| jeudi 27 mai 2010, a 11:24 |
| Des Cent-Jours à la Commune (1815-1870) |
Le musée de l'Armée rouvre ses espaces dédiés aux années 1815-1870,
après la période de Louis XIV à Napoléon Ier inaugurée
l'année dernière. Il s'agit d'une étape importante qui clôture une vaste
entreprise de rénovation et qui permet au musée de l'Armée de présenter
à nouveau l'ensemble de ses collections au sein d'une nouvelle
muséographie moderne et didactique.
Depuis le 20 mars, l'ensemble des salles de l'aile
Orient du musée de l'Armée sont à nouveau ouvertes au public après
quatre années de travaux.
La visite débute avec, au rez-de-chaussée, les
deux anciens réfectoires des pensionnaires de l'Hôtel des Invalides,
tous deux décorés de peintures murales dues à Jacques Antoine Friquet de
Vauroze (1648-1716). Réalisées en 1677-78, ces décors retracent les
principaux épisodes de la guerre de Dévolution (1667-1668) et ont fait
l'objet d'une importante campagne de restauration.
Salle Vauban,
nouvelle scénographie. (c) Musée de l'Armée-Paris / Christophe Chavan
Ces deux réfectoires sont intégrés au
nouveau parcours de visite. L'un, dit « salle Turenne », évoque
l'affectation première de l'espace – celle d'accueillir les repas des
pensionnaires des Invalides – par un alignement de tables, présentant
aux visiteurs documents écrits et graphiques, tout en leur fournissant
des clefs de découverte des Invalides. L'autre, dit « salle Vauban »,
présente un important cortège de treize cavaliers du Consulat jusqu'au
Second Empire, provenant pour partie des ateliers des peintres Ernest
Meissonnier et Édouard Detaille.
A l'étage, le parcours, qui s'étend de Louis XIV à Napoléon III,
propose une visite chrono-thématique confrontant contexte politique et
contexte militaire. Il se décompose en six temps : La vie militaire aux
XVIIe et XVIIIe siècles, la Révolution armée, les
guerres de l'Empire, Napoléon, 1815-1851 et enfin 1852-1870.
Après la première ouverture de la période de
« Louis XIV à Napoléon Ier » en mai 2009, est désormais
accessible à la visite la seconde partie « des Cent-Jours à la
Commune ».
Les Cent-Jours ou le retour de
« l'Aigle »
Cette séquence évoque principalement la
bataille de Waterloo et la fin de l'armée impériale. Parmi les objets
marquants, on peut retenir la cuirasse transpercée par un boulet ayant
appartenu au carabinier Fauveau.
Vient ensuite la Seconde Restauration avec les règnes
de Louis XVIII et de Charles X. Cette séquence s'attache à présenter la
série de réformes visant à transformer l'appareil militaire avec le
rétablissement de la Maison du Roi, la création d'une Garde royale
protectrice du régime…
Manteau de cérémonie de l'ordre du
Saint-Esprit de Charles X. (c) Musée de l'Armée-Paris. Distr.
RMN/Christophe Chavan
La visite se poursuit avec la Monarchie de Juillet et
Louis-Philippe. Là encore, le nouveau régime cherche à réorganiser
l'appareil militaire. En réalité, la Restauration et la Monarchie de
Juillet sont des périodes peu actives sur le plan militaire. Les pièces
phares se rapportent aux souverains, avec d'une part le manteau de
cérémonie de l'ordre du Saint-Esprit de Charles X et, d'autre part, le
harnachement de parade de Louis-Philippe.
