janvier – 9 mai 1945)
 

Un pan majeur de l'histoire militaire soviétique présenté par Jean Lopez, spécialiste du conflit germano-soviétique.

Dans son ouvrage Berlin, les offensives géantes de l'Armée Rouge (12 janvier – 9 mai 1945), Jean Lopez se livre à l'analyse des grandes offensives de l'Armée Rouge qui aboutirent à la reddition de Berlin, le 2 mai 1945. Longtemps obscurcie par la propagande issue de la guerre froide, la pensée militaire de l'armée russe est ici enfin révélée. On découvre ainsi que les soviétiques furent les inventeurs de l'art opératif, véritable révolution stratégique que l'ouest mettra plus d'un demi-siècle à adopter !



La campagne Vistule-Oder : une lutte inégale

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Tout commence le 12 janvier 1945. Il s'agit de l'assaut final visant à achever le Reich. Pour arriver à leur but, les soviétiques ne lésinent pas sur les moyens. Le rapport de forces leur est largement favorable. Sur le front est, les Allemands disposent d'environ 500 000 hommes et d'à peine 1000 chars lorsque les deux « fronts » de Joukov et Koniev capitalisent plus de deux millions d'hommes et plus de 6000 chars. L'offensive débute sur la Vistule entre Varsovie et Cracovie, le but étant d'atteindre l'Oder et d'obtenir les conditions favorables pour asséner l'ultime coup sur Berlin. Les russes se sont fixé 45 jours pour prendre Berlin.

En trois jours, la défense allemande sur la Vistule est éventrée. Les "Fronts" de Joukov et de Koniev progressent de 300 à 600 kilomètres en dix-sept jours. L'opération Vistule-Oder est un succès énorme pour l'Armée Rouge, qui fait un sans-faute. La Ostheer est détruite à 75%, les pertes allemandes sont considérables. Les Russes sont à 65 kilomètres de Berlin. Que vont-ils faire ? Foncer sur Berlin ou renforcer leur position en Pologne par la conquête de nouveaux territoires ? Il faut préciser que cette question se pose alors qu'à Yalta, Churchill et Roosevelt remettent en cause la fixation de la frontière orientale de la Pologne. Staline, irrité, choisit alors de s'emparer du maximum de gages territoriaux. Voilà une des raisons qui l'amènent à porter la bataille en Prusse orientale et en Poméranie mais aussi en Silésie. Or, il faudra de longues semaines pour conquérir ces régions.

Pourquoi ces difficultés ? Tout d'abord, les soviétiques s'engagent dans une conquête plus importante avec moins de moyens mais surtout ils se heurtent à deux problèmes. Le premier constitue la faiblesse majeure de l'Armée Rouge : il s'agit de la dissolution morale de la troupe, une fois la frontière allemande franchie. On ne peut pas se battre, violer, piller et saccager en même temps. Le second problème est d'ordre logistique. Les Allemands détruisent ou occupent les principaux carrefours ferroviaires. Les Russes n'ont plus d'obus, de carburant… À ces deux raisons, il faut ajouter une résistance allemande surprenante renforcée par un sursaut exceptionnel de la Luftwaffe. Il ne s'agit là que d'obstacles retardant le succès de l'Armée Rouge, inévitable par les moyens engagés et l'état de décomposition de la Wehrmacht.


L'opération Prusse-Orientale

- La conquête de la Prusse-orientale s'avère particulièrement atroce. La bataille de Königsberg, le 5 avril, illustre la violence et l'inhumanité de cette campagne. Les Russes engagent des moyens disproportionnés pour prendre cette ville de 372 000 habitants. Ils prévoient pas moins de deux armées aériennes, deux corps de chasseurs-bombardiers, soit au total près de 2500 appareils. Le 6 avril, les bombardements transforment la ville en mouroir de masse. Malgré une tentative de résistance, la ville est prise le 9 avril. Il s'agit du pire exemple de crémation complète et réfléchie. Le bilan de l'opération Prusse-Orientale est lourd. Les Russes ont réussi à détruire deux armées allemandes mais au prix de 200 000 tués et autant de prisonniers. Les pillages et bombardements laissent une contrée ruinée et vidée à 90% de sa population. Quant aux pertes soviétiques, elles aussi sont lourdes : plus de 126 000 tués, plus de 400 000 blessés, plus de 3500 chars détruits…


La course pour Berlin

- Le « nettoyage des ailes » (Poméranie, Silésie, Prusse-Orientale) a quelque peu détourné les soviétiques de leur but initial qu'était Berlin. Alors que leurs forces sont encore éparpillées, les alliés franchissent le Rhin… Staline se sent menacé : les alliés ne vont-ils pas chercher à prendre Berlin les premiers ? Dès lors, Berlin redevient l'objectif suprême. Staline est prêt à tout pour arriver à ses fins. Il met en ligne trois fronts et n'hésite pas à jouer de la concurrence entre ses maréchaux, Koniev et Joukov : c'est à qui arrivera le premier !

- L'opération Berlin se déroule en deux temps : la bataille pour Berlin puis la prise de la ville en elle-même. Les combats débutent le 16 avril, sur les hauteurs de Seelow. Cette bataille manque de tourner au fiasco, faute de préparation et d'information. Joukov a largement sous-estimé la résistance de la 9e armée allemande. Il faut dire que le sursaut allemand est remarquable. Malgré l'état de décomposition avancé du Reich, il arrive à mettre près d'un million d'hommes sur l'Oder et la Neisse. Ces hommes sont peu préparés mais assez bien équipés et permettent ainsi aux Allemands d'organiser une vraie défense. Se sachant perdus, leur but est de forcer les Russes à une coûteuse bataille d'attrition. Ils réussissent. L'avancée russe n'est pas aussi rapide que prévue et les pertes sont énormes (plus de 12000 tués en quatre jours).

- Finalement, le 20 avril, les troupes soviétiques sont aux abords de Berlin. Sokolovsky arrive par le nord, et Koniev (qui venait de disperser le groupe d'armées du Centre) par le sud. Le 21 avril, la ville est complètement encerclée. Quant à Hitler, il se réfugie dans son bunker situé dans les jardins de la Chancellerie. Les forces allemandes à Berlin se résument à 300 000 soldats, mal équipés, ne disposant d'aucun engin lourd et de peu de munitions. Les renforts tant attendus n'arriveront jamais, car toutes les armées allemandes sont encerclées en différents points du front. Les combats dans la ville sont difficiles : les soldats allemands se battent pour chaque rue, chaque immeuble, chaque maison, avec acharnement. L'entrée en action de l'artillerie, des blindés et de l'aviation soviétique rend la résistance allemande vaine. Le 26, les russes prennent l'aéroport de Tempelhof, ce qui prive les troupes allemandes du peu de soutient que la Luftwaffe pouvait encore leur apporter. Le 30 avril 1945, Hitler et sa jeune épouse, Eva Braun, se suicident. Cette nouvelle n'ébranle pas les Berlinois qui continuent à défendre leur ville. Le soir même, les soldats de l'Armée rouge s'emparent du Reichstag et y plantent le drapeau soviétique. Le 1er mai 1945, le général Weidling (commandant de la garnison de Berlin) n'a plus d'autre choix que de capituler. Deux jours de combats sont toutefois encore nécessaires pour vaincre les dernières résistances.

L'opération Berlin est une des plus sanglantes de la guerre. On estime à un demi-million le nombre de tués, militaires et civils, pour l'ensemble de l'opération.


Que retenir de ces épisodes sanglants ?

- Tout d'abord, l'ensemble de ces dernières opérations était-il vraiment nécessaire ? Oui, dans la mesure où Hitler a imposé l'anéantissement complet d'un des protagonistes pour arrêter la guerre. On peut donc estimer que la volonté d'Hitler est la cause de cette prolongation inutile. Mais Hitler est-il le seul responsable ? Non. Et c'est là un des enseignements majeurs du livre de Jean Lopez : les chefs de la Wehrmacht sont coresponsables. L'auteur de Berlin insiste sur leur faillite morale et professionnelle : « Aveuglés par un complexe de supériorité délirant, les chefs de la Wehrmacht se sont montrés incapables de protéger leur peuple, incapables de mettre fin à la guerre, comme ils se sont montrés incapables de rivaliser avec la pensée stratégico-opérative des soviétiques ». C'est là, le second point majeur mis en exergue par Jean Lopez : inventeurs de l'art opératif, les soviétiques sont de bons militaires. Leur victoire n'est pas le seul résultat de leur supériorité numérique, mais le fruit d'une pensée militaire en avance de cinquante ans sur le reste du monde. En effet, cette offensive géante de l'Armée rouge représente le modèle quasi-parfait de la « bataille en profondeur » théorisée par les soviétiques dès les années 1930 et mise en application pour la première fois.


Présentation de l'éditeur

- Dans ce livre, Jean Lopez décrit et analyse en détail les offensives géantes menées par l'Armée rouge en 1945 : l'Opération Vistule-Oder, la conquête de la Prusse-Orientale, de la Poméranie, de Dantzig et de la Silésie, puis la dernière charge, de l'Oder vers l'Elbe en passant par Berlin. Au moins deux éléments nouveaux apparaissent. D'une part, la Wehrmacht n'est pas aussi diminuée qu'on l'a dit : les combats sont acharnés comme jamais et, quasiment jusqu'au bout, surgissent des unités nouvelles. D'autre part, la performance des Soviétiques, entre Vistule et Oder, égale par ses qualités techniques et organisationnelles celle réalisée par les Allemands durant l'été 1941.
- L'intérêt majeur de ce livre réside en ce que, pour la première fois en français, l'art opératif soviétique est expliqué de façon accessible, son application exposée concrètement dans la conception et le déroulement des batailles, que l'on suit à l'aide de 55 cartes et schémas.
- Ce Berlin est indispensable à qui veut comprendre pourquoi et comment les inventions doctrinales de l'Armée rouge serviront à revivifier la pensée militaire occidentale, des années 1980 à nos jours. Aux amateurs d'histoire-bataille, il offre une plongée au coeur d'un des plus grands déchaînements de violence de toute l'histoire humaine, de la prise apocalyptique de Königsberg aux furieux assauts sur l'Oder, du sanglant chaudron de Halbe aux combats de rues dans la capitale du Reich. D'étonnants épisodes militaires, comme l'anabase du XXIVe Panzerkorps, l'offensive allemande vers Lauban ou l'opération Sonnenwende, sont aussi exposés pour la première fois en français avec ce degré de détail.



lundi 01 mars 2010, a 16:42
Retraite : un futur sans avenir ?
 



La réforme des retraites revient en force dans l'agenda politique et devrait être l'un des grands débats de l'année 2010. Le sujet est pourtant périlleux et Philippe Jurgensen explique ici pourquoi en fournissant quelques données essentielles : financières, démographiques, économiques, et en évoquant les remèdes de fond, tous désagréables, mais indispensables !


On se souvient du propos de Michel Rocard, il y a vingt ans déjà, selon lequel il y a là de quoi faire sauter cinq ou six gouvernements. De fait, plusieurs trains de réformes se sont déjà succédés sur ce sujet, de la réforme Balladur à la loi Fillon, et dernièrement, à la révision – largement en trompe-l'œil, il est vrai – des régimes spéciaux.


Philippe Jurgensen
Philippe Jurgensen
Professeur d'économie à l'IEP de Paris, président de la Commission de Contrôle des Assurances et Mutuelles

Pourquoi donc y revenir ?

Ce n'est, on s'en doute, pas par masochisme politique mais bien parce que le sujet est incontournable : le déficit annoncé initialement pour 2020 par le Conseil d'Orientation des Retraites – dont le nouveau rapport vient de sortir -, sera atteint dès 2012 ; il égalera cette année 11 Mds d'€ pour la Sécurité Sociale, et 25 Mds pour l'ensemble des régimes de pensions. Au-delà de cette impasse financière, les réalités démographiques imposent un constat simple : on ne pourra pas maintenir un niveau convenable de retraite, alors que la durée de vie s'allonge, si nous n'acceptons pas de travailler plus longtemps.

- Commençons par le rappel des faits : en France, comme dans tous les pays industrialisés, mais aussi désormais dans de grands pays émergents comme la Chine, le vieillissement de la population s'accentue. Cette évolution est due autant à une natalité trop faible (il n'y a pas assez de jeunes pour remplacer les actifs atteignant l'âge de la retraite), qu'à l'allongement de la durée de vie moyenne de chacun : on sait que nous gagnons chaque année presque un trimestre de vie en plus, ce qui est heureux en soi, mais les conséquences sur les retraites n'en on pas été tirées. Depuis l'époque où l'âge légal de départ à la retraite a été fixé à 60 ans, nous avons gagné 7 ans d'espérance de vie et pouvons donc profiter en moyenne d'une retraite pendant sept années supplémentaires. Pour le dire autrement, l'équivalent de la retraite à 60 ans de 1982 serait aujourd'hui une retraite à 67 ans !

Quelques chiffres : au niveau de l'Union Européenne, la part des moins de quinze ans dans la population, déjà faible, a reculé de 2 points au cours des dix dernières années (15,7 % au lieu de 17,7 %), tandis que celle des personnes âgées de 65 ans et plus augmentait parallèlement de près de deux points (17 % au lieu de 15,3 %). En France, la situation est légèrement meilleure, les moins de quinze ans représentant encore 18,5 % de la population contre 16,4 % pour les 65 ans et plus ; mais la tendance est la même. Le nombre des plus de 60 ans – retraités potentiels – a augmenté de moitié depuis la fixation de l'âge de retraite à ce niveau ; nous sommes aujourd'hui (j'en fais partie !) 14 millions et demi.

Si l'on prend en compte d'un côté la tendance, bonne par elle-même, à l'allongement des études et de la formation initiale, et, de l'autre côté l'allongement de la vie en retraite, on constatera qu'une personne qui entrerait sur le marché du travail à 25 ans pour le quitter à l'âge légal de 60 ans aura en gros travaillé 35 ans pour être financée par les actifs pendant 45 ans ! Il est clair qu'une telle situation est difficilement tenable. Elle se traduit d'ailleurs par une baisse inexorable du ratio technique qui exprime le mieux la situation, à savoir : le nombre de cotisants par retraité. Ce ratio, dit de « dépendance démographique », est en chute libre. Il était de quatre en 1960, de moins de deux aujourd'hui (1,8 exactement) et tombera à un et demi d'ici dix ans et aussi bas que 1,2 d'ici le milieu de ce siècle si rien ne change.

Il faut bien comprendre que ces évolutions structurelles sont largement indépendantes de la conjoncture. Bien sûr, il est très regrettable que la crise et le chômage ajoutent leurs effets à cette situation en réduisant le nombre d'actifs cotisant à plein. Mais même avec des hypothèses optimistes de retour à la croissance et au plein emploi, comme celles qu'envisageait naguère le COR, le problème n'est que faiblement atténué.

Il faut donc adopter des remèdes de fond : tous sont désagréables à considérer ; un seul est véritablement efficace.

1 - La première réponse serait une réduction du niveau des retraites. Il est vrai qu'au fil des ans ce niveau s'est bien amélioré et que les « revenus de remplacement », comme le disent les techniciens, représentent aujourd'hui une part plus élevée des salaires d'activité que ce n'était le cas il y a quelques décennies. Les retraités ne sont plus systématiquement paupérisés ; c'est un progrès social dont il faut se réjouir ; mais il a évidemment un coût. Aujourd'hui, sur une masse salariale totale d'environ 400 Mds d'€uros en France, les cotisations-retraite, obligatoires et facultatives, en prélèvent près du tiers. Il est certainement politiquement difficile de baisser le niveau des pensions. Le Président de la République a d'ailleurs exclu d'emblée cette piste des travaux qui vont être menés. Cependant, il faut savoir qu'elle est en réalité discrètement appliquée depuis des années par les gestionnaires des régimes de retraites : en effet, celles-ci sont désormais calées sur l'indice des prix – ce qui préserve au moins le pouvoir d'achat des retraités – mais non sur le niveau des salaires, ce qui ne les fait pas participer aux progrès de productivité qui permettent d'améliorer le niveau de vie des salariés. Ce système devra sans doute être généralisé là où il ne s'applique pas encore. Mais il est difficile d'aller au-delà.

2 - La deuxième piste serait le relèvement des cotisations. Elle a souvent – trop souvent peut-être – été utilisée dans le passé : un Français né en 1930 a cotisé en moyenne au taux de 11,6 % (part employeur incluse). Né en 1940, il a cotisé en moyenne 16 % alors que le taux actuel des prélèvements pour l'assurance-vieillesse dépasse 25 %. Mais cette piste trouve ses limites dans les problèmes de compétitivité auxquels sont déjà confrontés nos entreprises ; ils se traduisent malheureusement en termes de délocalisations, et donc de perte d'emplois en France, ainsi que de déficit de nos échanges extérieurs (qui pèsent à la fois sur l'emploi et sur la croissance). Les partenaires sociaux semblent s'apprêter à réclamer de nouvelles hausses des cotisations. Il serait pourtant déraisonnable, à mon sens, d'ajouter encore à un niveau de charges sociales et de prélèvements obligatoires qui est déjà parmi les plus élevés du monde. Rappelons-nous que le taux de transferts publics français représente déjà plus de la moitié de la richesse nationale = 56 %, un niveau qui n'est dépassé que par un ou deux pays dans le monde.

3 - J'en arrive à la seule véritable solution : travailler plus longtemps, c'est-à-dire retarder l'âge effectif de départ à la retraite . Je rappelle que le taux d'emploi des 60 à 64 ans est en France parmi les plus faibles du monde : 16 % seulement (un sur six) sont au travail, contre 30 % en moyenne européenne. Or il faut bien comprendre qu'une population active plus nombreuse n'est pas une charge mais un atout pour un pays. Comme le disait si bien, il y a quelques siècles, le philosophe Jean Bodin : « Il n'est de richesse que d'hommes ». N'est-il pas regrettable de voir des personnes riches d'expérience et en pleine santé quitter la vie active alors qu'ils seraient très utiles au pays en poursuivant leur travail ? Pour prendre un exemple concret, nous allons voir notre industrie nucléaire civile affaiblie par des départs massifs à la retraite, alors même que nous peinons à fournir la demande électrique dans les périodes de pointe, et qu'il va falloir relancer les investissements. On peut faire des constats analogues par exemple pour le corps enseignant ou pour le personnel hospitalier.

Bien entendu, il faut distinguer selon les situations, et notamment tenir compte de l'âge auquel le salarié a débuté son activité et de la pénibilité de son travail. Il est légitime qu'un mineur, un chauffeur routier, un pêcheur, etc. puissent partir plus tôt que d'autres ; et il est normal de ne pas appliquer un âge couperet pour tous, mais de raisonner plutôt en terme de durée de cotisations. C'est bien sur ce point qu'il faut agir ; la durée normale de cotisations a été portée à quarante ans pour tous montera à quarante et un ans d'ici 2012. Il est inévitable qu'elle soit allongée progressivement, non pas d'une seule mais de plusieurs années. Inévitable aussi qu'un certain nombre d'avantages annexes comme l'attribution de points de retraite gratuits soient sérieusement révisés, car leur charge représente à elle seule un cinquième de la dépense totale. Peut-on s'en contenter et ne pas toucher à l'âge légal de la retraite, fixé à soixante ans depuis une génération, qui a pris l'allure d'un tabou ? Je ne le crois pas – précisément parce qu'il s'agit d'un symbole et qu'il est important de faire comprendre à l'opinion publique que l'âge normal de départ, sauf circonstance particulière, est plutôt de 62, 63 et même 65 ans.

Rappelons deux faits :

- D'une part, l'âge légal de départ à la retraite est déjà fixé à 65 ans chez tous nos grands voisins de l'Union Européenne : Allemagne, Royaume-Uni, Italie pour les hommes, Espagne. Le gouvernement (socialiste) de ce dernier pays propose même de le porter à 67 ans, comme dans certains pays scandinaves ;

- D'autre part, la tendance regrettable des entreprises à se débarrasser de leurs salariés les plus proches de 60 ans, par exemple par des préretraites, fait qu'actuellement à peine plus du tiers des Français âgés de 55 à 65 ans est au travail (38 %, contre 45 % en moyenne européenne). Un tel gaspillage humain n'est pas supportable dans la durée pour notre société.

Des éléments pour une meilleure transparence

Pour que ces questions difficiles soient bien comprises et que chacun adhère à la nécessité d'un effort commun, il importe de rendre notre système plus transparent.

En premier lieu, les Français sont très attachés au maintien du système de retraites par répartition plutôt que par capitalisation. Encore faut-il bien comprendre ce qu'est la répartition : il s'agit d'un système dans lequel on ne constitue pas de réserves pour l'avenir, mais où les prestations servies aux retraités sont financées en temps réel par les cotisations des actifs.

Avec la baisse dont j'ai parlé du nombre de cotisants par retraité, on voit bien que cette règle va connaître de sérieuses difficultés. Il paraît donc important que les régimes actuels à « prestations définies » dans lesquels un revenu donné en €uros, calculé à partir du salaire de référence, est versé à chaque retraité, soient remplacés par des systèmes plus lisibles : un système par points, dans lequel chaque actif accumule des droits qui seront ensuite valorisés au moment de sa retraite, ou un système de « compte notionnel » dans lequel le montant de la pension versée est fonction de l'espérance de vie moyenne du salarié au moment de son départ à la retraite. C'est ce que propose (avec semble-t-il le soutien de la CFDT) le rapport du COR qui vient de paraître.

Un deuxième élément important de transparence serait de simplifier l'organisation, qui s'est complexifiée au fur et à mesure qu'étaient mis en place des droits successifs de couverture retraite, chacun avec ses règles propres de gestion : la Caisse Nationale d'Assurance Vieillesse (CNAV) pour servir le minimum vieillesse, volet de sécurité pour tous ; les retraites complémentaires obligatoires gérées par l'ARRCO pour les non-cadres et complétées par l'AGIRC pour les cadres ; les régimes de retraites dits sur-complémentaires, gérés par de nombreuses institutions de prévoyance ou assureurs ; auxquels s'ajoutent les régimes ad hoc montés par certaines entreprises, et les fameuses « retraites chapeau » des dirigeants.

Faire la clarté dans ce maquis serait, dans l'idéal, un élément important d'une réforme des retraites que chacun pourrait comprendre et admettre. La politique de l'autruche consistant à nier ou à minimiser le problème, ou à espérer une solution miraculeuse pour le résoudre, reviendrait en fait à laisser la charge de trouver une solution aux générations futures. Comprenons que c'est notre devoir, même s'il demande un certain courage, de faire en sorte qu'elles n'aient pas « un futur sans avenir ».

Texte de Philippe Jurgensen


vendredi 05 février 2010, a 11:05
Dumas et les Mousquetaires : histoire d’un chef d’oeuvre
 


Simone Bertière nous propose non pas une biographie d'Alexandre Dumas mais une histoire intellectuelle. L'histoire d'un brillant dramaturge que les circonstances poussèrent au roman historique, genre pour lequel il avait le plus grand mépris et qui lui assura le plus grand succès !

Simone Bertière commence par retracer l'enfance et les jeunes années d'Alexandre Dumas, marquées par la mort de son père alors qu'il n'a que quatre ans. Plus tard, lorsque Dumas se lancera en politique, il s'appuiera sur la figure idolâtrée de son père, général opposé à Bonaparte.

Les débuts de Dumas dans la carrière littéraire sont rapides. Artiste passionné déjà gourmand de la vie et de ses plaisirs, il a vingt-six ans lorsqu'il devient la jeune gloire du théâtre romantique auquel il donne son premier drame – avant Hugo lui-même – avec Henri III et sa cour. Il révolutionne le théâtre classique par la forme, en passant du vers à la prose, et par le fond en quittant l'histoire pour l'actualité avec Antony… A la fin des années 1830, vivant dans l'opulence, Dumas est au faîte de la gloire. Mais son talent de dramaturge s'essouffle. Il ne cache pas son mépris pour le roman historique, qu'il accuse de tronquer l'histoire. Pourtant, un double événement va l'amener à reconsidérer les choses : l'invention de la presse à grand tirage et la naissance du roman-feuilleton. Eugène Sue rencontre en effet un succès aussi immense qu'inattendu avec Les Mystères de Paris. Toujours à la recherche d'argent, Dumas perçoit l'intérêt qu'il pourrait retirer d'une conversion progressive à l'écriture. Il est d'abord recruté par la Revue des Deux Mondes et La Presse pour des Scènes historiques et des comptes-rendus de théâtre. Il faut préciser que le théâtre reste l'essentiel de sa vie : en quête de respectabilité, il est persuadé qu'il obtiendra le succès par le théâtre. Voilà pourquoi il s'y maintient, or le théâtre ne fera qu'accélérer sa déchéance.


L'histoire en dramaturge

C'est avec Les Trois Mousquetaires qu'Alexandre Dumas inaugure la série des grands romans historiques qui ont assuré sa célébrité. Sans livrer ses secrets de fabrication, Dumas avoua s'être inspiré d'un vieux livre sur lequel il tomba par hasard : Les Mémoires de M. d'Artagnan, publié en 1700 par un certain Courtil de Sandras. Ce texte apocryphe de mauvaise qualité lui fournit l'origine de son chef-d'oeuvre. Mais il a besoin de se documenter : son imagination ne s'exerce qu'à partir de matériaux, qui lui servent de tremplin. Il a besoin aussi de raconter avant d'écrire : c'est la parole qui libère son écriture. Il trouve la perle rare en la personne d'Auguste Maquet. Petit à petit, Auguste occupe l'emploi enviable et délicat, indispensable et frustrant, de confident littéraire, de collaborateur privilégié et finit par être le coauteur de tous ses grands romans. Pendant sept ans, ils travaillent ensemble. Douze pages de Maquet deviennent soixante-dix quand Dumas s'en empare. Mais cette belle collaboration finira au tribunal : ne se contentant pas de partager l'argent, le coauteur prétendra partager la gloire...

Personnages fictifs, les trois mousquetaires (qui sont... quatre) se mêlent à des personnages réels et se glissent dans les blancs de l'Histoire. Dumas s'est identifié au jeune d'Artagnan, qui n'a ni la lucidité d'Athos, ni la force de Porthos, ni la séduction complexe d'Aramis. Quatre héros au lieu d'un lui permettent de quadrupler les péripéties. L'œuvre d'Alexandre Dumas est indissociable de sa vie comme le souligne Simone Bertière. Aussi aborde-t-elle la question de ses frasques. Connu pour être un jouisseur invétéré, Dumas travaille pourtant douze à quatorze heures par jour dans sa retraite de Saint-Germain-en-Laye. Il compte un quart d'heure pour quarante lignes : quasiment pas de ratures et presque pas de ponctuation, pour gagner du temps. On découvre aussi qu'il a composé ses grands romans sans répit, et même parfois en les menant de front. Les Trois Mousquetaires se terminent en juillet 1844 dans Le Siècle. Le mois suivant, c'est Le Comte de Monte-Cristo qui commence dans le Journal des débats.

Pour finir, Simone Bertière s'intéresse au rapport qu'Alexandre Dumas entretient avec l'histoire. Elle recense les inexactitudes flagrantes qui émaillent sa trilogie, mais surtout elle constate la place grandissante de l'histoire au détriment de la fiction entre les Trois Mousquetaires et Le Vicomte de Bragelonne. A la fin de sa vie, Dumas se recompose et cherche à donner une dimension historique à son œuvre qu'il dit être « la condition humaine du passé ». Suivons plutôt Simone Bertière qui voit en lui avant tout un merveilleux conteur.


Présentation de l'éditeur


Alexandre Dumas, vous connaissez ? Oui, bien sûr, l'auteur des Trois Mousquetaires ! Mais encore ? Il n'est pourtant pas l'homme d'un seul livre. Il est vrai que les Mousquetaires occupent dans son immense production une place à part et continuent de lui valoir une popularité mondiale qui ne se dément pas. Pourquoi ? Comment ? Leur rédaction, tardive, ne s'inscrivait pas dans la ligne de ses projets initiaux : il se voulait dramaturge. Sa conversion au roman doit beaucoup au hasard et aux contraintes extérieures. Elle est le fruit d'une maturation à laquelle ont contribué concurremment les leçons de la vie et la pratique assidue de l'écriture. Ce livre conte l'itinéraire qui l'a conduit à son chef-d'oeuvre. Contraint de vivre de sa plume, il fut partie prenante dans les principales batailles politiques et littéraires sous la Restauration et la monarchie de Juillet. Sa carrière est inséparable de l'histoire du temps, qu'on tente ici de faire revivre. Enfin on s'efforce de découvrir les secrets de fabrication de la très fameuse trilogie - dans son recours à l'histoire notamment - et l'on évoque les relations de Dumas avec son collaborateur, Maquet, condamnées à mal finir. Le récit vivant, alerte, souvent fort drôle, réserve plus de place à l'oeuvre qu'à la vie privée. Mais l'oeuvre n'est-elle pas le meilleur moyen d'accès à celui qui y a épanché ses rêves - qui sont aussi ceux de nous tous ?


L'auteur












Agrégée de lettres, Simone Bertière a enseigné la littérature avant de se consacrer à l'histoire. Elle a d'abord publié une Vie du cardinal de Retz et une édition commentée de ses Mémoires, avant de se lancer dans le récit d'une vaste fresque sur l'histoire des Reines de France des Temps Modernes. Le dernier volume de la série, intitulé Marie-Antoinette, l'insoumise, lui a valu le Prix des Maisons de la Presse, le Prix des Ambassadeurs et le Grand Prix de la Biographie historique de l'Académie Française. En 2007, sa biographie du cardinal de Mazarin est à nouveau récompensée.




mercredi 27 janvier 2010, a 09:26
Fauves et Expressionnistes au musée Marmottan Monet
 


Le musée Marmottan Monet à Paris, haut lieu de l'impressionnisme, expose une cinquantaine de chefs d'œuvre du musée Von der Heydt de Wuppertal en Allemagne, dans le cadre de l'exposition :
Fauves et Expressionnistes de Van Dongen à Otto Dix.


Affiche de l'exposition avec le tableau d'Alexej Von Jawlensky, <i>Jeune fille aux pivoines </i>

Affiche de l'exposition avec le tableau d'Alexej Von Jawlensky, Jeune fille aux pivoines

À la demande du musée Marmottan Monet, le musée Von der Heydt a sélectionné ses plus beaux chefs-d'œuvre pour cette exposition qui offre un panorama de l'art moderne. Cet échange croisé entre les deux musées permet aux visiteurs de découvrir les éléments forts des collections expressionnistes d'Allemagne et d'Autriche allant de la période d'avant la Première Guerre mondiale, à celle de la Nouvelle Objectivité. Réciproquement, les visiteurs à Wuppertal peuvent venir admirer des œuvres phares impressionnistes des collections du musée Marmottan, d'autant que Monet avait attiré l'attention en Allemagne dès le début du XXe siècle.
Les Expressionnistes allemands sont exposés aux côtés de certaines œuvres des Fauves français, Vlaminck, Dufy, Braque et Van Dongen mais aussi au sein de quelques toiles représentatives de l'expressionnisme autrichien de Kokoschka et Oppenheimer. Plusieurs courants artistiques sont ici confrontés : fauvisme, expressionnisme de la première et deuxième génération et la démarche singulière d'un Kandinsky qu'on peut situer entre les deux.

   Ernst Ludwig Kirchner, <i>Femmes dans la rue</i>, 1914 huile sur toile 126 x 90 cm Von der Heydt-Museum Wuppertal
Ernst Ludwig Kirchner, Femmes dans la rue, 1914 huile sur toile 126 x 90 cm Von der Heydt-Museum Wuppertal
© Von der Heydt-Museum Wuppertal


En 1900, l'empereur Guillaume voit dans l'art dit "moderne" "un art de caniveau". En 1905, quatre étudiants en architecture désireux de se libérer des conventions et de l'académisme d'un Adoph von Menzel, fondent un groupe d'artistes appelés Le Pont, Die Brücke. Quatre audacieux qui s'appellent Fritz Bleyl, Erich Heckel, Ernst Ludwig Kirchner et Karl Schmidt-Rottluf, se retrouvent à Dresde, où ils élaborent un programme de rupture avec le passé, préconisant de renouer avec un espace de valeurs authentiquement humaines : un monde vu et vécu loin des académismes. Admirateurs fervents de Gauguin et de Van Gogh, de Munch, et des arts premiers, ils s'emparent de l'énergie du trait et des expressions de ces grandes figures de l'art, pour transmettre la violence des sentiments. D'autres les rejoignent, Emil Nolde, Max Pechstein. Ils tiennent leur première exposition en 1905, d'autres succèdent en 1906, en 1908, mais leur appartenance demeure factice et liée aux circonstances des expositions. Des dissensions fortes entre les membres font éclater le groupe entre Berlin et Dresde.

   August Macke, <i> Jeune fille avec des poissons dans un récipient de verre </i>, 1914 huile sur toile,81 x 100,5 cm Von der Heydt-Museum Wuppertal
August Macke, Jeune fille avec des poissons dans un récipient de verre , 1914 huile sur toile,81 x 100,5 cm Von der Heydt-Museum Wuppertal
© Von der Heydt-Museum Wuppertal


En 1911, lors de la première exposition du groupe baptisé Blaue Reiter ("Cavalier bleu", créé en 1909), les contacts avec le groupe Die Brücke n'existaient pas encore. Parmi eux, Kandinsky, Jawlensky, Marc, Macke et Münter. L'année suivante naissaient des échanges pour fédérer ces mouvances partageant les mêmes aspirations : une effervescence de confrontation et de communion d'après Lionel Richard, avec Berlin pour carrefour de toutes les avant-gardes.

   Franz Marc, <i>Renard d'un bleu noir</i>, 1911 Huile sur toile 50 x 63,5 cm Von der Heydt-Museum Wuppertal
Franz Marc, Renard d'un bleu noir, 1911 Huile sur toile 50 x 63,5 cm Von der Heydt-Museum Wuppertal
© Von der Heydt-Museum Wuppertal


Le choc de la Première Guerre mondiale les ébranle et apporte son lot de désillusions révélant une nouvelle génération parmi les Expressionnistes.

Ces groupes portent bien les stigmates de la crise de civilisation que traverse l'Allemagne et le reste de l'Europe après la Première Guerre mondiale et qui se manifeste dans ce qu'on a appelé l'expressionnisme jusqu'en 1920. Comme le dit Lionel Richard dans le catalogue de l'exposition : l'appel des Expressionnistes à un "Homme Nouveau", s'achève dans la dérision. Le tableau d'Otto Dix, À la beauté met en scène cette ironie violente, une réalité sociale et la blessure de la guerre. Avec Beckmann et quelques autres, ils figurent en 1925, dans une exposition à Mannheim, intitulée La Nouvelle Objectivité.

Entre les Fauves français et ces Expressionnistes allemands d'avant guerre, le peintre Kandinsky trouve un langage propre. Passé presque inaperçu au sein du monde de l'art à Paris, en 1906 lors de son séjour en France, il y a découvert le fauvisme. De retour en Allemagne, il retrouve les Expressionnistes du groupe Die Brücke ("Le Pont"). Il s'inspire probablement de ce qu'il a rencontré à Paris et donne dans ses œuvres une profonde autonomie à la couleur, accompagnée d'un sens accru de la composition, dans laquelle un élément donne plus que d'autres, "la sonorité dominante" de l'œuvre. 


  Otto Mueller, <i>Autoportrait avec pentagramme</i>, 1922 huile sur toile à sac 120 x 75,5 cm Von der Heydt-Museum Wuppertal
Otto Mueller, Autoportrait avec pentagramme, 1922 huile sur toile à sac 120 x 75,5 cm Von der Heydt-Museum Wuppertal
© Von der Heydt-Museum Wuppertal

jeudi 21 janvier 2010, a 09:15
Vraie soupe à la tortue ou faux potage tête de veau ?
 



La soupe à la tortue est un plat mythique, mais l'utilisation du terme "tortue" recouvre des réalités bien différentes d'un côté à l'autre de l'Atlantique, mais aussi des deux côtés de la Manche. Dans l'imaginaire collectif, la soupe à la tortue évoque les aventures des flibustiers et des pirates des caraïbes, basés à l'île de la Tortue, ce qui n'est pas faux. Mais les préparations à la tortue ne concernent pas seulement ces reptiles chéloniens. Qu'en est-il vraiment ?

La soupe à la tortue est connue en Angleterre depuis le XVIIe siècle. Faite de tortues de mer, elle a d'abord été consommée aux Caraïbes, notamment à la Barbade ; mais elle n'a été servie à Londres pour la première fois qu'en 1711, d'après Sir Horace Walpole. Et la première recette écrite date de 1721. À la même époque, le père Labat, dominicain ineffable, gastronome et esclavagiste, célèbre pour avoir amélioré la fabrique du Rhum, a rapporté en 1742 des recettes de plastron de tortue et de boucan de tortue (séchée au soleil). 


Soupe à la tortue

                     Soupe à la tortue


La recette de la soupe à la tortue devint un classique de la cuisine anglaise au XVIIIe siècle, à la suite d'Hannah Glasse, femme auteur d'un livre de cuisine qui fut un best seller réédité de multiples fois.

La vogue en Angleterre de la soupe à la tortue remonte à 1800, date à laquelle un tavernier londonien Georges Painter, créa « The Ship and Turtle Tavern », où l'on pouvait préparer un service de tortue en vingt minutes. On pouvait y manger un repas complet fait seulement de tortue. Les tortues étaient amenées soit vivantes par bateaux dans des « tubs » et gardées vivantes dans de grands bassins notamment dans les caves du restaurant de George Painter. On apportait aussi de la viande de tortue séchée, qui pouvait se conserver longtemps. Ce restaurant était très prisé de la clientèle aristocratique, et George Painter fit fortune en vendant le potage de tortue au prix d'une guinée le litre, ce qui représentait une véritable petite fortune à l'époque. Urbain Dubois, dans son livre Cuisine de tous les pays, paru dans la seconde moitié du XIXe siècle, a donné la première recette française de la soupe à la tortue (et également une recette de noix de tortue à l'anglaise), normal_tortue_de_mer.jpg et en dit : « De toutes les soupes qu'on sert en Amérique et en Angleterre, celle qu'on prépare avec les tortues de mer est la plus précieuse, la plus estimée. Aujourd'hui, on sert la soupe tortue dans toutes les parties de l'Europe. Partout elle est recherchée par les amateurs ». Joseph Favre, en 1894, dans son « Dictionnaire universel de Cuisine », nous donne le menu « tout » tortue : « Potage de tortue clair, Potage de tortue lié, Graisse verte, Nageoires et ailerons, Côtelettes de tortue ». De nos jours, on mange toujours de la soupe de tortue aux Caraïbes, et en Asie, où il existe, notamment en Indonésie, des élevages de tortue à cet usage, ce qui évite de pécher ces remarquables chéloniens parfois menacés d'extinction.

Les soupes à la tortue d'Amérique du Nord sont tout à fait différentes, car on utilise des petites tortues terrestres, aussi nommées terrapines que l'on mange en soupe (dans le Mississipi) ou en ragoût, et dont Joseph Favre nous donne la recette. Un moment menacées d'extinction, ces populations se sont restaurées et elles sont aussi actuellement élevées dans des fermes. Il est amusant qu'un plat aussi rare ait suscité des interdits religieux : interdit aux juifs dans le Lévitique, et autorisé aux moines pendant le Carême.

C'est en Angleterre que la tortue a conquis ses lettres de noblesse littéraires : Lewis Carroll dans Alice aux Pays des Merveilles parle d'un plat mythique, « Le mock Turtle Soup », littéralement « fausse soupe à la tortue », qui en fait correspond à la dénomination française de tête de veau en tortue.


Alice entre le griffon et
Alice entre le griffon et "the mock turtle", détail d'une illustration d'Arthur Rackham pour Alice's Adventures in Wonderland de Lewis Caroll, 1907.