Harnachement de
parade de Louis-Philippe. (c) Musée de l'Armée-Paris/ Christophe Chavan
Tout change avec la Seconde République et le Second Empire. Avec
l'arrivée de Louis-Napoléon Bonaparte à la tête de l'État, l'armée
retrouve une place de choix. Le nouvel empereur se présente comme
l'héritier de Napoléon Ier et renoue avec la tradition
militaire du Premier Empire. Ses symboles et uniformes sont repris afin
de donner au nouveau régime un lustre propre à emporter l'adhésion. On
peut ainsi admirer la tenue de Grand uniforme de maréchal de France de
Regnault de Saint Jean d'Angély. Plus concrètement, la France est à
nouveau présente sur la scène militaire internationale avec les guerres
de Crimée et d'Italie qui sont toutes deux évoquées, entre autres par la
peinture. Le parcours se termine par l'évocation de la guerre
franco-allemande de 1870-1871.
Tout au long de ces nouvelles salles, le
public dispose de nombreux outils d'aide à la visite. En effet, bornes
multimédia, plans-reliefs animés de grandes batailles, postes et
parcours sonores, compléments interactifs à la signalétique
traditionnelle, rendent les collections accessibles et compréhensibles
par le plus grand nombre de visiteurs, amateurs ou novices.
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| jeudi 29 avril 2010, a 09:51 |
| mal de dos : les raisons ... |
Lumbago, hernie discale, sciatique, scolioses... Rien que l'évocation de
ces pathologies vous donne mal au dos ! Les professeurs Jean Dubousset,
chirurgien orthopédiste, et Joël Mènkes, rhumatologue, vous donnent les
clés pour mieux comprendre la source de vos douleurs, les traitements
existants et leurs limites.
Le mal de dos s'intègre dans une maladie générale,
l'arthrose. En France 9 à 10 millions de personnes souffrent d'arthrose
notamment de la colonne vertébrale. En 2002, elle a représenté un coût
supérieur à 6 milliards d'euros.
Au cours de cette émission, Jean Dubousset et Joël Menkès, tous deux
membres de l'Académie Nationale de Médecine, se proposent de vous donner
des explications sur plusieurs pathologies.
L'arthrose vertébrale
Bonne nouvelle : l'arthrose n'est pas un passage obligé
pour chacun d'entre nous ! Lorsqu'elle apparaît, c'est le plus souvent
après 60 ans, et elle n'est fort heureusement pas toujours douloureuse. « Certaines personnes terminent leur vie sans arthrose
vertébrale. Il y a des facteurs favorisants pour l'arthrose vertébrale »
explique Jean Dubousset. « D'abord la génétique : les
vertèbres sont situées différemment dans l'espace selon les individus.
Il existe des morphotypes pour qui l'arthrose risque de se développer,
chez les personnes qui ont le dos très creux par exemple ».
Hormis l'aspect génétique, il convient de respecter dans la mesure
du possible une certaines hygiène de vie. Les personnes les plus
vulnérables au développement de l'arthrose vertébrale sont celles
exposées aux vibrations, travaillant dans un secteur d'activité
physiquement éprouvant comme les déménageurs par exemple. Les accidents
violents, l'obésité et le tabagisme peuvent être également des éléments
favorisant l'arthrose vertébrale, « sans oublier le
sport à outrance chez les jeunes enfants » précise Jean Dubousset.
Si l'arthrose vertébrale est un fait, en revanche
l'origine de la douleur n'est pas toujours évidente. Comme l'explique
Joël Menkès, « le diagnostic de l'arthrose vertébrale
est radiologique. Mais il n'y a pas de parallélisme entre les lésions et
la souffrance du malade. Souvent, le mal de dos n'est pas un problème
physiologique mais un problème de conflit personnel, psychologique. Il
est souvent très complexe d'apporter la solution à un patient pour
endiguer ses douleurs. »
Les espoirs de traitement, dans le cas d'arthrose vertébrale
douloureuse, se porteraient actuellement vers l'injection de substances
utilisées initialement pour traiter la polyarthrite rhumatoïde. Mais les
études restent expérimentales pour le moment.
Les scolioses
Les scolioses sont génératrices d'arthrose vertébrale.
En plus des déformations inesthétiques, les scolioses, qui s'étendent
dans la région lombaire, sont à l'origine de douleurs. Dans certains
cas, on observe même une dislocation de deux vertèbres entraînant un
désalignement et un déséquilibre de pressions à l'origine de phénomènes
arthrosiques.
 Scoliose
double sévère avancée
Il existe deux grandes catégories de scolioses :
La scoliose idiopathique de l'adulte
(SIA) : c'est une scoliose de l'enfance ou de l'adolescence. Elle peut
rester stable mais le plus souvent elle continue à évoluer à l'âge
adulte dans plus de deux-tiers des cas. Toute scoliose de l'adolescent
doit continuer à faire l'objet d'une surveillance clinique et
radiologique à l'âge adulte, avec une périodicité de 1 à 5 ans selon le
risque estimé.
La scoliose dégénérative (SD) liée à
l'arthrose lombaire, peut être l'aggravation d'une scoliose antérieure
ou une scoliose apparue à l'âge adulte. Elle commence vers la
cinquantaine, la ménopause semblant être la période critique. Elle est
lombaire ou thoracolombaire. Dans le cadre de la scoliose dégénérative,
une indication chirurgicale précoce peut être justifiée au vu de la
rapidité d'évolution. Mais Jean Dubousset et Joël Menkès restent
prudents quant à de possibles opérations.
« Du fait du vieillissement de la
population les scolioses évolutives de l'adulte constituent un problème
de santé publique d'importance croissante, et pour lequel les études
sont encore rares et les évidences scientifiques restreintes »
précise Joël Menkès. Le traitement médical reste l'utilisation raisonnée
des A.I.N.S. (anti-inflammatoires non stéroïdiens) et les infiltrations
de dérivés cortisoniques.
Radiculalgie, hernie discale,
lombalgie et sciatique : même combat !
Mise en pratique de la hernie discale : avec le temps,
le noyau gélatineux (intervertébral) a tendance à se dessécher, et donc à
moins bien répartir les forces qui s'exercent sur lui, à diminuer de
hauteur, l'espace intervertébral se pince. Dès lors, les fibres
concentriques de l'anneau, moins bien maintenues et soumises à des
contraintes en compression, ont tendance à se déchirer latéralement.
Dans certaines circonstances, lors de mouvements ou d'efforts violents,
des fragments du noyau peuvent s'introduire dans ces fissures,
éventuellement venir faire saillie en dehors de l'anneau : c'est la
classique hernie discale.
Bien que la hernie discale puisse toucher n'importe quelle région de
la colonne vertébrale, près de 95 % des hernies discales surviennent au
bas du dos. Dans ces cas, la hernie peut alors provoquer des douleurs
dans la région lombaire : une lombalgie. Si la hernie comprime l'une des
racines du nerf sciatique, elle peut s'accompagner de douleurs le long
d'une jambe : c'est la sciatique.
Plus tard, le noyau, continuant à se dessécher, se
fragmente et disparaît même ! Ceci explique que les hernies discales
s'observent surtout entre trente et cinquante ans, et soient beaucoup
plus rares ensuite.
Si l'on reste dans le domaine de la scoliose avec
désalignement de vertèbres, elle peut aboutir à une compression des
nerfs sortant par les foramens. Cette compression entraîne des douleurs
qui descendent plus ou moins bas : c'est la radiculalgie, dont la
sciatique fait partie.
 Différents
stades des affections des disques intervertébraux
La discarthrose (inflammation des
disques intervertébraux) et l'ostéophytose (fabrication d'une nappe
osseuse aux articulations)
Les facteurs favorisant la discarthrose lombaire sont
essentiellement les facteurs génétiques. La discarthrose lombaire se
définit par l'existence de trois lésions anatomiques : le pincement
discal, l'ostéocondensation des plateaux vertébraux, la présence
d'ostéophytes (fabrication d'une nappe osseuse). Elle est le plus
souvent évaluée sur des radiographies simples. La plus fréquente des
lésions de l'arthrose rachidienne est l'ostéophytose (prolifération
anormale de tissu osseux aux dépens de la membrane (périoste) recouvrant
les os, près d'articulations malades ou de surfaces osseuses
enflammées).