En effet en France, la soupe à la tortue n'a quasiment jamais existé. Les préparations en tortue concernent en fait la tête de veau, c'est pourquoi on trouve dans les livres anciens des préparations en tortue, et non pas la tête de veau en temps que plat. La tête de veau est consommée depuis le Moyen-Âge, mais à l'époque et jusqu'au XVIIIe siècle, on mangeait aussi les yeux ! Le nom de la préparation est due à la sauce tortue : décrite par Carême au début du XIXe siècle, elle était faite d'une réduction de madère, avec maigre de jambon, poivre, piment, échalote, additionnés de consommé, de sauce espagnole et de sauce tomate. Le plus souvent, elle associait seulement du vin blanc, de la tomate et du bouillon. La garniture en tortue était fastueuse : elle accompagnait la tête de veau cuite au blanc détaillée en morceaux

Tête de veau en tortue
Tête de veau en tortue

réguliers. Elle était faite de quenelles de veau, d'olives, de champignons, de cornichons, de lames de truffe, d'escalopes de cervelle, de langues de veau, de jaunes d'oeuf, de croûtons frits et d'écrevisses en court-bouillon. Cette préparation fastueuse n'excluait pas à la fin du XVIIIe siècle, des préparations plus simples, proches de notre cuisine actuelle : tête de veau à la bourgeoise, à la Sainte-Menehould, mais aussi à la sauce poivrade ou à la sauce ravigote, citées dans La cuisine bourgeoise de Menon. Jules Favre, en 1894, parle encore de tête de veau en « potage fausse tortue », rejoignant ainsi Lewis Carroll.

Ne boudons donc pas notre plaisir, et mangeons donc avec plaisir, dans un bon bistrot, une bonne tête de veau, quitte à rêver de soupe à la tortue (vraie ou fausse) en la consommant.



mardi 19 janvier 2010, a 15:21
Yann Arthus-Bertrand
 

Le photographe Yann Arthus-Bertrand a été élu membre de l'Académie des beaux-arts le 31 mai 2006. Dans cette interview réalisée quelques jours avant son installation sous la Coupole, le 15 octobre 2008, il évoque son parcours, les projets de son association GoodPlanet au service de la défense de l'environnement et l'Académie des Beaux-arts qui l'accueille.

A l'âge de trente ans, Yann Arthus Bertrand décide de devenir photographe en observant les lions du Kenya. La photographie animalière restera une de ses passions tout en laissant place à l'exploration de sujets aussi divers que la couverture d'événements sportifs (le Paris-Dakar, le Tour de France ou le tournoi de Rolland-Garros) ou l'exploration sociologique des Français à travers ses photographies des bestiaux présentés au salon de l'Agriculture. La liste serait longue des ouvrages qu'il a consacrés aux animaux, comme celle des pays sur lesquels il a posé son œil de photographe. Ce reporter-photographe qui a obtenu la reconnaissance des spécialistes et des amateurs se définit comme un naturaliste. Il poursuit un travail d'inventaire des espèces animales domestiques et d'élevage, qu'il photographie en studio ou en plein air. Il est l'un des premiers, dans les années 1990, à traiter ses sujets avec un fond uni en soignant les éclairages et les poses comme s'il s'agissait de photographies de mode. L'humour, la dignité, l'indépendance, la personnalité de ses sujets sont mises en valeur. Loin du portrait équestre habituel, par exemple, pour les chevaux d'Eurasie, d'Orient ou d'Europe, il a su capter la beauté de l'animal et du cavalier. Toujours équipé de la même bâche, il a installé son studio en plein air, dans des paysages grandioses comme en Mongolie où il a photographié les nomades et leurs chevaux après un Naadam, une fête et une course traditionnelle où les enfants mesurent leurs talents. Pour tous ses sujets, Yann Arthus-Bertrand a parcouru le monde et travaillé plusieurs années sur ses séries pour ne retenir que les photographies qui lui tiennent le plus à cœur. La démarche est d'abord artistique et ne cherche pas l'exhaustivité. Ses photographies approchent les liens profonds de l'homme et de l'animal, unis en un sort commun.

Dans un registre différent, parcourant le monde, Yann Arthus-Bertrand a tiré des pistes d'atterrissage la série Tarmacs, en 2007. Entre les vols, durant un cours laps de temps, les pistes sont nettoyées des traces de gomme laissées par les pneus des avions au moment de leur atterrissage. Équipé de son appareil et d'un escabeau, il photographie alors, ces traces qui recouvrent les lignes jaunes des repères. Ses photographies s'apparentent alors à des peintures abstraites, symboles d'un geste à l'état brut.

Pour beaucoup d'entre nous, son nom est associé à son ouvrage La Terre vue du ciel qui l'a fait accéder à la reconnaissance internationale : le livre a été traduit en 24 langues et l'exposition La Terre vue du ciel a été présentée dans 120 villes du monde. Il est le représentant le plus en vue de la photographie aérienne dont le photographe Georg Gester avait ouvert la voie. La photographie en 1992 du cœur de Voh, ce cœur végétal éphémère de la mangrove de Nouvelle Calédonie est une image symbolique de son travail connue du grand public. Aujourd'hui, la mangrove a reconquis la clairière et le cœur a disparu.

Avec ses ouvrages, ses reportages, ses émissions de télévision et ses films, Yann Arthus-Bertrand s'engage pour le développement durable. Il écrivait récemment dans le journal Le Monde, daté du 24 septembre 2008 : « Notre monde va mal. Le tableau s'assombrit chaque jour de catastrophes avérées ou imminentes. Ce flot de mauvaise nouvelles a quelques chose de sidérant et d'inquiétant : il ne suscite aucune réaction. Nous continuons à vivre en ne changeant rien. Cette acceptation placide de faits et de chiffres, voire d'une fin annoncée, est tout à fait fascinante. Nous nous contentons de constater les dégâts... Et nous continuons comme avant. Nous savons mais nous ne voulons pas y croire... Nous sommes au pied du mur. Il est trop tard pour être pessimiste. »

Depuis 1990, les photographies aériennes réalisées au cours de ses nombreux voyages invitent à réfléchir sur les questions d'environnement dans une perspective qui prend en compte l'avenir des générations futures. En 2005, il a fondé l'association GoodPlanet qu'il préside afin « d'éveiller à la connaissance des problèmes du monde et au développement durable ». Plusieurs actions de sensibilisation à ces questions sont en cours : l'exposition Le développement durable pourquoi ? ; l'exposition prévue pour 2009, 6 milliards d'autres ; le programme Action Carbonne ; l'exposition de 2006 Vivants qui depuis parcourt le monde et le projet pilote Des Enfants à Port-Cros. Le livre La Grande Terre, au tirage limité, est vendu au profit de GoodPlanet. Il comprend des photographies, certaines inédites, accompagnées de commentaires de Yann Arthus-Bertrand. Enfin l'association a publié un catalogue : 1000 façons de consommer responsable.

Le 15 octobre 2008, se déroule sous la Coupole de l'Institut de France, la séance d'installation de Yann Arthus Bertrand.


Parmi ses 70 ouvrages :
- Être photographe, Éditions de La Martinière, 2001
- Paris vu du ciel, 2002, Éditions de La Martinière
- La Terre vue du ciel, 2002, Éditions de La Martinière
- Chevaux, Édition du Chêne, 2004
- Algérie, Éditions de La Martinière, 2006
- Regards partagés sur la Terre, Éditions de La Martinière, 2006
- La grande Terre, Éditions de La Martinière, 2007

vendredi 08 janvier 2010, a 11:10
le radiotélescope de nançay
 


Inauguré en mai 1965 par le Général de Gaulle le radiotélescope de Nancay a pour objectif de mesurer l'impulsion radio des supernovae.
Au cours d'une conférence donnée au Bureau des longitudes en novembre 2009, Ismaël Cognard chercheur au CNRS au radiotélescope de Nançay présente l'instrumentation spécialement développée à Nançay pour l'observation des pulsars les plus stables, des résultats significatifs récents ainsi que quelques perspectives pour le futur.

Les pulsars sont les restes d'une supernova, l'explosion d'une grosse étoile laissant un cœur dense, magnétisé et tournant très rapidement sur lui-même. Une émission radio « collimatée » s'en échappe et est perçue sur Terre sous forme d'impulsions brèves.
                   
                  Image composite visible/rayon X du pulsar du Crabe, né de la supernova historique SN 1054, montrant le gaz environnant la nébuleuse agité par le champ magnétique et le rayonnement du pulsar

Image composite visible/rayon X du pulsar du Crabe, né de la supernova historique SN 1054, montrant le gaz environnant la nébuleuse agité par le champ magnétique et le rayonnement du pulsar 

Image NASA

De grands télescopes et une instrumentation dédiée sont utilisés pour dater le plus précisément possible l'arrivée au radiotélescope de l'impulsion radio. La précision de datation d'impulsions ayant voyagé ainsi des dizaines de milliers d'années dans la galaxie peut être de l'ordre de 100 nanosecondes ou mieux.


Les pulsars binaires serrés sont utilisés pour faire les meilleurs tests des théories de la gravitation, spécialement en champ fort. Un ensemble de pulsars stables bien réparti sur le ciel devrait permettre, dans les années futures, de contraindre l'existence d'un fond d'ondes gravitationnelles d'origine cosmologique.

Au cours de cette conférence donnée au Bureau des longitudes en novembre 2009, Ismaël Cognard présente l'instrumentation spécialement développée à Nançay pour l'observation des pulsars les plus stables, des résultats significatifs récents ainsi que quelques perspectives pour le futur.


           radiotelescope_de_nancay.jpg



mardi 05 janvier 2010, a 10:46
l'évolution, c’est tout bête... selon Darwin
 

Le naturaliste anglais Charles Darwin (1809-1882, membre de l'Académie des sciences) révolutionna la pensée de l'homme jusqu'alors "anthropocentrée", démontrant que l'humain appartenait au règne animal et que Dieu et sciences devaient être séparés. L'accueil de L'origine des espèces en 1859 fut contrasté même s'il eut un succès immense. Aujourd'hui, la "théorie de l'évolution" est admise de tous (ou presque...). Retour sur la pensée de Darwin, un personnage qui, entre scarabées péteurs et vers de terre mélomanes, était beaucoup moins austère qu'il n'y paraît !

Marc Giraud est journaliste spécialisé en zoologie, naturaliste de terrain. Il a publié Darwin, c'est tout bête en abordant avec humour et intelligence la théorie de l'évolution de Darwin, à l'occasion du bicentenaire de la naissance du scientifique en 2009.

Charles Darwin (1809-1882)

Charles Darwin (1809-1882)

Au début de sa carrière, Charles Darwin commence par des études de médecine, puis selon les vœux de son père, se tourne vers le pastorat. Mais cette destinée ne l'enchante guère. Il décide de devenir le compagnon de voyage de l'austère capitaine Fitzroy en 1831 à l'âge de 22 ans. Et c'est ce long voyage qui fera basculée sa destinée. À bord du Beagle, il passe pour « un drôle de zig » pour citer Marc Giraud !
L'équipage le nomme « l'attrape-mouche » en raison de tout ce qu'il attrape pour pouvoir l'observer. Il note par exemple au cours d'une escale : « Nous sommes environnés de mouches lumineuses et de moustiques ; ces derniers sont fort désagréables. J'expose ma main à l'air pendant 5 minutes, elle est bientôt entièrement recouverte par ces insectes ; il y en avait au moins 50 suçant tous à la fois ».


Le Beagle dans les eaux de la <i>Terre de Feu</i>, salué par les autochtones fuégiens.
Le Beagle dans les eaux de la Terre de Feu, salué par les autochtones fuégiens.
Peinture de Conrad Martens qui devint l'artiste du navire en 1833

Cette originalité se retrouve jusque dans les derniers moments de sa vie. En effet son dernier livre, rédigé à l'âge de 72 ans, porte sur « La formation de la terre végétale par l'action des vers, avec des observations sur leurs habitudes ». C'est à cette occasion qu'en leur hurlant dessus et en leur jouant du piano, il se rend compte que les lombrics… sont sourds !

Mais revenons aux suites du voyage à bord du Beagle.
Après plusieurs années de voyage, Charles Darwin a beaucoup changé. Jusqu'alors pétri des conceptions religieuses sur la création en vigueur à l'époque, il revient l'esprit plein de questions.


_ Le premier moment clé date de 1837. Dans le zoo de Londres, il note sur son carnet en observant un orang-outang : « Homme issu de singes ? ». 


C'est cette même année que Darwin commence un premier carnet consacré à la transmutation des espèces.

Attention ! Darwin n'a pas été le premier à penser que l'évolution transforme les êtres vivants, (l'idée d'évolution des espèces a quasiment toujours existé). Anaximandre et Héraclite évoquaient déjà la non fixité des espèces. Plutarque affirmait « que les poissons sont les pères et les mères de l'espèce humaine ».
Mais d'autres comme Voltaire répondait « qu'il ne parvenait pas à croire qu'il descendait d'une morue » !
Buffon déjà situait l'homme dans le règne animal et la naissance de la terre vers 70 000 ans avant J.-C. Mais sous la pression des théologiens, le naturaliste a revu sa copie.

Mais Charles Darwin est celui qui a apporte l'explication la plus poussée et la plus étayée d'exemples.


darwin-3.jpgLa sortie de L'origine des espèces

C'est ainsi qu'en 1859 sort L'origine des espèces.
La publication est épuisée en une seule journée, mais l'accueil est contrasté : les attaques viennent du clergé mais pas tous, tel le chapelain de la reine Victoria, Charles Kingsley, qui lui témoigne publiquement son admiration. D'autres scientifiques et amis comme Charles Lyell et le capitaine Fitzroy sont également critiques. Ce dernier dira d'ailleurs qu'il ne voit « rien de très noble à l'idée de descendre même du plus ancien des singes ». La phrase choc fera date : le lendemain, Darwin est caricaturé en singe dans les journaux.


Pourtant Darwin fait très attention dans son ouvrage à ne pas faire le lien entre l'homme et son cousin éloigné. Mais le raccourci est fait dans les esprits.

Par ailleurs, ce n'est que dans le sixième réédition de son livre que Darwin parle d'évolution des espèces. Dans les cinq premières éditions, il prend soin de parler de « transmutations des espèces »  ; une transmutation qui se fonde sur trois notions complémentaires :
- 1. les organismes vivants présentent des variations, dont une partie se transmet à leurs descendants
- 2. les êtres vivants produisent plus de descendants qu'il ne peut en survivre
- 3. les caractères favorables se rependent au fur et à mesure des générations.

Sa théorie globale est révolutionnaire car elle exclut Dieu de la science, et choque parce qu'elle détrône l'homme de la place privilégiée qu'il s'est attribuée dans l'univers, au mépris de l'animal.
Dans l'Introduction à la psychanalyse, Freud écrit que l'homme est blessé dans son orgueil anthropocentrique :
- la première blessure vint de Copernic qui affirma que la Terre n'était pas le centre du monde.
- la seconde fut celle de Darwin qui démontra que nous appartenons au règne animal.


Darwin mal compris

A côté de ses détracteurs, il y a ceux qui détournent sa théorie à des fins peu glorieuses comme son cousin Francis Galton qui transposa radicalement « l'élimination des faibles » aux sociétés humaines, inventant l'eugénisme.

Enfin, certains ne saisissent pas le sens du mot « adaptation ». Lamarck par exemple, qui était un transformiste, expliquait par exemple la déformation du cou de la girafe à force de tirer sur son cou pour atteindre les feuilles des arbres. Pour Lamarck, la fonction créé l'organe. Aujourd'hui encore, la confusion subsiste pour certains. Or, ce sont les contraintes du milieu qui ont sélectionnés les animaux capables de survivre, tout comme les éleveurs ont sélectionné les chevaux performants pour arriver au pur-sang.


Les erreurs de Darwin

Charles Darwin a tellement écrit pour démontrer sa théorie qu'il a fini par se contredire et parfois même commettre quelques erreurs. Il affirmait par exemple que l'évolution ne faisait pas de bonds ; il croyait en l'hérédité des caractères acquis ; enfin, il affirmait clairement son anthropomorphisme parlant de l'affection des araignées, et du sentiment de la beauté chez les oiseaux.


Un nouveau classement : la cladistique

Si Charles Darwin n'est plus là pour bousculer notre image anthropocentrique du monde, un nouveau classement est venu bouleverser notre mode de pensée depuis les années 1950 : la cladistique, énoncé par l'entomologiste allemand Willi Hennig.

Il s'agit d'un classement par homologies secondaires, où le brochet est plus proche du cheval que du requin, la vache est plus proche du dauphin que du cheval et le chimpanzé plus proche de l'homme que de l'orang-outang.



mercredi 09 décembre 2009, a 11:28
L’oie : de la Saint-Michel à la Saint-Nicolas
 

Le Moyen Age fut la grande époque de l'oie : les rôtisseurs en servaient un grand nombre, à tel point que leur corporation se donna le nom d'oyers avant de prendre celui de rôtisseurs. Traditionnellement, à la Saint-Michel, à la Saint-Martin (le 11 novembre) ou à la Saint-Nicolas, on se régalait de l'oie... Une bonne tradition à conserver !


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L'oie est une volaille immémoriale. L'oie cendrée sauvage migratrice avec ses vols interminables en V ou en triangle dans le ciel a frappé les esprits de tous temps : le témoin le plus récent en est le Merveilleux Voyage de Nils Olgersson à travers la Suède de Selma Lagerlöf. Les oies étaient déjà élevées en vastes troupeaux dans les dépendances des temples d'Amon en Egypte. Dédiées à Amon-Rê comme le bélier, ou à Geb, le créateur de la terre et le père d'Isis dans la foisonnante mythologie égyptienne, les oies étaient régulièrement consommées pas tous les Égyptiens sauf par les prêtres d'Amon : en témoignent les bas de reliefs des tombes de l'ancien Empire à Saqqarah.

A Rome, les oies du Capitole sauvèrent par leurs cris Rome de la défaite complète lors de l'incursion des hordes gauloises de Brennus en 390 avant Jésus-Christ. Les Romains étaient si friands d'oies que des troupeaux entiers d'oies étaient convoyés de Gaule à Rome à pied : ils venaient surtout du pays des Morins, le Boulonnais actuel (cité dans les Coutumes Gauloises de Mme de Benneville en 1838).

Le Moyen Age fut la grande époque de l'oie : les rôtisseurs en servaient un grand nombre, au tel point que leur corporation se donna le nom d'oyers avant de prendre celui de rôtisseurs. Les troupeaux d'oies étaient si envahissants qu'en Alsace, plusieurs édits tentèrent de réglementer la divagation des troupeaux d'oies ! L'oie rôtie fut le grand plat des tables riches du Moyen Age, époque où l'on aimait servir sur les tables nobles les oiseaux en majesté, qu'il s'agisse des oies domestiques, des paons (goûteux aussi car élevés au grain), des cygnes et des hérons qu'il ne nous viendrait plus à l'idée de consommer de nos jours.

L'oie est restée un plat de fête en Alsace, en Allemagne et dans tout l'est et le nord de l'Europe. Ailleurs, elle a été supplantée par la dinde américaine. L'oie n'est plus guère servie dans nos repas de fêtes, par contre, elle est toujours présente sur nos tables sous forme de foie gras et de confits. Alors qu'à Rome, on l'engraissait avec des figues, de nos jours c'est avec du maïs que l'on obtient l'oie grasse, bien qu'elle soit de nos jours concurrencée par le canard plus facile à élever.

Si la dinde est le plat de fêtes américain du Thanksgiving ou de Noël en Françe, l'oie reste en Angleterre le plat traditionnel de la saint-Michel, le 29 septembre. Cette fête commémore la victoire remportée par les marins anglais, conduits par Charles Howard, grand amiral, et Sir Francis Drake, vice-amiral, en 1590 contre l'invicible Armada. Celui-ci voulait envahir l'Angleterre, déposer Elisabeth 1ère et rétablir le catholicisme en Angleterre. C'est d'ailleurs entre la saint-Michel et la Toussaint que les oies cendrées migrent sous nos cieux.

L'oie est aussi rattachée à saint-Nicolas de façon immémoriale. Pascal Viroux, dans son ouvrage La table des Dieux, nous dit : si l'âne était l'animal qui accompagnait traditionnellement saint Nicolas, on le représentait parfois affublé d'un bec d'oie et qu'il était parfois remplacé dans les contes de l'est de la France par l'oie. De même, le chariot volant du père Noël, qui a remplacé saint Nicolas dans notre imaginaire collectif, est tiré par des rennes volants qui sont un évident substitut des oies sauvages.

Ainsi donc la consommation des oies à Noël s'explique fort bien : la date de Noël n'a été fixée le 25 décembre qu'au XVIe siècle pour coïncider avec la fête du solstice d'hiver. Auparavant elle se fêtait en mars, comme encore dans certaines églises chrétiennes orientales. On consommait symboliquement l'oie au solstice d'hiver, car l'oie sauvage rythmait les saisons. Elle apparaît dans le ciel au printemps et disparaît à l'automne, symbolisant le mythe du soleil renaissant. Il y a donc tout lieu de manger de l'oie à Noël et de ne pas se contenter seulement de foie gras (d'oie). Il faut dire que le spectacle du vaisseau de l'oie sur la table de fête est déjà tout un spectacle.


mercredi 02 décembre 2009, a 11:56
alexandre 1er le tsar qui vainquit napoléon
 

Alexandre Ier, tsar de Russie du 23 mars 1801 à sa mort le 1er décembre 1825, naît à Saint-Pétersbourg, le 23 décembre 1777. Il est le fils de Paul Ier et de Sophie-Dorothée de Wurtemberg, tsarine sous le nom de Maria Fiodorovna. En 1793, sa grand-mère, Catherine II, lui fait épouser Louise Augusta de Bade. Le règne d'Alexandre coïncide grossièrement avec celui de Napoléon, qu'il combattit à plusieurs reprises jusqu'à la bataille victorieuse de 1814.


Un tsar réformateur ?

Couvé par sa grand-mère mais élevé à la française, selon les préceptes du suisse La Harpe, Alexandre développe des idées libérales radicalement opposées à celles de son père Paul Ier auquel il succède dans des circonstances troubles. En fait, lorsqu'Alexandre est informé du complot contre son père, il espère que celui-ci ne sera que déposé. Or, le complot conduit à l'assassinat de Paul Ier. Un profond sentiment de culpabilité ne cessera d'hanter Alexandre jusqu'à la fin de ses jours. Ce parricide ou tsaricide restera à jamais une blessure ouverte.
- Quoiqu'il en soit, monté sur le trône, Alexandre cherche à engager son pays sur la voie de la réforme. Il encourage un projet de constitutionnalisation du gouvernement russe et octroie au Sénat un droit de remontrance. Il cherche également à favoriser l'émancipation des serfs. Cette œuvre réformatrice est toutefois limitée. On a souvent vu dans le recul d'Alexandre devant la réforme, un signe de son caractère velléitaire. Il n'en est rien ; la résistance de la noblesse et le manque de relais au sein de la société russe sont les principales faiblesses de son édifice. En outre, Alexandre a très vite été absorbé par le rôle majeur qu'il réussit à se tailler dans la diplomatie européenne.


Entrevue des deux empereurs, Adolphe Roehn.

Rappelons qu'Alexandre Ier fut le principal adversaire militaire de Napoléon. Dans un premier temps, allié à l'Autriche et à la Prusse, il est gravement défait à Austerlitz en 1805, puis à nouveau à Friedland en 1807. Il finit donc par accepter l'alliance avec la France (traité de Tilsit en 1807) contre l'Angleterre et la Suède. Cette nouvelle alliance permet à Alexandre de conquérir la Finlande. Cependant, des divergences apparaissent vite avec Napoléon et mettent fin à l'alliance. En 1812, la campagne de Russie s'avère effroyable. L'arrivée des troupes françaises dans Moscou et l'incendie de la ville traumatisent Alexandre qui se tourne alors vers la religion.
- Cette crise mystique ne fait que s'accentuer avec le temps. En 1825, quelques mois avant sa mort, il envoie son aide de camp à Rome, informer le pape Léon XII de son désir d'abjurer l'orthodoxie et de ramener la Russie dans l'Église Catholique Romaine.


Une mort controversée

Alexandre Ier meurt subitement le 1er décembre 1825 à Taganrog au bord de la mer d'Azov avant d'être inhumé à Saint-Pétersbourg. Il a quarante huit ans. Dès l'annonce de sa mort, des doutes naissent en Russie. La rumeur s'installe selon laquelle le tsar aurait simulé sa mort et se serait retiré loin des hommes, tandis qu'on lui substituait le cadavre d'un soldat lui ressemblant vaguement.
- Quelques années plus tard, un ermite du nom de Fiodor Kouzmitch fut reconnu par de nombreuses personnes comme étant Alexandre Ier. Arrêté, fouetté puis déporté en Sibérie, il devint starets et mourut le 20 janvier 1864 à Tomsk, en Sibérie.
- L'identité de Fiodor Kouzmitch et d'Alexandre Ier est aujourd'hui admise par certains historiens qui affirment qu'Alexandre se serait volontairement retiré du monde, probablement pour expier le meurtre de son père, Paul Ier, auquel il aurait involontairement pris part en donnant son appui à la conjuration chargée d'assassiner le tsar dément. Cette rumeur n'est ni confirmée, ni infirmée. Un élément vient, cependant, accroître le trouble : lorsque Alexandre III de Russie fit ouvrir le tombeau d'Alexandre Ier, afin de vérifier le bien-fondé des rumeurs de survie, le cercueil fut découvert vide...



mercredi 02 décembre 2009, a 11:54
napoléon et l'europe
 

En 1789 l'Europe était faite. C'était celle des Lumières. Voltaire avait conseillé Frédéric II et Diderot la Grande Catherine. Les physiocrates recommandaient l'abolition des barrières douanières et le traité de commerce entre la France et l'Angleterre annonçait la victoire du libre-échange, la circulation sans entrave des marchandises en Europe.


Napoléon Bonaparte
Napoléon Bonaparte

Les idées circulaient déjà et les académies s'ouvraient aux confrères étrangers. Berlin accueillait Maupertuis et Lagrange. Né à Salzbourg, Mozart jouait à Munich, Vienne, Bruxelles, Paris, Londres, Amsterdam, Genève puis en Italie, au point qu'on ne savait plus quelle nationalité lui attribuer.

Et cette Europe - ou du moins ses élites - parlait une seule langue, le français, dont Rivarol avait vanté l'universalité dans un discours couronné par l'Académie de Berlin.

Cette Europe s'achève sur le champ de bataille de Valmy en 1798 lorsque les soldats de Dumouriez, un homme des Lumières, qui affronte le duc de Brunswick, initiateur d'une grande enquête sur les origines de la franc-maçonnerie, crient : « Vive la nation ! » La nation, l'ennemie du cosmopolitisme, un mot oublié lorsqu'on partage la Pologne. Ce mot qui reparaît, enterre les espoirs d'une civilisation unique. L'Europe des Lumières est morte.

Vers 1811 l'Europe est faite. Et elle sera française ; c'est l'Europe de Napoléon. Considérons la carte. La France proprement dite, notre Hexagone, est passée de 83 départements en 1790 à 130 en 1811. Aux départements initiaux la révolution avait ajouté Avignon, Chambéry et Nice. La Belgique est annexée à la France et découpée en départements au début d'octobre 1795. Le Luxembourg forme celui des Forêts. À son tour la Hollande, en juillet 1810, devient française. La Hanse suit. La rive gauche du Rhin a donné, des 1798, 4 nouveaux départements : ceux de Trêves, Mayence, Coblence et Aix-la-Chapelle. Genève est française. Au-delà des Alpes, la France s'est agrandie du Piémont (six départements), de Gênes, de la Toscane, de Parme, des États romains en 1809. Ajoutons-y les provinces illyriennes, Trieste et l'Istrie, la Croatie, la Dalmatie avec Raguse. Et la Catalogne est détachée de l'Espagne, le 26 janvier 1812, pour former quatre départements.

À cette date, Bruxelles, Amsterdam, Hambourg, Coblence, Genève, Turin, Florence, Rome et Barcelone sont des villes françaises au même titre que Perpignan, Lille ou Limoges. L'empire dépasse 750 000 km2 pour une population de 45 millions d'habitants. Mais ce n'est pas tout. Napoléon est roi d'Italie, un royaume qui comprend Milan et Venise et que gouverne un vice-roi, Eugène de Beauharnais. Il est médiateur de la Confédération helvétique, ce qui fait de la Suisse, en 1803, un État satellite de la France. Enfin Napoléon est protecteur de la Confédération du Rhin qui regroupe la totalité des États allemands, de la Saxe à la Bavière. L'Allemagne reste morcelée et n'a d'autre unité que l'autorité qu'exerce sur elle Napoléon. Elle est surveillée en son coeur par le royaume de Westphalie (cf. les fameux traités de 1648) confié au plus jeune frère de Napoléon, Jérôme, établi à Cassel sur les ruines de la monarchie prussienne. Cette Confédération du Rhin s'est substituée au Saint Empire Romain Germanique brisé à Austerlitz. À cette confédération se rattache le duché de Varsovie formé des parties prussienne et autrichienne des partages de la fin du XVIIIe siècle. Si ce duché est placé sous la tutelle du roi de Saxe, Napoléon y entretient un résident qui assure des contacts directs entre Varsovie et Paris.


Napoléon
Napoléon
par Antoine-Jean Gros

Napoléon gouverne d'autres pays de l'Europe par de grands vassaux en théorie indépendants, mais auxquels Napoléon impose ses ordres. C'est le cas de Joseph, son frère aîné devenu roi d'Espagne en 1808 et installé à Madrid tandis que les troupes françaises se battent au Portugal. C'est celui, dans le sud de l'Italie que nous n'avons pas encore évoqué, de Murat, beau-frère de l'empereur, roi de Naples, où il a succédé, par la volonté de Napoléon, à Joseph. C'est aussi celui du roi du Danemark, Frédéric VI, qui règne également sur la Norvège. C'est un allié fidèle de Napoléon ; il le paiera cher en 1815. Enfin la Suède a choisi en 1810, par l'intermédiaire de la Diète, un maréchal français, Bernadotte, comme prince héritier. Malgré d'anciennes tensions avec Napoléon (Bernadotte avait épousé Désiré Clary à laquelle le jeune Bonaparte avait été fiancé et il avait intrigué sous le Consulat contre son rival), ce n'en était pas moins l'influence française qui pénétrait à Stockholm.

En 1810, en épousant Marie-Louise de Habsbourg, Napoléon devenait le gendre de l'autre empereur, François II, devenu François Ier après la disparition du Saint Empire Romain Germanique. François Ier régnait sur l'Autriche, la Hongrie, la Tchécoslovaquie et une partie de la Roumanie. Enfin, depuis Tilsit, en 1807, le troisième empereur, celui de Russie, était allié à la France.

N'échappent à Napoléon que les îles : la Grande-Bretagne (est-elle européenne ?), la Sicile (dont Murat a les moyens de s'emparer) et la Sardaigne (quelques troupeaux de moutons...).

Il ne suffit pas de dominer, il faut encore unifier. Construction empirique, née des guerres de la Révolution et de l'Empire, l'Europe devient ou est destinée à devenir une entité juridique, économique et artistique. Le modèle est romain : le droit, la route, l'armée et la langue. Dans tous les nouveaux départements (Belgique, Hollande, rive gauche du Rhin, Piémont, Rome...) se mettent en place les structures administratives françaises (préfets, sous-préfets, maires). Simplification et unification : la supériorité de l'administration française sur les vieilles constructions féodales et ecclésiastiques est éclatante.

Les royaumes vassaux calquent leurs institutions sur la France : de façon totale pour la Westphalie, un royaume nouveau, partiellement pour Naples et l'Espagne, où il faut tenir compte du passé.

C'est surtout sur le plan juridique que doit s'opérer la fusion grâce au Code civil. Napoléon entend l'imposer dans toute l'Europe. Le problème ne se pose pas en pays annexé, mais ailleurs il y a des résistances, venant surtout de la noblesse qui perd droits et privilèges et de l'Église. À Joseph, roi de Naples, Napoléon écrit, le 5 juin 1806 : « Établissez le Code civil à Naples ; tout ce qui ne vous êtes pas attaché et va se détruira alors en peu d'années et tout ce que vous voudrez conserver se consolidera. Voilà le grand avantage du Code civil. » Comme en Italie, en Allemagne la bataille est rude. Napoléon ordonne à son ministre des affaires étrangères : « Je désire que vous écriviez à M. Otto (ambassadeur à Munich) et à mes chargés d'affaires près le Prince Primat (à Francfort) et les grands ducs de Hesse-Darmstadt et de Bade, pour leur prescrire de faire des insinuations légères et non écrites pour que le code Napoléon soit adopté comme loi civile de leurs États en supprimant toutes les coutumes et en se bornant au seul code Napoléon. »

Le Code civil, malgré les réticences d'un juriste germanique comme Karl von Savigny, symbolise la liberté (partout où il est établi disparaît le servage), l'unification (face aux innombrables coutumes émanant du droit romain, du droit canonique et des usages féodaux), la clarté (le style) et la modernité (Karl Marx avouera que le Code civil, là où il a été appliqué en Allemagne, a détruit la vieille féodalité).

Le Code civil s'annonçait comme le nouveau droit européen. L'unification économique de l'Europe est en marche à la faveur du blocus continental. En 1806, ayant brisé la Prusse à Iéna, Napoléon, qui n'est pas encore au sommet de sa puissance (« l'âme du monde à cheval », dit alors Hegel), décidé de fermer par le décret de Berlin l'Europe aux marchandises anglaises (produits coloniaux et objets manufacturés). L'avance technique de l'Angleterre, qui a fait sa révolution industrielle, lui permettait d'inonder de ses produits à bon marché de l'Europe et d'y étouffer toute concurrence. Désormais, à l'abri d'une barrière douanière dont l'efficacité sera progressive et qui s'étend à toutes les côtes, à tous les ports du continent, on peut espérer voir se développer une industrie européenne. De plus, la route, un des soucis de Napoléon, va permettre avec notamment la percée des cols alpins, la circulation des marchandises. Certes il n'y a pas encore de monnaie unique, mais Napoléon y songe car les opérations de change diminuent sensiblement les énormes revenus que Napoléon a attribués à ses nobles en Pologne et en Allemagne.

S'esquisse une unification intellectuelle et artistique. De cette volonté d'unification, quelle meilleure preuve que le transfert des archives des pays d'Europe à Paris sous le contrôle de Daunou, membre de l'Institut, au palais Soubise, en attendant la construction d'un autre palais.

Les oeuvres d'art ont précédé les archives : au Louvre, sous Vivant Denon, membre de l'Institut, affluent peintures et sculptures. En 1807, Berlin donne 54 tableaux. Denon procède dans le même temps à l'enlèvement à Kassel de 899 oeuvres dont les Rembrandt. Joseph est sommé d'alimenter le Louvre en peintres espagnols. En 1810, le musée Napoléon possède la plupart des chefs-d'oeuvre européens qu'il révèle aux yeux éblouis du jeune Delacroix.

Et dans le même temps où il prive l'Europe de ses oeuvres d'art, l'empereur impose dans tous les palais du continent le « style empire », fait d'acajou et de bronze, de sphinx et d'aigles, destinée à devenir le style européen.

Ne va-t-on pas, sur le plan spirituel, jusqu'à prévoir l'installation du pape à Paris ?

Et le français s'impose dans tous les textes administratifs à côté de la langue locale, souvent en bilingue.


Napoléon franchit les Alpes
Napoléon franchit les Alpes
par Jacques-Louis David

Enfin, étendue à tous les départements de l'empire, le système de la conscription assure de vastes brassages de population. L'armée réunie pour envahir la Russie en 1812 regroupe des soldats de toute l'Europe : Belges, Hollandais, Allemands de la rive gauche du Rhin, Italiens du Piémont, considérés comme Français, mais aussi Napolitains, Suisses, Danois, Allemands de la Confédération du Rhin, Espagnols, Autrichiens, Prussiens, Croates etc.

Il y aura même une décoration européenne : l'ordre de la Réunion. Peut-on nier que l'Europe était alors faite ou en voie de l'être ? Et pourtant cette construction va s'écrouler en un an, la fatale année 1813 qui suit le désastre de Russie. Comment expliquer cet effondrement ?

Mettons à part les problèmes religieux nés du conflit avec le pape. L'excommunication de Napoléon ne fut pas connue et un accord avec Pie VII aurait été trouvé sans la catastrophe de Russie.

L'Europe de Napoléon reposait sur la force et sur une édification empirique. Lorsqu'il annexe, lorsqu'il impose, l'empereur ne fait jamais appel au référendum, ce plébiscite dans l'utilisation duquel il était passé maître en France. Le Grand Empire est d'abord une machine de guerre contre l'Angleterre : fermer le continent aux marchandises anglaises pour ruiner son commerce et son industrie et précipiter la chute de la livre sterling, condamnant ainsi « la perfide Albion » à accepter la paix.

Mais le blocus continental a été une arme à double tranchant. En se fermant aux exportations anglaises, l'Europe se prive de sucre, de café et de cacao. L'industrie française, spécialisée dans le luxe, ne peut suppléer les manufactures britanniques. Les privations - qui durent -, même tempérées par la contrebande, facteur d'insécurité, créent un vif mécontentement. Même Hegel s'indigne du mauvais café qu'il doit boire. Et le système continental avantage en Angleterre les grands propriétaires, qui voient leurs récoltes favorisées par l'arrêt des importations du continent. Or ce sont eux qui dirigent la vie politique, grâce aux « bourgs pourris », et non les industriels et les négociants.

C'est l'affaire d'Espagne qui est à l'origine de la ruine de l'Europe napoléonienne. Les Espagnols ont mal vécu la substitution à Charles IV de Joseph Bonaparte. Elle ne s'imposait pas et allait à l'encontre du principe proclamé par la Révolution française elle-même du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. L'orgueil national a provoqué en Espagne une révolte, immortalisée par le Dos de Mayo de Goya et par le Catéchisme espagnol :

D. Dites-moi, mon enfant, qui êtes-vous ?
R. Espagnol.
D. Que veut dire Espagnol ?
R. Homme de bien.
D. Combien y a-t-il d'obligations à remplir et quelles sont-elles ?
R. Trois : être chrétien, descendre sa patrie et mourir plutôt que de se laisser vaincre.

La patrie. Voici que ressuscite le cri de « Vive la nation ! » Le sentiment national s'exacerbe au Tyrol où Andreas Hofer refuse l'annexion de son pays à la Bavière. Il se développe dans toute l'Allemagne déjà frémissante en 1809 lorsque Staps tente d'assassiner Napoléon : « Vous tuer n'est pas un crime, c'est un devoir. »

Dès 1807, Fichte avait lancé ses Discours à la nation allemande et, en Italie, tandis que Foscolo affirme qu'une nation ne saurait exister si elle ne jouit de la liberté, Leopardi se prépare à donner à l'idée nationale la place d'honneur qu'elle tiendra dans le romantisme italien.

Après la défaite de Leipzig en 1813, qui consacre la perte de l'Allemagne, une réaction nationale se développe en Suisse, en Hollande, en Belgique. Vive la nation ! Le Grand Empire est ramené en 1814 à notre hexagone. L'Europe napoléonienne est morte.