Son incidence augmente avec l'âge. Ainsi dans une série autopsique
de 4253 spécimens on notait des ostéophytes chez 60% des femmes et 80%
des hommes de 49 ans, 95% des sujets de 79 ans (quel que soit leur
sexe).
« Avec l'âge nous sommes presque tous touchés par
l'ostéophytose » résume Joël Menkès.
La sténose (rétrécissement) du
canal rachidien ou canal lombaire étroit
Vous avez des douleurs fessières ou des membres
inférieurs, avec ou sans lombalgies ? Vous souffrez peut-être de
sténose.
« Dans le cas de la sténose, le canal
est rétréci par l'épaississement des nerfs (conséquence du
vieillissement) et de la calcification des os. Tout ceci finit par
comprimer le canal rachidien, provoquant des douleurs dans le bas du
dos, aux cuisses, allant dans les cas extrêmes jusqu'à l'impossibilité
de contrôler sa vessie » explique Joël Menkès.
Le traitement conservateur du canal lombaire étroit reste très
empirique : les antalgiques de pallier 1 et 2 constituent la base du
traitement symptomatique. Les infiltrations péridurales et
péri-radiculaires sous contrôle radiologique ont un effet symptomatique à
court terme. Après un traitement conservateur suivi 2 à 10 ans, entre
20 et 40 % des patients nécessiteront une intervention chirurgicale.
Les traitements les plus adaptés à
ce jour
Dans le cas de signes neurologiques (c'est-à-dire la
compression d'un nerf), l'indication chirurgicale est recommandée. Mais
la chirurgie du rachis connaît de nombreux échecs, prévient Jean
Dubousset ; « des échecs qui ne sont pas toujours liés à
un problème technique, je vous rassure. Il faut s'attendre, malgré
l'opération à la possible persistance de douleurs chez les sujets âgés,
surtout pour une intervention sur un canal étroit ou la fixation d'une
scoliose ».
Pour le professeur Menkès, une anesthésie générale n'est jamais
anodine :« le syndrome confusionnel postopératoire pour
toute chirurgie chez le sujet âgé est une réalité ».
Ainsi la chirurgie demeure une voie intéressante et
porteuse de progrès. « Mais n'oublions pas l'importance
de la rééducation, de l'orthopédie et de l'administration de traitements
comme les anti-inflammatoires non stéroïdiens ». -------------------------------------------
Le professeur Jean Dubousset
est chirurgien orthopédique émérite à l'Hôpital Saint-Vincent-de-Paul à
Paris. Il est membre de l'Académie Nationale de Médecine et de la
Fondation Yves Cotrel.
Le professeur Joël Menkès
est ancien chef de service en rhumatologie à l'hôpital Cochin,
professeur émérite à l'université Paris V, fondateur de l'OARSI,
l'Association internationale pour l'étude de l'arthrose. Il est
également membre de l'Académie Nationale de Médecine. |
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| mercredi 21 avril 2010, a 09:45 |
| Cacao, vin et thé : les flavonoïdes, une cure de jouvence ? |
Cacao, vin, soja et fruits rouges : serait-ce la recette miracle pour
rester en bonne santé durablement ? « Oui ! » répondent les
industriels de l'agroalimentaire et de la cosmétique. « Rien n'est
certain » en revanche pour l'Académie de pharmacie. Quels sont les
effets avérés des pilules à base de ces flavonoïdes pour conserver une
éternelle jeunesse, lutter contre les effets de la ménopause ou prévenir
les risques cardiovasculaires ?
Depuis quelque temps, l'industrie de la cosmétique
communique sur les bienfaits des flavonoïdes aux propriétés
antioxydantes, pour limiter les effets du vieillissement. Crèmes et
pilules fleurissent dans les parapharmacies à base de cacao, de soja ou
issues des produits de la viticulture.
Ces flavonoïdes sont-ils de la DHEA [1] végétale ?