En 1815 l'Europe était faite. Ce n'était plus l'Europe des Lumières, ni l'Europe des baïonnettes, c'était l'Europe des diplomates, l'Europe du congrès de Vienne, celle de Metternich, celle de l'équilibre réfléchi à l'inverse de l'empirisme napoléonien. La Belgique était rattachée à la Hollande pour rassurer l'Angleterre, la Pologne, indirectement, à la Russie, pour contenter le Tsar, et l'Italie retrouvait les Bourbons de Naples, le pape et la maison de Piémont-Sardaigne. Les souverains d'avant 1789 étaient restaurés et leur légitimité garantie par la Sainte Alliance qui veillait sur le nouvel ordre européen. Metternich pensait avoir construit définitivement l'Europe. Il avait oublié le principe de nationalité. En 1830, les cris de « vive la nation ! » chatouillèrent ses oreilles ; en 1848, il fut emporté par eux.

Telle la tapisserie de Pénélope, l'Europe était une nouvelle fois à refaire.


mardi 24 novembre 2009, a 16:26
Histoire de la choucroute
 


La Choucroute est un plat classique des brasseries parisiennes, tout comme de la gastronomie allemande et alsacienne, mais son histoire a été très mouvementée. Son mode de fabrication n'a pas été modifié depuis des siècles, comme en témoigne l'article Sauerkraut de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert : l'étymologie y est expliquée : Sauer signifie aigre, et Kraut, chou. « On commence par couper des chous blancs en tranches extrêmement minces. Les Allemands ont pour cet usage une planche faite comme un rabot, et garnie d'un fer tranchant ; en passant le chou sur cette espèce de rabot, il se coupe en tranches minces, qui sont reçues dans un baquet qui est au dessous du rabot. Lorsqu'on en a amassé une quantité suffisante, on met ce chou ainsi coupé dans des barils, on en fait des couches que l'on saupoudre avec du sel et quelques grains de genièvre ; et quand le baril est plein on le couvre d'une planche, et l'on met un poids dessus, afin que le chou coupé soit pressé fortement. On met le tout dans une cave, et on le laisse fermenter pendant quelques semaines. Lorsque l'on veut en manger, on lave ces choux, et on les fait cuire avec du petit salé, des saucisses, des perdrix, et telle autre viande que l'on veut". Dans les siècles passés, il existait des coupeurs de choucroute qui se déplaçaient de village en village et de ferme en ferme. On utilise actuellement du chou de la variété Quintal d'Alsace, et la choucroute est toujours fabriquée de façon industrielle ou artisanale suivant les mêmes principes que ceux décrits par l'Encyclopédie, mais pour garder la choucroute blanche et de bonne qualité, il faut enlever tous les dix jours la saumure qui surnage et la remplacer par de la saumure fraîche.

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Mais d'où vient la choucroute ? Elle vient de façon sûre de l'Est, comme en témoigne sa popularité dans les terres de culture allemande. Mais, on pense actuellement que la choucroute a été apportée de Chine par les envahisseurs mongols de la Horde d'Or qui ont pénétré jusqu'en Europe Centrale, avant de s'installer pour des siècles dans la Moscovie actuelle. Ce mode de conservation avait l'avantage de donner un produit d'assez longue conservation, de bonne qualité sanitaire, et facilement transportable. Il a été appliqué au chou, mais aussi aux raves, pour obtenir en Alsace, ce que l'on appelait la Surirave.

La Choucroute n'est pas arrivée en France par l'Alsace, mais par la Suisse : ce sont en effet les Suisses de la Garde Royale qui l'ont apportée à Paris. Depuis François 1er, et la bataille de Marignan, les cantons suisses notamment alémaniques fournissaient un contingent de soldats d'élite à la royauté française. Ce sont eux qui se firent tuer lors de la prise des Tuileries par les Sans-Culottes le 10 Août 1792. Les gardes suisses amenèrent au cours du XVII° siècle la choucroute à Paris : de la Sauerkraut, de leur dialecte suisse alémanique, on passa à la Surcroute, puis à la Choucroute.

La choucroute connut au XVIII° siècle, une célébrité maritime. Avant même que la vitamine C soit connue, on s'aperçut que la choucroute, riche en cette vitamine, pouvait prévenir la survenue du scorbut, fléau des navigations au long cours de la marine à voile. Elle fut ainsi embarquée par le Capitaine Cook dans ses voyages d'exploration dans le Pacifique, qui lui attribuait l'excellente santé de ses matelots. Elle fut détrônée dans cet usage à la fin du XVIII° siècle par l'utilisation des citrons dans la marine anglaise.

La popularité de la choucroute ne s'est pas démentie depuis le XVIII° siècle : Alexandre Dumas, dans son « Grand Dictionnaire de Cuisine », nous en dit : « C'est le mets par excellence des Allemands qui en raffolent ; aussi est-il passé en proverbe qu'un moyen certain de se faire assommer, c'est : en Italie, de ne pas trouver les femmes jolies ; en Angleterre, de chicaner le peuple sur le degré de liberté dont il jouit ; et en Allemagne, de ne pas croire que la choucroute est un mets des Dieux ». Joseph Favre, dans son « Dictionnaire Universel de Cuisine », paru en 1894, rapporte une histoire cocasse de « cette Alsacienne des environs de Colmar, qui un dimanche matin à l'église, se souvint de n'avoir pas mis le morceau choisi dans la choucroute, qui était un morceau carré de poitrine de porc. Vite, elle traverse la foule consternée, en bousculant tout le monde, se rend chez elle, pose son vieux paroissien romain à côté du speck, attise me feu, met le lard dans la choucroute et rentre au service divin. Mais, à peine fut-elle à l'église, qu'un chuchotement général se fit entendre, suivi de rires étouffés, chez ses pieuses voisines. On en pouffa ! Lorsqu'on vit la mère X... portant sous son bras un morceau de lard au lieu de son paroissien ? O ! Douleur, le saint livre dans la choucroute et le lard pas cuit. Pour comble de malheur, le mari refusa la choucroute et le lendemain opta pour la France ».


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La choucroute est cuite pendant quatre heures à l'eau ou au vin blanc d'Alsace ou du Rhin, surtout le Riesling, avec des grains de genièvre et de poivre. C'est un plat traditionnellement accompagné de porc : Joseph Favre dit que « la choucroute sans porc est une belle sans dents ». La choucroute strasbourgeoise l'associe à des couennes, de la graisse d'oie, de la palette de porc, des saucisses de Strasbourg et de Colmar pochées, du cervelas et du jambon. A Paris, les saucisses sont souvent de Francfort, et l'on y ajoute du cervelas, du lard et souvent du jarret. En Allemagne, les saucisses sont d'une infinie variété : les plus fréquemment utilisées sont celles de francfort et de Nuremberg. A Munich, et à Berlin, on sert le jarret de porc caramélisé avec de la choucroute. La choucroute peut aussi servir d'accompagnement à toutes sortes de plats, dont en Alsace l'oie et les gibiers à plumes, comme les perdreaux et les faisans. L'accompagnement traditionnel de la choucroute est en Alsace le vin blanc, du noble Riesling au vin de boisson et de coupage qu'est l'Edelzwicker. On raconte que la bière ne l'a accompagné que depuis les troubles infinis de la Guerre de Trente Ans au XVII° siècle, où le vin manquait souvent. Actuellement vin ou bière sont classiquement adoptés comme accompagnement de la choucroute.

Le trajet de la choucroute ne manque pas d'intérêt : depuis la Chine, jusqu'aux Mongols, puis des gardes suisses du Roi de France aux brasseries parisiennes. C'est un bel exemple de mondialisation des siècles passés, tellement oubliée que la choucroute, comme le cassoulet ou la ratatouille paraissent des plats immémoriaux de notre terroir. Ne boudons pas notre plaisir et goûtons à une bonne choucroute dans une brasserie vivante et bruyante pour célébrer l'arrivée de l'automne, d'autant qu'elle est parfaitement digestible, étant déjà fermentée.


mardi 17 novembre 2009, a 16:39
mémoire et migraine
 


Mémoire : la preuve par 9


memoire-2.jpg

Êtes-vous mémoratif de ce qui vient de vous être dit ? Vous sentez-vous mémorieux ? Ce ne sont pas là des mots inventés mais ayant bel et bien existé. À vrai dire, même s'ils n'étaient déjà plus très répandus au XIXe siècle, d'une part la formule être mémoratif de quelque chose – c'était s'en souvenir – se trouve encore dans le Dictionnaire de l'Académie de 1878, d'autre part, être mémorieux, avoir de la mémoire, c'est une formule que George Sand utilisait encore dans ses romans.

Comme 90 % des mots français, le mot « mémoire » remonte effectivement à un mot latin, memoria, l'aptitude à se souvenir, mais on peut encore le faire venir de plus loin, presque de la nuit des temps, d'une racine indoeuropéenne reconstituée, à l'origine du latin, du grec, du gaulois, du germanique, et de quelques langues indiennes. Cette racine serait (s)mer définissant probablement le souvenir.

Puisqu'on évoque les temps très anciens, on rappellera la mythologie et la divinité de la mémoire, Mnémosyne, qui fait partie des Titans ou plus exactement des Titanides. Elle est la fille d'Ouranos, le ciel, et de Gaia, la terre, belles références ! Mnémosyne prouva qu'elle était de forte santé en accueillant Zeus neuf nuits de suite, et allez savoir pourquoi, de ces neuf nuits naquirent neuf enfants, les neuf Muses. Avec parmi elles, une muse d'excellence, Clio, la muse de l'histoire ! Ce n'était pas une mômerie que ces neuf nuits, et d'ailleurs une mômerie c'est, avouons-le, un mot qu'il fallait glisser, parce qu'il s'agit tout simplement de l'anagramme du mot mémoire, mêmes lettres mais dans un ordre différent.

On restera du côté des Grecs avec la racine mnemo, en s'intéressant à un mot récent mnémotechnique. L'adjectif inventé en 1825 désigne tous les procédés qui, sur la base d'associations mentales, permettent de mémoriser des choses difficiles à retenir. On a tous en tête quelques « trucs » mnémotechniques, par exemple cette phrase apprise en nos vertes années, en tant que pense-bête à propos des classiques : « Penchée sur la racine de la bruyère, la corneille boit l'eau de la fontaine molière »…

On n'oubliera pas non plus les chiffres avec, par exemple, ces deux phrases : Que j'aime à faire apprendre un nombre utile aux sages, et Monsieur Vous Tirez Mal Je Suis Un Novice Pitoyable… Quel pourrait être tout d'abord ce « nombre utile aux sages » ? Je vais vous aider : le premier mot de Que j'aime à faire apprendre un nombre utile aux sages est « Que », combien de lettres ? 3. Deuxième mot « j' », combien de lettres ? Une. Troisième mot « aime » ? 4 lettres. Ce qui donne… 3, 1, 4 : 3,14, « pi » ! et ainsi de suite. Quant à Monsieur Vous Tirez Mal Je Suis Un Novice Pitoyable, Monsieur commence avec un M, comme Mercure, Vous par un V comme Vénus, Tirez par un T comme Triton, Mal comme Mars, Je comme Jupiter, Suis comme Saturne, Un comme Uranus, Novice comme Neptune, Pitoyable comme Pluton (la dernière planète découverte tardivement). Ça tombait bien on pouvait ajouter un adjectif à novice… memoire-3.jpg Il faut aussi de la mémoire ne serait-ce que pour retenir les différents types de mémoire… Par exemple, si on se tourne du côté des animaux, on peut avoir une mémoire de linotte, qui ne retient rien, de lièvre, qui oublie tout au fur et à mesure, de fourmi, c'est-à-dire très précise, ou d'éléphant, très longue dit-on. Si l'on pense à ses organes, on peut avoir la mémoire du ventre, donc de la reconnaissance pour ceux qui nous nourrissent bien, mais aussi avoir une mémoire gustative, sensorielle, visuelle. Ne parlons pas de la mémoire biologique, celle de nos cellules, ou de la mémoire immédiate, celle des faits récents, ou différée, celle d'un passé plus lointain, de la mémoire affective, celle de Proust, qui se souvient des sensations passées en goûtant une madeleine, mémoire involontaire à dissocier de la mémoire volontaire, reconstituée par l'intelligence. Et il faudrait aussi ajouter la mémoire des chiffres, la mémoire verbale, la mémoire individuelle ou au contraire la mémoire collective, celle d'un peuple. Enfin, signalons une mémoire étonnante, celle que les médecins appellent la mémoire panoramique, qui parfois dans des situations de dangers mortels, offre en quelques centièmes de seconde des pans entiers du passé. Et si on évoque la mémoire externe, tampon, temporaire, virtuelle, auxiliaire, circulaire, intermédiaire, interne, magnétique, principale, annexe, centrale, etc., on l'a deviné, l'informatique est au rendez-vous.

On comprend donc qu'on puisse avoir des trous de mémoire et qu'on ait de la « fuite » dans les idées, comme le chante si bien Catherine Lara. On est sauvé par Balzac qui soutient qu'« oublier est le grand secret des existences fortes et créatrices. ». Alors, on a envie de dire comme Jules Renard : « J'ai une mémoire admirable, j'oublie tout. »


Migraine à mi-temps…


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Si on voulait faire un jeu de mots sur le mot migraine, quels seraient les deux mots qu'on pourrait à la limite y reconnaître ? Mi et graine assurément, mais si on a une forte migraine, on ne peut évidemment s'empêcher de penser que ce n'est tout de même pas qu'une moitié de la tête qui est concernée. Et pourtant, c'est bien l'origine du mot migraine que l'on vient de deviner. La migraine, c'est en effet un mot issu du grec hemikrania, avec hemi, qui veut dire moitié, comme dans hémisphère, et krania, qui désigne le crâne. En latin médical on disposait donc du mot hemicrania qui s'est abrégé par le début comme lorsqu'on a abrégé américain en ricain, par aphérèse disent les linguistes, hemicrania, hemicraine a donc donné migraine en faisant disparaître le hé du début du mot.

La migraine dit Furetière en 1690, l'auteur de notre premier dictionnaire encyclopédique, est le « mal aigu qui afflige la moitié de la tête, qui se dit proprement quand on n'en sent la douleur que d'un côté, soit à droit(e), soit à gauche. » Et il ajoute – et là attention à ne pas déclencher une migraine – : « La migraine est causée par les vapeurs mordicantes élevées des hypochondres à la tête, qui pressent et piquent le péricrane ou les méninges du cerveau. » Bigre ! l'affaire est sérieuse. Voilà qui prend la tête, se prendre la tête étant au passage une expression familière très probablement issue d'un calque de l'anglais : to take someone's mind, littéralement « prendre l'esprit de quelqu'un ». On préférera de loin l'Académie qui déclare en 1694 : « Les odeurs très fortes donnent la migraine », c'est plus simple !

De fait, la migraine est vite devenue un mot échappant au corps médical pour être synonyme de « mal de tête ». Curieusement, ce mot a beaucoup plu, et bien des écrivains s'y sont effectivement intéressés. On n'en citera que deux : Balzac et Roland Barthes, un pour chaque moitié du crâne.

D'abord, Balzac, qui vise les femmes dans La physiologie du mariage. Que dit-il de la migraine ? « L'affection dont les ressources sont infinies pour les femmes est la migraine. Cette maladie, la plus facile de toutes à jouer - car elle est sans aucun symptôme apparent - oblige à dire seulement : J'ai la migraine. » D'une certaine manière, Balzac préfigure le Dictionnaire des femmes publié en 1962 par « six hommes », auteurs anonymes (ah les lâches… !) qui consacrent un article entier au mot « migraine » en commençant par citer une femme déclarant : « Je serais sortie avec plaisir ce soir, mais j'ai une effroyable migraine. Quel dommage ! » Et les auteurs anonymes d'ajouter qu'heureusement ce mauvais coup est « un peu passé de mode ».

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Pour l'autre hémisphère cérébral, sans doute le gauche, qui dit-on est celui de la pensée forte, donnons la parole à Roland Barthes, cité dans le Grand Robert : « J'ai pris l'habitude, dit-il, de dire migraines pour maux de tête (peut-être parce que le mot est beau). Ce mot impropre (car ce n'est pas seulement d'une moitié de ma tête que je souffre) est un mot socialement injuste : attribut mythologique de la femme bourgeoise et de l'homme de lettres, la migraine est un fait de classe : voit-on le prolétaire ou le petit commerçant avoir des migraines ? » Notre grand homme n'aurait sans doute plus raison aujourd'hui, le mot migraine s'étant totalement installé dans l'usage courant.

Il existe en français très familier des expressions plus imagées à éviter, même aux lendemains de fêtes trop arrosées : « J'ai un troupeau de bisons sous le scalp… » lit-on dans les romans policiers lorsque le héros souffre de ce que l'on appelle la « gueule de bois ». Reconnaissons cependant que l'expression populaire offre l'avantage de pouvoir moduler, par exemple, en déclarant : j'ai des gros bisons, des petits, des moitiés de bisons, des mi-bisons qui dansent sous le scalp… Et puis après tout, voilà qui nous fait émigrer dans l'Ouest américain !


jeudi 12 novembre 2009, a 11:20
Dictionnaire de la Grande Guerre 1914-1918
 


En 2008, à l'heure de la commémoration du 90e anniversaire de la fin de la Grande Guerre, ce dictionnaire propose un regard renouvelé et exhaustif sur ce conflit majeur du XXe siècle. Rémy Porte, lieutenant-colonel, docteur en histoire et spécialiste de cette période, a co-dirigé cet ouvrage.

Si de nombreux ouvrages existent sur la Grande Guerre, aucun ne référence ni n'analyse tout ce qui se rapporte à ce conflit mondial. François Cochet et Rémy Porte proposent aujourd'hui cet ouvrage, fruit de milliers d'heures d'études et de recherches.

Complémentaires – l'un est professeur des Universités, l'autre lieutenant-colonel – ils apportent leur double regard, civil et militaire, sur ces quatre années interminables qui firent entrer l'Europe dans un cycle de tragiques métamorphoses.

A leurs côtés, ils ont rassemblé les meilleurs chercheurs, civils et militaires, professeurs confirmés ou jeunes historiens, français, étrangers… Au total, une quarantaine d'auteurs ont participé à cet ouvrage collectif.


Tous les domaines sont abordés

Sont présents les batailles, les territoires, les armements, le matériel, les conditions de vie, les notions d'engagement, de contrainte, de patriotisme… et bien entendu les hommes, anonymes et glorieux. Une large place est accordée aux écrivains et poètes, ceux morts au combat comme Alain-Fournier ou Charles Péguy, et ceux marqués à vie par cette épreuve. Parmi eux citons quelques académiciens, Paul Claudel, Henri de Montherlant, Charles Maurras.


- Véritable outil de travail, ce Dictionnaire de la Grande Guerre propose, à la fin de chaque notice, les cotes d'archives et les références bibliographiques. Il est également enrichi d'une trentaine de cartes. Tout concourt à rendre cet ouvrage indispensable à tous ceux qui s'intéressent à l'histoire européenne du XXe siècle.

Lieutenant-colonel Rémy Porte
Lieutenant-colonel Rémy Porte

Présentation de l'éditeur :

- En ces temps de 90e anniversaire de la fin de la Grande Guerre, et alors que s'est éteint le dernier des poilus, ce Dictionnaire apporte un éclairage nouveau et exhaustif sur ce conflit qui non seulement ouvre le XXe siècle mais donne les clés pour en comprendre les soubresauts. Sont ici présentés les hommes, les batailles, les territoires et les nombreux théâtres d'opérations mais aussi les armements, les matériels et les conditions de vie, les notions d'engagement ou de contrainte, d'insoumission et de fraternisation, de patriotisme surtout… Une grande place en outre est réservée aux écrivains, à ceux qui sont tombés pour la France (Alain-Fournier, Péguy, Psichari…) comme à ceux, rescapés mais traumatisés, qui raconteront les tranchées, les gaz, Verdun et le Chemin des Dames…


Le livre, outil de travail

Le dictionnaire se veut outil de travail. Nous avons voulu, le plus fréquemment possible, indiquer des cotes d'archives, des références bibliographiques qui viennent compléter chaque rubrique. La bibliographie générale et les annexes font de ce dictionnaire un ouvrage de référence permettant de pousser plus loin la curiosité du lecteur pour la Grande Guerre. Une trentaine de cartes illustrent le volume.