 Un verre de
vin rouge par jour semble faire partie des atouts pour rester en bonne
santé.
« Ce serait présomptueux de le présenter
ainsi » explique Jean-Claude Stoclet, membre de l'Académie
nationale de pharmacie.
« Cette question se réfère à une hypothèse : les
flavonoïdes sont très nombreux (plus de 300 identifiés dans
l'alimentation). Ils sont les principaux polyphénols avec des propriétés
antioxydantes. Les flavonoïdes seraient donc capables de capter les
radicaux libres dont on sait qu'ils provoquent des lésions cellulaires
liées au vieillissement ».
De par leurs propriétés antioxydantes les flavonoïdes
limiteraient et préviendraient également par extension un certain
nombre de pathologies associées au vieillissement …
Mais comme l'explique Jean-Claude Stoclet en préambule, « il ne s'agit que d'hypothèses ». « Il
n'y a pas d'évidence convaincante in vivo de ces propriétés
antioxydantes ». Les études démontrant des effets antioxydants sont
réalisées au niveau cellulaire (in vitro), dans des conditions éloignées
de l'organisme entier.
Résumons la situation : les industriels parlent d'un
acquis, l'Académie de pharmacie reste prudente quant aux potentiels
effets positifs des flavonoïdes.
« Nous avons souhaité mettre en garde contre un
enthousiasme prématuré qui conduit à proposer dès maintenant
l'utilisation de gélules enrichies en flavonoïdes sans vraiment savoir
ce qu'elles font et surtout sans réelle justification scientifique ».
 Manger un
carré de chocolat noir par jour pour lutter contre le vieillissement :
rien n'est prouvé, mais l'idée nous donne l'eau à la bouche !
Effets des flavonoïdes sur les
maladies cardiovasculaires : des corrélations
Faute de vérité scientifique, on observe cependant
certaines corrélations intéressantes entre flavonoïdes et maladies
cardiovasculaires.
Jean-Claude Stoclet l'explique : « On remarque que
les personnes buvant du thé et du vin rouge ont moins d'accidents
coronariens. Cela peut être la conséquence de ces deux habitudes
alimentaires ou la conséquence des habitudes sociales qui sont
associées. Pour en avoir la preuve, il faudrait réaliser une étude de
cohorte : imposer un régime particulier sur un nombre important
d'individus ; des essais lourds à mettre en œuvre, tolérables dans des
laps de temps courts. Or, les pathologies cardiovasculaires sont des
pathologies à très long terme, il faudrait des essais pendant des
années, sur des dizaines de milliers de volontaires ».
Ce que l'on sait en revanche, c'est que les flavonoïdes une fois
ingérés rencontrent d'abord les cellules endothéliales qui bordent le
sang dans tous les tissus. Ce sont ces cellules qui règlent le
fonctionnement cardiovasculaire.
D'autres effets positifs potentiels
Parmi les observations, on remarque une légère baisse de
la pression artérielle, toujours associée à l'endothélium. « Ces effets sont intéressants car ils s'observent à la
fois sur les sujets sains et ceux déjà touchés par un infarctus ou par
les effets du tabagisme » précise notre invité. Les flavonoïdes
auraient donc valeur de traitement préventif et curatif.
Les études restent en cours, mais ils pourraient
s'étendre à l'hyperglycémie (diabète gras, de type 2). « On
peut également citer des maladies à forte composante inflammatoire, car
les flavonoïdes ont la capacité d'induire l'expression des gènes
anti-inflammatoires. Dans ces maladies, on compte l'asthme, la bronchite
chronique obstructive, les maladies neurodégénératives (Parkinson et
maladie d'Alzheimer). Mais là aussi, les recherches sont en cours ».
La consommation des flavonoïdes :
une consommation raisonnée !
Quelles sont les quantités de flavonoïdes à ingérer pour
en ressentir les effets bénéfiques ?