Les auteurs ont choisi de s'attacher plus particulièrement à trois niveaux de rubriques, afin de mieux cerner les spécificités de ce premier conflit mondial : des hommes, des lieux et des concepts. •Des hommes : parce que ce sont eux, anonymes ou glorieux, qui ont été les acteurs du drame, qui ont pris les décisions, qui ont souffert, combattu et travaillé dans les tranchées et à l'arrière. •Des lieux : parce que la démarche n'a jamais été faite aussi systématiquement jusqu'à maintenant d'éclairer le plus largement possible, sans toutefois prétendre à l'exhaustivité dans ce registre, le plus grand nombre de lieux précis de la Grande Guerre, en essayant à chaque fois de préciser s'ils sont mémoriellement marqués aujourd'hui. •Des concepts : parce que l'approche historique, si elle se nourrit toujours de récits et de repères chronologiques, se doit aujourd'hui de replacer dans des problématiques scientifiques et comparatives.


Les maîtres d'œuvre :

•François Cochet
Professeur des universités en histoire contemporaine (Paul Verlaine – Metz), agrégé, il est spécialiste des prisonniers de guerre et de l'expérience combattante. Il a notamment publié :
- Rémois en guerre (1914-1918), l'héroïsation au quotidien, Presses universitaires de Nancy, 1993 ;
- Soldats sans armes. La captivité de guerre, une approche culturelle, Bruxelles, Buylant, 1998 ;
- Les soldats de la Drôle de guerre, Paris, Hachette, 2004 ; -Survivre au front, les poilus entre contrainte et consentement, Saint-Cloud, 14/18 Editions, 2005.
Il a dirigé de nombreux colloques dont 1916-2006 : Verdun sous le regard du monde, Saint-Cloud, 14/18 Editions, 2006.

•Rémy Porte Rémy
Lieutenant-colonel, docteur en histoire et ancien chef de la division recherche du service historique de l'armée de terre, puis du département terre du service historique de la défense. Il a en particulier récemment publié aux éditions 14/18 :
- La mobilisation industrielle, premier front de la Grande Guerre ? (2005),
- La conquête des colonies allemandes, 1914-1918. Naissance et mort d'un rêve impérial (2006),
- Du Caire à Damas, 1914-1919. La France et la guerre oubliée qui redessina le Moyen-Orient (2008).


jeudi 12 novembre 2009, a 11:14
l'armistice du 11 novembre 1918...
 


A l'occasion du 90e anniversaire de l'armistice du 11 novembre 1918, le musée de l'Armée a organisé, en partenariat avec l'Université permanente de la ville de Paris, un cycle de conférences autour des suspensions d'armes ou armistices les plus importants de l'histoire moderne ou contemporaine de la France.

Le 11 novembre 1918 à 2h15, dans le wagon de commandement du maréchal Foch installé dans la clairière de Rethondes, débute la cérémonie de signature de l'armistice. Ce n'est que trois heures après, à 5h, que le long texte est signé. L'ordre est aussitôt transmis de suspendre les hostilités.

Photo prise à l'issue de la signature de l'armistice

Photo prise à l'issue de la signature de l'armistice

Clemenceau pouvait annoncer la victoire de la France, victoire qu'il promettait un an auparavant dans son discours d'investiture, le 20 novembre 1917 : « Un jour, de Paris au plus humble village, des rafales d'acclamations accueilleront nos étendards, vainqueurs, tordus dans le sang, dans les larmes, déchirés des obus, magnifique apparition de nos grands morts. Ce jour, le plus beau de notre race, après tant d'autres, il est en notre pouvoir de le faire. Pour les résolutions sans retour, nous vous demandons, messieurs, le sceau de votre volonté ». En ce mois de novembre 1917, la position militaire de la France ne permettait pas de croire à l'éventualité d'une victoire. Seul Clemenceau s'était montré confiant.

Depuis avril 1917, les américains s'étaient associés aux Français et aux Anglais mais il faut attendre presque un an avant leur entrée réelle dans le combat. Les premiers combattants américains rejoignent les champs de bataille en avril 1918, à un moment où la situation des alliés est critique. Les allemands sont même sur le point de l'emporter. Que se passe-t-il pour qu'un armistice soit signé au profit des alliés, quelques mois plus tard, le 11 novembre ?

Pour en savoir plus lisez les ouvrages de Jean-Jacques Becker.
C'est un spécialiste européen de l'histoire de la Grande Guerre, auteur de nombreux ouvrages sur cette période. Il a publié récemment « la Grande Guerre » une histoire franco-allemande aux éditions Tallandier notamment...

jeudi 05 novembre 2009, a 11:53
L’estragon est-il cancérigène ?
 

Certaines plantes aromatiques, consommées en quantité excessives, sont nuisibles à l'homme.
Les plantes aromatiques sont un atout essentiel pour donner de la saveur à vos plats. Cependant, certaines d'entre elles sont à consommer « avec précaution ».
À très fortes doses, l'estragole par exemple peut causer de graves maladies.


- La noix de muscade par exemple est mortelle lorsqu'elle n'est pas râpée et ingérée dans sa totalité. Consommée en grande quantité, (5 à 20 grammes) elle devient cancérigène et touche les cellules du foie.


- D'autres plantes contenant de l'estragole (estragon, basilic, anis et fenouil) peuvent toucher le foie et induire des cancers. L'estragole est en effet un carcinogène génotoxique (qui induit des altérations du gène). Mais comme à chaque fois, tout dépend de la dose ingérée.

noix de muscade
                                noix de muscade



L'estragon dans l'industrie agroalimentaire

Pour une recette classique d'un poulet à l'estragon, la recette nécessite 18 feuilles d'estragon pour un plat de 5 personnes (soit environ 5 mg/pers).
Les doses peuvent être en revanche dix fois supérieures dans les plats cuisinés (la dose maximale autorisée est de l'ordre de 5g d'estragon par kilo !). Cette différence de dosage est aussi incroyable qu'inquiètante pour certains chercheurs. Il demande d'ailleurs à ce que les doses maximales autorisées dans l'industrie agroalimentaire européenne soient réétudiées par des organismes indépendants des firmes alimentaires.

Estragon

                                Estragon


Overdoses d'estragon !


Pour les rongeurs, l'estragole devient toxique à partir de 2 grammes par kg. Chez l'homme, Philippe Verger, directeur de recherche à l'INRA, a calculé lui-même que pour provoquer des lésions du foie, il faudrait ingérer 100 kg d'estragon ou 200 grammes d'huiles essentielles. Cette dose vous semble loin de votre consommation habituelle ?! Pourtant, ceux qui utilisent des huiles essentielles sont concernés. L'huile essentielle est en effet un concentré de cet aromate où une tonne d'estragon est néccesaire pour produire deux à cinq litres d'huile.

Utilisée en huile de massage ou en goutte pour lutter contre le hoquet, elle agrémente également les plats cuisinés.



mardi 13 octobre 2009, a 16:05
Le sel, un aliment indispensable !
 


Le sel est un aliment indispensable à la vie. Connu sous le nom chimique de chlorure de sodium, il maintient l'eau à l'intérieur des cellules de notre organisme. Les besoins en sel ont varié au cours du temps. Quand le régime alimentaire des hommes préhistoriques était essentiellement carné, les besoins en sel étaient largement assurés ; mais quand, au Néolithique, l'homme est devenu éleveur et agriculteur, les besoins en sel sont devenus plus importants tant pour l'alimentation humaine, que pour celle des troupeaux. La recherche en sel est alors devenue primordiale.


Deux sortes de sel

Il existe deux sources principales de sel dans la nature : le sel de mer et le sel gemme ou sel de terre, qui est un sel fossile, témoin de l'évaporation des mers anciennes à l'origine de lagunes salines. Il existe dans de nombreux pays, comme en France dans le Jura, en Allemagne dans la région de Halle et en Autriche dans la région de Salzbourg, des sources salines qui ont été repérées depuis très longtemps : le site éponyme de la civilisation celte en Haute-Autriche, Hallstatt, est une mine de sel exploitée dans le premier âge du fer, vers 700 ans avant notre ère. Il existe de nombreuses autres sources de sel de terre dans le monde, comme les lacs salés asséchés du Sahara, ou les déserts salé d'Atacamara au Chili, ou les salines précolombiennes de Maras, au Pérou, près de Cuzco, exploitées depuis plus de 4000 ans. Les modes de récolte du sel varient selon les climats : pour le sel de terre, l'évaporation naturelle du sel par le soleil est la règle dans les pays tropicaux et même en Castille. Dans les pays d'Europe du Nord, on injectait de l'eau pour dissoudre le sel gemme et on le chauffait dans des poêles géantes que l'on alimentait avec du bois, puis plus tard avec du charbon, ce qui a concouru à la fois à des déboisements importants, puis à des plantations de bois de chauffe. Le sel de mer était soit évaporé au soleil, comme encore de nos jours dans les marais salants de Guérande (où l'on recueille le sel de plus grande qualité, la fleur de sel) ou à Aigues-Mortes dans les salines du midi, soit dans les pays humides et froids comme l'Essex , la Zélande ou la Normandie, chauffé comme pour le sel gemme. Dans les pays chauds et humides, comme le Golfe de Guinée en Afrique, on brûlait des herbes pour en extraire le sel.


Le sel dans la religion
Le sel a eu dans de nombreuses religions une valeur sacramentelle. Dans la Bible, dans la Genèse, lors de la destruction de Sodome et de Gomorrhe, « la femme de Lot regarda en arrière et elle devint une statue de sel ». Dans l'évangile de Marc, le Christ dit « vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on ? ». Chez les Grecs, le sel était considéré comme un don de Poséidon, et les Romains épandirent du sel sur les ruines de Carthage pour que la menace carthaginoise soit éliminée à jamais, avant de reconstruire une ville romaine à son emplacement ! Dans l'hagiographie chrétienne, Judas est souvent identifié sur les tableaux de la Cène par une salière renversée. Le sel est resté longtemps, comme un moyen de conjurer le mauvais sort.


sel2.jpg Le problème de la répartition
Le problème de la répartition du sel se posa très rapidement tant en Orient qu'en Occident. A Rome, le sel faisait partie avec l'huile et le blé des distributions gratuites à la plèbe. C'était le condiment plébéien par opposition au garum et au poivre, aristocratiques. Pour maintenir un prix bas, éviter la spéculation sur ce produit indispensable à la vie, et apporter des ressources fiscales, le sel fut taxé dès 204 avant notre ère. A Rome, la taxation resta modérée et n'entraîna jamais de révoltes fiscales, ce qui témoigne de la sagesse des anciens romains. Le salaire des légionnaires était en partie donnée en sel : ce qui est à l'origine du mot salaire, toujours en usage de nos jours. En Chine, le même problème se posa, et la taxation du sel tant gemme que marin fut instituée dès le deuxième millénaire avant notre ère et confirmé régulièrement ensuite. Il existait un contrôle étatique de la production, une organisation de greniers d'état et un minium de consommation obligatoire pour chacun. Cet afflux de ressources fiscales permit l'expansion de la Chine. L'invention du papier monnaie par les Chinois est directement liée au sel : le papier monnaie était garanti initialement par de la monnaie métallique, du sel et du thé, puis à partir de 1048, la valeur indiquée sur les billets correspondait à un poids de sel : le système fonctionna car l'imposition était proportionnelle aux capacités financières.


L'impôt sur le sel
Tel ne fut pas le cas en Europe. Il existait de toute éternité de nombreuses taxes touchant le sel : taxes à la production, droits de transport, dîmes et droits seigneuriaux, touchés par les féodaux et des ecclésiastiques. Mais, il existait de nombreuses fraudes (liées notamment à l'hydratation du sel), il fallait distribuer le sel à toute la population et aussi assurer de nouvelles ressources fiscales. Instauré en Italie, à Florence (« Taxa Boccara » ou impôt des bouches), et à Venise, où l'on estimait « qu'il n'y avait pas de profit supérieur à celui engendré par l'impôt du sel", puis en Castille, il fut institué en Provence par Charles d'Anjou en 1255 par « l'Ecrit de la Gabelle ».

La Gabelle est devenue l'impôt le plus impopulaire de l'ancien régime : le sel ne pouvait être acheté qu'à des greniers d'état à un taux prohibitif et il existait des disparités profondes entre les provinces : pays de grande et de petite gabelle, pays de salines, provinces exemptées. L'impôt était récolté par la ferme générale, reformée par Sully, puis par Colbert. L'impôt était tellement impopulaire qu'il existait de la contrebande, tenue par des faux-saulniers, et une police chargée de la répression, dont les agents étaient surnommés les Gabelous, terme qui désigne encore familièrement les douaniers de nos jours. La Gabelle fut abolie par la Révolution Française sur les conseils de Necker.

recolte-f-de-sel.jpg La diabolisation du sel
La saga du sel n'était pas finie pour autant. L'époque moderne a été marquée par la diabolisation du sel. Des médecins, au XIX° siècle, ont identifié l'effet délétère du sel sur les sujets atteints d'insuffisance cardiaque. Puis des études épidémiologiques, notamment chez les aborigènes d'Australie, ont montré que la consommation de sel était directement proportionnelle au risque d'hypertension artérielle. D'où les conseils modernes de limiter la consommation de sel. Parallèlement, le sel a pu servir à des actions de santé publique : le sel a pu être additionné d'iode, pour prévenir l'insuffisance thyroïdienne par carence iodée, et de fluor pour prévenir les caries dentaires.

Le sel n'est donc pas un aliment anodin : alimentation indispensable à la vie, qui a suscité un commerce universel marin ou terrestre, sacramentel dans de nombreuses religions, mode de conservation universel (comme en témoigne le succès toujours actuel de la morue et des anchois), enfin facteur de risque cardio-vasculaire de nos jours s'il est consommé en excès.


mardi 06 octobre 2009, a 17:24
Cryptologie : nos informations sont-elles sécurisées ?
 

Bien avant l'apparition des premiers ordinateurs, l'Homme a toujours ressenti le besoin de dissimuler des informations. L'empereur Jules César déjà, cryptait ses messages !


Mais depuis la création d'Internet, le phénomène s'est accéléré. Faire transiter des informations sans que des personnes autres que les destinataires puissent y accéder, devint primordial. Ainsi faisons-nous appel à la cryptologie pour coder et décoder les messages.




Mais plus largement, la cryptologie entre dans le domaine de la sécurité informatique. La cryptologie est ainsi également utilisée pour coder vos informations sur votre carte vitale, votre carte bancaire... La Défense également la cryptologie pour faire circuler un message d'uns instance à une autre.


La cryptologie est essentiellement basée sur l'arithmétique. Il s'agit dans le cas d'un texte par exemple, de transformer les lettres qui composent le message en une succession de chiffres.


Actuellement, le système le plus utilisé s'appelle RSA (du nom de ses auteurs Rivest, Shamir et Adelman). Créé en 1978, il s'agit d'un algorithme à clé publique. (une clé publique est un système qui nécessite deux combinaisons : l'une pour le chiffrement l'autre pour le déchiffrement)
Le cryptosystème RSA est basé sur la difficulté de factoriser de grands entiers. Il est encore largement utilisé, même si actuellement des recherches se portent sur la cryptologie quantique.


Fonctionnement du système RSA (extrait du rapport de Christophe Soulé et Olivier Pironneau) :

Supposons que A veuille communiquer avec B sans que C puisse lire.
A traduit son message en un nombre m, par exemple en remplaçant chaque lettre par sa position dans une table ; avec la table de numérotation de l'alphabet « a » devient 01, « b » devient 02... « z » devient 26.
B choisit 2 nombres premiers p et q tels que n=p.q >m et choisit aussi un nombre e qui n'a pas de facteur commun4 avec (p-1).(q-1) ; puis il calcule d tel que5 d.e=1 mod (p-1).(q-1).
Le nombre d est la « clef privée » et le nombre e est la clef publique. La longueur n est connue de tous. Codage : A demande donc à B la clef e, calcule c= me mod n et envoie c à B

Décodage : B reconstruit m par m = cd mod n, puis rétablit le message par la table en regroupant6 les chiffres 2 par 2.
La méthode est fondée sur le (petit) théorème de Fermat : med = m mod p = m mod q = m mod pq
La sûreté de la méthode est basée sur le fait qu'il n'est pas possible de deviner d en un temps t petit même en connaissant m, n et e car cela reviendrait à pouvoir trouver les facteurs premiers de n (i.e. p et q) en un temps de l'ordre de t, donc petit, ce qui est considéré (mais non démontré) comme infaisable. _ Actuellement il faut 3 mois pour factoriser un nombre de 640 bits ; un prix est donné à celui qui fait mieux !

Exemple : Pour coder « ab » la table de l'alphabet donne m=102 ; en choisissant p=13 et q=11, soit n=143, on a (p-1).(q-1)= 120 on peut donc prendre e= 13 et d=37 car 13x37=120x4+1. Alors A calcule c=(10213mod 143)= 115 qui est envoyé à B . Puis B effectue (11537 mod 143) qui vaut bien 102. B complète à gauche par zéro pour avoir un nombre pair de chiffres et retraduit 0102 en « ab ».

La cryptologie est utilisée partout dans notre vie de tous les jours, mais elle n'est qu'un élément parmi d'autres concernant la sécurité informatique. En France, beaucoup d'entreprises codent leurs informations, mais il n'existe qu'une centaine de cryptologues purs sur notre territoire. Il faut dire que la demande de cryptologues n'est criante. En effet, les grandes entreprises qui ont besoin de crypter des informations préfèrent passer par une société spécialisée plutôt que d'avoir leurs propres experts. Songez que deux entreprises seulement créent nos cartes bancaires. Seuls les ministères de l'Intérieur et de la Défense ont leurs propres spécialistes.


Cependant, si vous pensez que tous vos faits et gestes sont codés, restez vigilants.

Concernant vos courriels, changez de mot de passe régulièrement, mais sachez que tous vos messages seront tout de même susceptibles d'être lus .

Le paiement sécurisé sur Internet, ne l'est pas à 100% ! Pour deux raisons : non seulement, « la clé » qui figure sur votre carte est courte (donc facile à décrypter), mais le plus souvent, des malfaiteurs recopient une page Internet à l'identique ; « une contrefaçon de site Internet » en quelque sorte. Alors que vous pensez passer votre commande sur un site officiel, vous communiquez en réalité vos références bancaires à un escroc.
Sachez également que la carte électronique de transport parisien "Navigo" a posé des problèmes avec la CNIL. En effet, l'usager qui utilisait sa carte était automatiquement fiché, et ses trajets pouvaient être répertoriés. La CNIL, commission nationale informatique et liberté, qui veille au respect de la vie privée des français, a donc exigé que les informations soient cryptées pour ne pas qu'elles soient exploitées à des fins commerciales.

mardi 29 septembre 2009, a 10:01
Le sol, ressource rare
 


L'agriculture intensive et l'appauvrissement des sols, les glissements de terrains conséquences de la déforestation, et la pollution aux nitrates des eaux de surface nous ont fait prendre conscience de la fragilité du sol, de sa « non-renouvelabilité » et de l'étonnante vie qui dépend de lui.



On l'oublie un peu trop souvent, le sol nous permet de :
- Produire les aliments

- Réguler le cycle et la qualité de l'eau
- Accumuler du carbone et limiter l'effet de serre
- Recycler les matières organiques
- Entretenir la biodiversité
- Fournir des matériaux pour la construction et l'industrie

Cet article s'intéresse plus particulièrement au sol, espace vivant qui contribue à l'absorption de nos polluants organiques et qui fourmille de micro-organismes à cet effet.


Photo aérienne de champs cultivés dans l'Aube
Photo aérienne de champs cultivés dans l'Aube

Aujourd'hui, l'importance de préserver la biodiversité de micro-organismes dans le sol est acquis.
Certains micro-organismes sont pathogènes, responsables de dégâts qui causent par exemple la fonte des semis, les nécroses racinaires et autres maladies vasculaires.

C'est la raison pour laquelle les cultivateurs, mais aussi les jardiniers du dimanche ont pris le parti de « désinfecter » les terres, avec des méthodes les plus souvent polluantes et dont certaines sont interdites aujourd'hui telles que le bromure de méthyle.
Mais les souches microbiennes peuvent aussi se révéler les meilleurs alliés de ces mêmes cultivateurs et jardiniers. Actuellement plusieurs souches microbiennes sont commercialisées pour une protection de la plante sans pour autant polluer le sol.


De l'importance du lombric

Par les micro-organismes qui contribuent à la croissance de plantes, on trouve le vers de terre ! Il exerce en effet une influence importante sur certains phénomènes physiques comme le transfert d'eau, de gaz et de solutés chimiques et biologiques dans le sol.


Engrais et agriculture biologique

L'azote, le phosphore et le potassium ne répondent pas totalement aux besoins des plantes et tous deviennent néfastes en trop grande quantité.
Tout est question de dosage : il ne faut pas donner plus que ce que le sol peut assimiler. Mais la tentation est grande lorsqu'on assiste à une baisse des rendements.

Avec l'agriculture biologique, les sols sont initialement plus riches en matières organiques, les teneurs en azote potentiellement minéralisables sont plus élevées tandis que les teneurs en nitrates sont régulièrement plus faibles.
Mais on observe une grande diversité de système de culture en agriculture biologique. En effet, comment convertir un sol jusqu'à présent utilisé pour ces cultures « classiques » en culture biologique ?
Ne va-t-on pas petit à petit être confrontés à l'appauvrissement des sols ?


L'épandage : un fertilisant à exploiter avec modération

Les épandages de lisiers de porcs en Bretagne sont responsables de plus en plus des problèmes de pollution des nappes phréatiques aux nitrates. Des problèmes de toxicité sont à craindre à la fin du siècle.

Les épandages sont-ils un risque pour notre santé ? La question demeure lorsque l'on sait que les boues contiennent des pesticides mais aussi des hormones stéroïdes. Les composants les plus persistants sont toujours présents dans le sol après 30 ans.

Quant aux PRO (boue, compost de boue, compost de bio déchets, fumier et fumier composté), ils ne semblent pas présenter de risques à court et moyen terme, s'ils sont utilisés de manière réglementaire. Les effets à long termes restent à évaluer. En revanche, les effets positifs sur la fertilité du sol sont avérés dès les premiers épandages.


L'épandage est réglementé depuis 1993 en France

L'épandage est réglementé depuis 1993 en France

Des plantes pour dépolluer les sols


<i>Thlaspi perfoliatum</i> ou tabouret des bois est une plante extrêmophile qui aime les sols particulièrement riches en métaux. Elle fait partie des plantes utilisées pour la phytoremédiation
Thlaspi perfoliatum ou tabouret des bois est une plante extrêmophile qui aime les sols particulièrement riches en métaux. Elle fait partie des plantes utilisées pour la phytoremédiation

Pour dépolluer une partie des sols, les chercheurs se penchent de plus en plus sur « la phytoremédiation ». Il s'agit de sélectionner des plantes qui vont s'attaquer aux polluants organiques, aux molécules carbonées comme les hydrocarbures lourds, les huiles de pétroles, mais aussi les substances pharmaceutiques, les solvants chlorés, les pesticides… et enfin les métaux, le plomb, le cadmium, et l'arsenic.
Les végétaux étudiées pour la phytoremédiation sont certaines algues, champignons et plantes vertes.




mardi 15 septembre 2009, a 15:14
les énergies du futur
 

On estime que les réserves de charbon s'épuiseront d'ici 200 ans, celles de gaz naturel dans 100 ans et que nous viendront à bout de notre pétrole en 2050… Parallèlement l'inquiétante augmentation d'émission de gaz à effet responsable du réchauffement climatique nous pousse vers l'exploitation de nouvelles sources énergétiques « vertes ».


Il semble à première vue que l'épuisement des ressources fossiles nous pousse irrémédiablement à devenir plus écologiques. Mais cette embellie ne semble pas pour tout de suite ! La Chine, les Etats-Unis et même l'Allemagne construisent en effet actuellement des centrales à charbon.


Pourquoi ?


Si cette ressource fait partie des énergies fossiles épuisables, elle demeure encore en bonne quantité sous nos pieds. Par ailleurs, les cartographies répertoriant les mines de charbon sont assez inexplicablement peu tenues à jour. On mise donc sur la découverte de nouveaux gisements… On estime l'épuisement de cette ressource d'ici 200 ans, mais ceci dépend tout à la fois de notre consommation et des découvertes ou non d'autres mines.
Ajoutons à cela que le charbon est l'énergie qui émet le plus de CO2 dans l'atmosphère, soit le plus d'émissions de gaz à effet de serre… Finalement, les bouleversements climatiques et la pollution semblent bien loin des considérations politiques et économiques…


Mines de Forzando en Afrique du Sud
Mines de Forzando en Afrique du Sud

Pour remédier à cette inquiétante teneur de CO2 toujours grandissante dans l'atmosphère, de grandes firmes pétrolières réalisent actuellement des essais de capture de CO2 pour l'injecter sous terre. Pour obtenir des résultats, il faudrait d'ici 2050, en injecter entre 10 et 20 milliards de tonnes par an. Mais cette pratique reste très couteuse. Surtout, les précautions à prendre sont telles que les possibilités restent limitées : en effet le CO2 doit être injecté dans des lacs souterrains très profonds, aux parois non calcaires. Dans le cas inverse, le CO2 dissolvant cette roche provoquerait à terme d'immenses glissements de terrain.


Séquestration du CO2 dans les lacs souterrains

Séquestration du CO2 dans les lacs souterrains

Le gaz réinjecté sous terre pourrait-il redevenir carbone, et donc de nouveau source d'énergie ?
Non répondent les scientifiques, car sous terre serait injecté non seulement du CO2 mais aussi tous les autres gaz qui restent piégés dans l'atmosphère. Il est impossible de dissocier tous ses gaz pour les réinjecter séparément. Or pour faire du carbone, il faut du CO2 pur.

La meilleure solution semblerait-il, serait de diversifier nos énergies, et si possible, renouvelables et vertes !


Les autres sources d'énergies :


-  Les centrales nucléaires : Elles restent un moyen sûr de source d'énergie électrique, même si le problème de gestion des déchets n'est toujours pas résolu (En France 75% de notre énergie électrique est d'origine nucléaire). Autre point faible : l'impossibilité du stockage de cette énergie, qui oblige à tous les pays producteurs de conserver des centrales au gaz et au charbon.


- L'hydroélectricité : Cette énergie représente 15% de notre énergie en France, une source non négligeable. Mais France s'est équipé au maximum, cette ressource est a son maximum. Ailleurs, il reste toujours difficile de convaincre une population de quitter son village, et les sites sont souvent éloignés de la demande la plus forte.

Le parc éolien est en expansion en France
Le parc éolien est en expansion en France

- Les éoliennes et l'énergie solaire (photovoltaïque) : La France s'étant fixé pour objectif d'atteindre les 21 % d'énergies renouvelables d'ici 2010, l'éolien se développe rapidement sur notre territoire. Le photovoltaïque reste encore peu développé en France, mais il est devenu courant en Allemagne. Le grand intérêt de ces deux énergies réside dans le fait qu'elles sont à la fois vertes et renouvelables. Mais leur caractère intermittent (les éoliennes ne fonctionnant pas lorsque le vent est trop faible mais aussi inversement lorsque le vent est trop fort) font des ces énergies intermittentes un appoint intéressant, mais qui ne peuvent pas remplacer à elles seules une centrale nucléaire.

Principe de la géothermie

Principe de la géothermie

- La géothermie : En France, cette énergie renouvelable s'est développée dans les années 70 au moment de la flambée du prix du pétrole. Elle est de nouveau très étudiée pour équiper l'habitat. Il s'agit de faire chauffer sa maison par un système d'air puisé en sous-sol qui garantit 8°c dans la maison (aussi bien en été qu'en hiver). Cette source fait office de climatisation naturelle l'été, et garantit au moins 8°c l'hiver, ce qui permet de réaliser des économies d'énergie. La plus ancienne installation en France est celle de la Maison de la Radio, à Paris, qui fonctionne depuis 1961 à partir d'un puits unique alimenté par l'aquifère de l'Albien. Le fluide géothermal est puisé à 500 m de profondeur et sa température s'élève à 27°c.


Et pour les énergies de transport ?


Le problème de l'énergie n'est à ce stade que bien partiellement résolu. En effet 70% de notre consommation en pétrole est utilisé exclusivement pour les transports. Par quoi remplacer notre carburant ?


- Le biocarburant : Nombreux sont les scientifiques à déclarer que cette solution est une impasse. Outre le coût énergétique supérieur à la production d'un litre d'éthanol, la totalité des terres cultivées ne suffirait pas en 2030 à faire fonctionner le parc des véhicules dans le monde, le tout au détriment de l'alimentation des 9 milliards d'habitant que nous seront.


- La biomasse : Une solution intéressante pour Bernard Tissot. Concrètement, il s'agit de relancer la plantation d'arbres, de les couper et d'accélérer le phénomène de fermentation pour en faire ensuite des biocarburants. Non seulement le reboisement participerait à la capture du CO2 par le biais de la photosynthèse, mais cette énergie verte n'émietterait pas de gaz à effet de serre. En Allemagne, la chancelière allemande Angela Merkel a inauguré le 17 avril 2008 l'inauguration de la raffinerie de la société Choren, unique au monde à Freiberg où 18 millions de litres de biodiesel pourraient y être produits chaque année à partir de copeaux de bois, de lait de l'industrie agroalimentaire, de la paille ou encore de la mauvaise herbe.
Cependant, des spécialistes émettent des réserves. La raffinerie reste très couteuse et la fiabilité de ces carburants na pas encore été totalement prouvée.


- L'hydrogène, avec l'utilisation de la pile à combustible  : Cette pile n'apparaîtra qu'à titre expérimental que dans les années 2030-2050. L'hydrogène est déjà envisagé pour faire voler les avions.
Début 2008, la société d'aéronautique américaine Boeing a annoncé avoir fait voler pour la première fois en Espagne un avion propulsé par une pile à hydrogène (mais pas pour le décollage). L'avion a volé pendant 20 minutes à une vitesse de100km/h. L'utilisation d'une pile à combustible comme énergie principale pour les avions de grande taille n'est pas planifiée pour ces prochaines années, l'utilisation de l'hydrogène posant encore de nombreux problèmes de production, de stockage et de rentabilité économique.

Avion Boeing ayant volé avec de l'hydrogène (février 2008)
Avion Boeing ayant volé avec de l'hydrogène (février 2008)

- L'électrique : Bernard Tissot pense que l'énergie électrique, qui fut un cuisant échec dans les années 1990 dans les transports, pourrait faire un retour en force, avec les progrès nécessaires à une plus grande autonomie. Le développement des transports en commun (bus, train, tramway) sera aussi la règle.


mercredi 09 septembre 2009, a 11:55
Histoire de la grippe espagnole
 

La grippe espagnole tua plus de 400 000 personnes en France, peu avant les années 20 et notamment pendant la Grande Guerre. Retour sur cette hécatombe tragique que les virologues redoutent de nouveau avec le H5N1, appelé aussi "grippe aviaire". Paul Léophonte et Charles Pilet nous livrent leurs explications dans une communication commune qui se déroulait lors de la journée du livre à l'Académie nationale de médecine en septembre 2008.


La grippe espagnole, qui s'est rependue de 1918 à 1919, a fait 30 millions de morts en Europe selon l'Institut Pasteur.
On lui doit ce nom du fait que l'Espagne, non impliquée dans la Première Guerre mondiale, a pu, en 1918, publier librement les informations relatives à l'épidémie du H1N1. Ainsi les journaux français parlaient de la « grippe espagnole » qui faisait des ravages « en Espagne » sans mentionner les cas français, tenus secrets pour ne pas faire savoir à l'ennemi que l'armée était affaiblie.


Hôpital de campagne n°45 de l'armée américaine à Aix-les-Bains, pendant la pandémie de grippe espagnole en 1918
Hôpital de campagne n°45 de l'armée américaine à Aix-les-Bains, pendant la pandémie de grippe espagnole en 1918

En France, ce fut l'équivalent de 100 à 300 morts par jour, dans des conditions très difficiles : des soins de fortune, plus assez de cercueils ni de corbillards.
Parmi les artistes morts de la grippe espagnole, on compte Guillaume Apollinaire, mort 2 jours avant l'armistice à l'âge de 38 ans. De même, le peintre expressionniste Egon Schiele décédera le 31 octobre 1918. Anecdote émouvante, son dernier tableau La famille représente sa femme morte quelques jours plutôt de cette même grippe, avec l'enfant qu'il avait espéré.


Egon Schiele <i>La Famille</i>, 1918. Huile sur toile.
Egon Schiele La Famille, 1918. Huile sur toile.

L'auteur Edmond Rostand, immortel de l'Académie française, mourra le 2 décembre 1918, après une répétition de la reprise de L'Aiglon (pièce dramatique de Rostand écrite en 1900).

Cette grippe n'avait rien de commun avec les grippes ordinaires. Son caractère fulgurant provoquait une mortalité 25 fois plus importante que la mortalité « habituelle » des épidémies.
Il faut attendre 1933 pour découvrir le virus (H1N1) chez l'homme. Les grippes virulentes existaient bien avant la grippe espagnole. On les appelait alors « Orion » ou encore « Folette » (pour Louis XV).

Aujourd'hui, les virologues estiment que les pandémies se répandent au rythme de trois par siècle. Après la grippe asiatique et la grippe de Hong Kong, les scientifiques sont donc en attente d'une prochaine pandémie mais qui n'émanera par forcément du H5N1 (grippe aviaire).


Retour sur le grippe aviaire

Le H5N1 n'est pas apparu comme par miracle en 2006. Ce virus est connu depuis 1959. On l'a vu apparaître en Ecosse, appelé alors « peste aviaire », puis en 1991 en Angleterre, à Hong Kong en 1997 et en 2003 dans les pays asiatiques. _La nouveauté réside dans le fait que ce virus n'a pas été éliminé tout de suite comme les épizooties précédentes. On l'a laissé se développer pour des raisons commerciales (certains pays n'ayant pas intérêt à déclarer cette maladie aux instances internationales) et/ou pour insuffisance de services vétérinaires.

Aujourd'hui, le H5N1 constitue une menace car il peut muter ou se recombiner dans un virus humain en passant par le porc. Pour Charles Pilet, il est temps de rapprocher les connaissances en matière de médecine animale et de médecine humaine  :« Il faut développer la recherche dans ce domaine, mais également accentuer la veille sanitaire. Enfin, il serait bon de réfléchir à un enseignement sur les zoonoses, dans le cadre d'études préparatoires aux études vétérinaire, mais également aux études médicales ».


- Charles Pilet est vétérinaire, membre de l'Académie des sciences et de l'Académie de médecine
- Paul Léophonte est professeur honoraire de l'université Paul-Sabatier de Toulouse, ancien chef de service de pneumologie à l'hôpital Larrey, membre correspondant de l'Académie nationale de médecine.

vendredi 04 septembre 2009, a 10:59
Grippe A : faut-il réellement s’inquiéter ?
 


Copie d'un entretien du professeur François Bricaire, membre correspondant à l'Académie nationale de médecine

La grippe A est le fruit de recombinaisons entre des virus porcin, humain et aviaire. Le stockage de traitements antiviraux, de masques de protection, la prévision de vaccination de la population, la fermeture des écoles… et le terme de « pandémie » employé par l'OMS en juin 2009 pour qualifier l'expansion du virus met le public en alerte. Faut-il réellement s'inquiéter pour notre santé ? Écoutez l'avis du professeur François Bricaire, chef du service de Maladies infectieuses et tropicales, à la Pitié-Salpêtrière à Paris.


Le professeur François Bricaire, chef du service des maladies infectieuses et tropicales à la Pitié-Salpêtrière
Le professeur François Bricaire, chef du service des maladies infectieuses et tropicales à la Pitié-Salpêtrière

A la date du 21 juillet 2009, l'OMS faisait état de 135 000 cas confirmés et 816 décès liés à la grippe A à travers le monde. En France, le premier décès d'une jeune fille de 14 ans lié en partie à la grippe A est survenu le 30 juillet 2009.
Ces chiffres nous permettent-ils d'utiliser le mot « pandémie » ?
« Oui ! » explique François Bricaire. La définition du mot pandémie ne tient pas compte du nombre de morts, mais des pays touchés par une maladie. « La pandémie n'est pas synonyme d'un nombre élévé de malades, et n'est pas associé à un fort taux de mortalité ».

En juillet, l'alerte était déjà de niveau 6 pour l'OMS, et de 5 pour la France. Pourtant, la grippe A semble bénigne. « Je dirais que sa virulence est identique à celle d'une grippe saisonnière très moyenne pour l'instant » explique François Bricaire. En revanche, ce que redoutent les épidémiologistes, c'est la mutation de ce virus, qui pourrait avoir la méchante idée de s'acoquiner avec d'autres virus plus virulents.
« Un des facteurs "alertant" de cette grippe A, c'est sa propagation dans l'hémisphère nord, alors que nous sommes en été. Ce n'est pas commun » affirme François Bricaire.

La grippe A, comme la grippe saisonnière, a un fort pouvoir de mutation. Preuve en est, les vaccins de notre grippe "classique" changent tous les ans. En ce sens, les quelque 140 millions de doses au total qui se préparent ne seraient-elles pas inutiles le jour où nous entamerons une campagne nationale de vaccination ?

Quelque 140 millions de doses de vaccin ont été commandés par la France à trois groupes pharmaceutiques : les laboratoires GSK, Sanofi-Aventis et Novartis
Quelque 140 millions de doses de vaccin ont été commandés par la France à trois groupes pharmaceutiques : les laboratoires GSK, Sanofi-Aventis et Novartis

« Ils ne seront pas obsolètes, mais il est certain qu'ils risquent de ne pas répondre totalement à une attaque virale sévère. La question de la vaccination contre la grippe A couvre beaucoup d'autres débats : devrons-nous passer outre les essais cliniques pour mettre rapidement le médicament sur le marché ? Qui vaccinerons-nous en premier ? Parmi la population qui ne sera pas vaccinée, on compte les enfants pour qui il est interdit d'administrer un produit dont on ne connait pas les effet. Mais ces enfants ne seraient-ils pas à terme une population vulnérable face à un virus qui mutera et se renforcera pour passer la barrière du vaccin ? »


N'en fait-on pas trop ?


On pourrait répondre à cette question en présentant trois groupes de pression :
- Le gouvernement. Il affiche une prise en charge efficace, basée sur le plan prévu initialement pour la grippe aviaire en 2005. Si l'opération de sécurité sanitaire est indispensable, il est indéniable que la grippe fait également office de communication politique.
- Les entreprises pharmaceutiques. Elles jouent également un rôle sur l'accent anxiogène donné au virus.
- Les médias. Ils s'assurent une couverture médiatique pendant les jours d'été, là où d'habitude on bataille pour trouver des sujets vendeurs.

Cependant, affirme François Bricaire, « si les choses sont un peu surjouées, il ne faut pas perdre de vue le fond qui est bien réel. Sans céder à la panique, il est nécessaire de rester prudent et de s'informer sur la conduite à tenir si le virus était amené à se développer ».

Cette émission a été enregistrée le 31 juillet 2009 et prend en compte les chiffres de l'OMS publiés courant juillet.

François Bricaire est professeur des universités, chef du service de Maladies Infectieuses et tropicales à la PITIE-SALPETRIERE à Paris. Il est correspondant à l'Académie nationale de médecine.


En savoir plus :

- François Bricaire, Jean-Philippe Derenne, Les nouvelles épidémies comment s'en protéger ?, éditions Flammarion 2009


mercredi 08 juillet 2009, a 15:47
le piment américain
 


Découvert en 1493 par Christophe Colomb à Cuba, le piment se répand à une vitesse fulgurante dans le monde. Même les européens attachés à leur poivre, s'accoutument du piment dès le XVIIIe siècle.



Le piment fut une des premières plantes alimentaires découvertes par Christophe Colomb lors de son premier voyage en 1492. Il le découvrit le 1er Janvier 1493 à Hispaniola, notre actuelle Cuba. Son journal de bord, perdu, ne nous est connu que par une version abrégée due à Bartolomé de Las Casas, surtout célèbre comme protecteur et défenseur des Indiens. Il nous rapporte qu' « il y a beaucoup d'aji, qui est leur poivre et qui est bien meilleur que le nôtre ».




                               Christophe Colomb

Christophe Colomb Portrait réalisé  par Ridolfo Ghirlandaio




Le piment était répandu dans toute l'Amérique précolombienne. Peut être originaire des hauts plateaux du Chili, où il pousse à l'état sauvage, il était connu aussi bien au Pérou sous le même nom d'aji, qu'au Mexique sous le nom de chili (d'où le nom du plat historique de la Conquête de l'ouest des États-Unis, le chili con carne) mais aussi au Brésil. Il servait à aromatiser de nombreux plats de la triade précolombienne (maïs, haricots et courges), mais aussi le chocolat maya ou aztèque : l'empereur aztèque Moctezuma en offrit au conquistador Cortès.

Christophe Colomb puis Cortès ramenèrent le piment en Espagne, et le présentèrent aux Rois Très Catholiques. Cultivé rapidement dans toute l'Espagne dès 1526, il pénétra lentement dans le Languedoc et le Pays basque français au XVIIe siècle, ce qui nous vaut encore la culture du piment d'Espelette. De là, il pénétra en Italie, puis fut apporté par les marchands vénitiens qui le firent découvrir aux Ottomans, où il fut très apprécié des sujets du Grand Turc : il se répandit dans toutes leurs possessions, dans les Balkans à l'origine du Paprika Hongrois et dans le Maghreb où il devint la harissa, l'épice du couscous. Ce fut au contact des turcs qu'un botaniste allemand, Leonart Fuchs, en donna la première description botanique en 1542. Ailleurs en Europe, son succès fut plus limité, ne concurrençant jamais les épices de l'Insulinde (poivre, clou de girofle et muscade) dont la mode passa cependant en même temps que les épices arrivaient en Europe en grande quantité après les grandes découvertes.

             la Harissa                  la Harissa


Ce furent les Portugais qui assurèrent au piment une diffusion mondiale et un succès extraordinaire. Du Brésil, les Portugais l'importèrent, l'acclimatèrent et le cultivèrent à Madère, puis dans le golfe de Guinée et au Mozambique, et dès 1505, il était présent à Goa et à Calicut en Inde, où il se répandit comme une traînée de poudre : sans doute en raison de la facilité de culture de cette plante annuelle facile à cultiver, et de son coût minime par rapport au poivre, il était présent dans tout le sous-continent Indien dès 1560. Il y était tellement omniprésent qu'on désigna pendant longtemps en Europe le piment sous le nom de poivre de Calicut ou de poivre d'Inde. Il n' y a d'ailleurs pas de nom spécifique pour différencier le piment du poivre en anglais ou en allemand, et le français piment descend de l'espagnol pimiento en raison de ses propriétés tinctoriales. De l'Inde, le piment suivit les routes de la soie vers Samarkand et la Chine vers l'Est, et rejoignit l'Empire Ottoman vers l'Ouest ; par voie maritime, il atteint l'Insulinde et la Chine. Les espagnols, quant à eux, partirent d'Acapulco au Mexique pour l'amener aux Philippines puis en Chine du Sud. En moins d'un siècle, le piment avait conquis toutes les régions tropicales de l'Ancien Monde.

                                  photo_FL_Poivron.jpg


L'incorporation du piment dans toutes les cuisines de l'ancien monde fut tout aussi rapide. C'est devenu un constituant essentiel des cuisines indiennes et chinoises. Le piment est omniprésent dans la cuisine népalaise, tout comme il l'est dans les cuisines sud-américaines. Seule l'Europe résistait toujours. Redoutant la redoutable capsicaïne, qui donne sa force au piment, elle ne se laissa convaincre que par le poivron : le poivron est un piment doux et charnu sélectionné, qui ne contient plus de capsicaïne. Obtenu par les patients travaux des agronomes, il se répandit d'Espagne en France par le sud-ouest, le Languedoc et la Provence, où il est signalé en 1793. Il est à l'origine de plats identitaires, contenu dans la paella espagnole, la pizza margharita italienne (où il représente le vert du drapeau italien), ou dans la piperade béarnaise. Il faut simplement souligner que la ratatouille, plat provençal emblématique, faite de légumes du nouveau monde (courgettes, tomates, poivrons) et de l'ancien (l'aubergine indienne) n'est apparue au plus tôt qu'à la fin du XIXe siècle ou plutôt au début du XXe siècle, et n'est pas signalée dans La cuisinière provençale de Jean Baptiste Reboul.

Ce n'est qu'au XXe siècle, que les piments seront adoptés par nos contemporains : l'attrait des cuisines exotiques richement pimentées dans les restaurants asiatiques, chinois, vietnamiens et indiens, la redécouverte des cuisines créoles (bien que la pimentade ait été signalée dès 1720), et l'apparition sur nos tables de sauces richement pimentées comme les sauces Cajun et le Tabasco ont largement concouru à nous familiariser avec le piment. Dans le Sud des Etats-Unis, il existe même des concours de sauces pimentées, pour déterminer quelle est la plus forte ou « hot » ! L'adoption par les français de la cuisine maghrébine comme la harissa du couscous et les saucisses pimentées ou merguez dans la seconde moitié du XXe siècle concourra aussi à la popularisation du piment.

        Sauce Cajun               Sauce Cajun


Restent deux questions dérangeantes : pourquoi le piment a-t-il été le produit du nouveau monde qui s'est le plus rapidement répandu dans l'ancien ? Alors que la tomate et la pomme de terre mettront deux siècles de plus pour y parvenir, le maïs, le haricot et la courge n'avaient pas eu à souffrir de ces ostracismes. Et pourquoi le piment a-t-il autant de succès dans tous les pays de la ceinture tropicale de la planète ?
Aucune explication n'est vraiment satisfaisante, qu'il s'agisse du faible coût, de sa facilité de culture, de ses propriétés réelles (antioxydantes ou antiseptiques) ou supposées (aphrodisiaques ou stimulantes). Le mystère nous est sans doute aussi impénétrable que le goût immodéré du moyen âge pour les épices.



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mercredi 08 juillet 2009, a 15:42
bornéo
 



Bornéo, île du sud-est asiatique partagée entre l'Indonésie, la Malaisie et le sultanat de Brunei, est riche de sa flore et de sa faune. On y dénombre de nombreuses espèces animales et florales, notamment de Nepenthes. Comment, aujourd'hui ces espèces sont-elles menacées ? Quelques éléments de réponses dans ce billet de Françoise Thibaut.



Jeune fille de la tribu des femmes-girafe
Jeune fille de la tribu des femmes-girafe

Les plus âgés d'entre nous se souviennent peut-être de Vitold de Golish : lorsque la télévision française était encore en noir et blanc, avec une seule chaine, il nous contait, la fin des années 1950, présentée par - je crois - Pierre Sabbagh, ses aventures en Birmanie avec les femmes-girafes ou les femmes-éléphants, les coupeurs de toute l'ile de Bornéo, les plantes carnivores et les orangs-outangs. Au même moment un film en couleur Continent perdu avec son étrange musique, nous faisait découvrir cet univers plein de mystère. Désormais, il n'y a plus guère de femmes-girafes, seulement les plus âgées auxquelles on ne peut retirer cette encombrante dot.

Borneo_blowpipe_shooting.jpg

Bornéo n'est plus une île impénétrable : cette grosse pomme de terre terrestre, montagneuse et entièrement boisée de forêt primaire, a d'abord été cisaillée à la suite des luttes d'indépendance et des découvertes pétrolières : les Britanniques d'abord ont administrativement séparé le sultanat de Brunei, là où avaient été trouvées ce qu'ils pensaient être les seules poches pétrolières de la région. Ainsi, ils ont fait de cette minuscule enclave un royaume dont le souverain est parmi les plus fortunés de la planète.

Lors des indépendances, la Fédération de Malaisie a inclus le nord de l'ile, désormais divisé en deux unités : Sabah et Sarawak qui s'ouvrent lentement au tourisme, sous des climats, il faut bien le dire, assez accablants.

Les forages exploratoires ayant continué, cette fois pour le compte de l'Indonésie qui a récupéré tout le reste de Bornéo, tout le sud-est de l'ile est désormais hérissé de derricks off-shore ou pas, de tuyaux et de villes hâtivement construites pour accueillir le personnel des compagnies pétrolières de toutes nationalités. Cette région a déjà connu plusieurs catastrophiques marées noires dévastant à jamais une faune et une flore exceptionnelles.

Nepenthes
Nepenthes

Bornéo est la patrie des Nepenthes ces urnes végétales avides d'insectes dont on ne connait pas encore toutes les variétés. Les grands singes sont en extinction en raison du déboisement, de la perte de leur habitat et de leur nourriture, ainsi que du braconnage. Les forêts, les cascades d'eau claire sont en grand danger : Bornéo est définitivement un continent perdu.

vendredi 05 juin 2009, a 11:22
Notre sol : une ressource essentielle à protéger
 

On l'oubli un peu trop souvent, le sol nous permet de :
- Produire les aliments
- Réguler le cycle et la qualité de l'eau
- Accumuler du carbone et limiter l'effet de serre
- Recycler les matières organiques
- Entretenir la biodiversité
- Fournir des matériaux pour la construction et l'industrie

Intéressons-nous plus particulièrement au sol, espace vivant qui contribue à l'absorption de nos polluants organiques et qui fourmille de micro-organismes à cet effet.
Photo aérienne de champs cultivés dans l'Aube

Photo aérienne de champs cultivés dans l'Aube
© Aurélie Cottier / Naturimages

Aujourd'hui, l'importance de préserver la biodiversité de micro-organismes dans le sol est acquis.
Certains micro-organismes sont pathogènes, responsables de dégâts qui causent par exemple la fonte des semis, les nécroses racinaires et autres maladies vasculaires.

C'est la raison pour laquelle les cultivateurs, mais aussi les jardiniers du dimanche ont pris le parti de « désinfecter » les terres, avec des méthodes les plus souvent polluantes et dont certaines sont interdites aujourd'hui telles que le bromure de méthyle.
Mais les souches microbiennes peuvent aussi se révéler les meilleurs alliés de ces mêmes cultivateurs et jardiniers. Actuellement plusieurs souches microbiennes sont commercialisées pour une protection de la plante sans pour autant polluer le sol.


De l'importance du lombric


Par les micro-organismes qui contribuent à la croissance de plantes, on trouve le vers de terre ! Il exerce en effet une influence importante sur certains phénomènes physiques comme le transfert d'eau, de gaz et de solutés chimiques et biologiques dans le sol.


Engrais et agriculture biologique


L'azote, le phosphore et le potassium ne répondent pas totalement aux besoins des plantes et tous deviennent néfastes en trop grande quantité.
Tout est question de dosage : il ne faut pas donner plus que ce que le sol peut assimiler. Mais la tentation est grande lorsqu'on assiste à une baisse des rendements.

Avec l'agriculture biologique, les sols sont initialement plus riches en matières organiques, les teneurs en azote potentiellement minéralisables sont plus élevées tandis que les teneurs en nitrates sont régulièrement plus faibles.
Mais on observe une grande diversité de système de culture en agriculture biologique. En effet, comment convertir un sol jusqu'à présent utilisé pour ces cultures « classiques » en culture biologique ?
Ne va-t-on pas petit à petit être confrontés à l'appauvrissement des sols ?


L'épandage : un fertilisant à exploiter avec modération


Les épandages de lisiers de porcs en Bretagne sont responsables de plus en plus des problèmes de pollution des nappes phréatiques aux nitrates. Des problèmes de toxicité sont à craindre à la fin du siècle.

Les épandages sont-ils un risque pour notre santé ? La question demeure lorsque l'on sait que les boues contiennent des pesticides mais aussi des hormones stéroïdes. Les composants les plus persistants sont toujours présents dans le sol après 30 ans.

Quant aux PRO (boue, compost de boue, compost de bio déchets, fumier et fumier composté), ils ne semblent pas présenter de risques à court et moyen terme, si ils sont utilisés de manière réglementaires. Les effets à long termes restent à évaluer. En revanche, les effets positifs sur la fertilité du sol sont avérés dès les premiers épandages.


L'épandage est réglementé depuis 1993 en France
L'épandage est réglementé depuis 1993 en France

Des plantes pour dépolluer les sols


<i>Thlaspi perfoliatum</i> ou tabouret des bois est une plante extrêmophile qui aime les sols particulièrement riches en métaux. Elle fait partie des plantes utilisées pour la phytoremédiation
Thlaspi perfoliatum ou tabouret des bois est une plante extrêmophile qui aime les sols particulièrement riches en métaux. Elle fait partie des plantes utilisées pour la phytoremédiation

Pour dépolluer une partie des sols, les chercheurs se penchent de plus en plus sur « la phytoremédiation ». Il s'agit de sélectionner des plantes qui vont s'attaquer aux polluants organiques, aux molécules carbonées comme les hydrocarbures lourds, les huiles de pétroles, mais aussi les substances pharmaceutiques, les solvants chlorés, les pesticides… et enfin les métaux, le plomb, le cadmium, et l'arsenic.
Les végétaux étudiées pour la phytoremédiation sont certaines algues, champignons et plantes vertes.




vendredi 22 mai 2009, a 11:38
Alexandre Ier, le tsar qui vainquit Napoléon...
 

Alexandre Ier, tsar de Russie du 23 mars 1801 à sa mort le 1er décembre 1825, naît à Saint-Pétersbourg, le 23 décembre 1777. Il est le fils de Paul Ier et de Sophie-Dorothée de Wurtemberg, tsarine sous le nom de Maria Fiodorovna. En 1793, sa grand-mère, Catherine II, lui fait épouser Louise Augusta de Bade. Le règne d'Alexandre coïncide grossièrement avec celui de Napoléon, qu'il combattit à plusieurs reprises jusqu'à la bataille victorieuse de 1814.


Un tsar réformateur ?


Couvé par sa grand-mère mais élevé à la française, selon les préceptes du suisse La Harpe, Alexandre développe des idées libérales radicalement opposées à celles de son père Paul Ier auquel il succède dans des circonstances troubles. En fait, lorsqu'Alexandre est informé du complot contre son père, il espère que celui-ci ne sera que déposé. Or, le complot conduit à l'assassinat de Paul Ier. Un profond sentiment de culpabilité ne cessera d'hanter Alexandre jusqu'à la fin de ses jours. Ce parricide ou tsaricide restera à jamais une blessure ouverte.

- Quoiqu'il en soit, monté sur le trône, Alexandre cherche à engager son pays sur la voie de la réforme. Il encourage un projet de constitutionnalisation du gouvernement russe et octroie au Sénat un droit de remontrance. Il cherche également à favoriser l'émancipation des serfs. Cette œuvre réformatrice est toutefois limitée. On a souvent vu dans le recul d'Alexandre devant la réforme, un signe de son caractère velléitaire. Il n'en est rien ; la résistance de la noblesse et le manque de relais au sein de la société russe sont les principales faiblesses de son édifice. En outre, Alexandre a très vite été absorbé par le rôle majeur qu'il réussit à se tailler dans la diplomatie européenne.


Entrevue des deux empereurs, Adolphe Roehn.

Rappelons qu'Alexandre Ier fut le principal adversaire militaire de Napoléon. Dans un premier temps, allié à l'Autriche et à la Prusse, il est gravement défait à Austerlitz en 1805, puis à nouveau à Friedland en 1807. Il finit donc par accepter l'alliance avec la France (traité de Tilsit en 1807) contre l'Angleterre et la Suède. Cette nouvelle alliance permet à Alexandre de conquérir la Finlande. Cependant, des divergences apparaissent vite avec Napoléon et mettent fin à l'alliance. En 1812, la campagne de Russie s'avère effroyable. L'arrivée des troupes françaises dans Moscou et l'incendie de la ville traumatisent Alexandre qui se tourne alors vers la religion.
- Cette crise mystique ne fait que s'accentuer avec le temps. En 1825, quelques mois avant sa mort, il envoie son aide de camp à Rome, informer le pape Léon XII de son désir d'abjurer l'orthodoxie et de ramener la Russie dans l'Église Catholique Romaine.

Une mort controversée

Alexandre Ier meurt subitement le 1er décembre 1825 à Taganrog au bord de la mer d'Azov avant d'être inhumé à Saint-Pétersbourg. Il a quarante huit ans. Dès l'annonce de sa mort, des doutes naissent en Russie. La rumeur s'installe selon laquelle le tsar aurait simulé sa mort et se serait retiré loin des hommes, tandis qu'on lui substituait le cadavre d'un soldat lui ressemblant vaguement.
- Quelques années plus tard, un ermite du nom de Fiodor Kouzmitch fut reconnu par de nombreuses personnes comme étant Alexandre Ier. Arrêté, fouetté puis déporté en Sibérie, il devint starets et mourut le 20 janvier 1864 à Tomsk, en Sibérie.
- L'identité de Fiodor Kouzmitch et d'Alexandre Ier est aujourd'hui admise par certains historiens qui affirment qu'Alexandre se serait volontairement retiré du monde, probablement pour expier le meurtre de son père, Paul Ier, auquel il aurait involontairement pris part en donnant son appui à la conjuration chargée d'assassiner le tsar dément. Cette rumeur n'est ni confirmée, ni infirmée. Un élément vient, cependant, accroître le trouble : lorsque Alexandre III de Russie fit ouvrir le tombeau d'Alexandre Ier, afin de vérifier le bien-fondé des rumeurs de survie, le cercueil fut découvert vide...


Présentation de l'éditeur


Du tsar Alexandre Ier, son éternel rival, Napoléon en exil disait à Las Cases : « Il peut aller loin. Si je meurs ici, ce sera mon véritable héritier en Europe. » Napoléon est bien mort à Sainte-Hélène, en 1821 ; mais Alexandre le suivit dans la tombe dès 1825, à l'âge de quarante-huit ans. Et sa disparition brutale, survenue dans des circonstances troublantes, ajouta encore au mystère de celui que ses contemporains appelaient le « sphinx ». S'appuyant sur des archives jusque-là négligées et sur des documents inédits, cette biographie éclaire d'une lumière nouvelle le destin complexe d'Alexandre. Marie-Pierre Rey peint ainsi l'enfance du grand-duc, né en 1777, une enfance couvée et régie par sa grand-mère, Catherine II ; elle décrit son accession au trône en 1801, à la mort de son père, le tsar Paul Ier, assassiné sauvagement par des officiers dont Alexandre fut le complice. Cette note tragique qui ensanglante le début de son règne est vite oubliée, tant le bel empereur sait se faire aimer de sa Cour et de son peuple. Mais la volonté de réforme dont témoigne Alexandre est bientôt occultée par son duel avec Napoléon, qui culmine avec l'invasion de la Russie par la Grande Armée et l'incendie de Moscou en 1812. Sur cet échiquier titanesque qu'est alors l'Europe tout entière, le jeune tsar, d'abord craintif face à « Buonaparte », devient une pièce centrale, il est au coeur des manoeuvres diplomatiques qui se succèdent parallèlement au fracas des batailles... et peut ainsi entrer dans Paris, vainqueur, au printemps 1814. La gloire, pourtant, Alexandre en est las : à mesure que les années passent, c'est son salut qui préoccupe toujours plus le tsar, une obsession qui prend d'étranges chemins, puisqu'il envoie à Rome, peu de temps avant de mourir, un émissaire secret chargé de sonder le pape sur le rapprochement des Églises d'Orient et d'Occident. L'enquête de sa biographe dans les archives du Vatican notamment montre que la tentation catholique a bien effleuré le tsar Alexandre... Est-il vraiment mort, d'ailleurs, en 1825 ? Le doute subsiste...


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Notre sol : une ressource essentielle à protéger pere cantoche (03/07/2009 23:55)

Très bien expliqué ....

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