Pour Jean-Claude Stoclet « la réponse est difficile
car nos connaissances sont insuffisantes. Dans notre alimentation
quotidienne, nous ingérons en moyenne 1,5 gramme de flavonoïdes. Or, les
données récentes suggèrent que notre organisme aurait besoin au minimum
de 30 à 50 milligrammes de flavonoïdes par jour. On trouve ces
quantités dans un carré de chocolat noir, dans un verre de vin et dans
une tasse de thé bien infusée ».
Aujourd'hui, avec les quelque 300 flavonoïdes
disponibles dans notre alimentation, les chercheurs pensent que les
effets bénéfiques seraient le résultat de l'association de plusieurs
substances.
Finalement, c'est une alimentation variée et modérée que
préconise Jean-Claude Stoclet : « N'oublions pas que
quand on prend du vin, on prend de l'alcool ! Et quand on prend du
chocolat, on avale des sucres et des graisses qui ont un effet inverse
sur la santé. Il est donc difficile de préconiser une alimentation sans
donner la limite de la consommation au-delà de laquelle les effets
négatifs deviennent plus importants que les effets souhaités ».
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| lundi 19 avril 2010, a 11:36 |
| Louis Braille : le jeune surdoué inventeur d’une écriture pour les aveugles |
 Louis Braille
Louis Braille perd la vue à l'âge de 5 ans, suite à un
malheureux accident deux ans plus tôt, et à une infection. Issu d'une
famille modeste, il a cependant la chance d'être encadré à l'école par
un instituteur et un abbé dans son village à proximité de Meaux, à
Coupvray. C'est grâce à eux qu'en 1819, à l'âge de 10 ans, il quitte ses
parents pour l'Institution royale des jeunes aveugles fondée par
Valentin Haüy. A l'école, il apprend à lire avec des lettres en relief auxquelles
Valentin Haüy reste attaché, lettres reconnues par le toucher mais dont
la reconnaissance impose une lenteur incompatible avec les exigences de
l'esprit.
A la même époque, on parle beaucoup du système d'écriture d'un
certain Charles Barbier de la Serre (1767-1841). Capitaine d'artillerie,
il a créé un mode d'« écriture nocturne » reconnaissable par un système
de douze points disposés sur deux colonnes et correspondant au gré de
leurs multiples combinaisons au son des voyelles ou des consonnes.
Barbier avait repris un système d'écriture qui existait déjà :
l'écriture punctiforme.
C'est ce procédé que cultive le jeune Louis Braille,
étudiant toutes les possibilités de « son picotage ».
L'idée révolutionnaire du jeune-homme consiste à
abandonner l'alphabet analogique et d'en créer un de toute pièce, par
symbole ! Précisons que Braille n'a pas inventé la combinaison des
points mais il a découvert leur disposition, celle qui convenait le
mieux à la perception tactile de l'écrit tout en permettant une lecture
globale.
Pour lui, le point ne représente plus la partie d'un
trait simulant le dessin d'un caractère alphabétique ordinaire. Il
s'efforce de discriminer au toucher les combinaisons de six points
répartis en deux colonnes et d'en sélectionner les symboles par
expérience, par tâtonnements, éliminant des alignements qui seraient
possibles mais illisibles à la pulpe du doigt.
Disposer les « points braille » dans une matrice de
taille convenable est pour lui fondamental. Il en résulte que pour
l'aveugle les symboles braille prennent valeur d'image, « une
image comparable au dessin des lettres alphabétiques appréhendées par
les voyants, sans pour autant entretenir avec ces dernières une
ressemblance formelle ».
Ce système est appliqué à tous les systèmes d'écriture
alphabétique et à toutes les langues. C'est en 1829 que l'Institut royal
publie le premier essai braille. Louis n'a alors que 20 ans. Mais
l'utilisation de sa méthode n'aura lieu que 25 ans plus tard, celle de
Valentin Haüy restant encore bien ancrée dans les esprits.
Les avantages de cette méthode :
la dimension des lettres braille tombe
parfaitement sous la pulpe des doigts
elle permet de former une image instantanément
sans mouvement du doigt
c'est un gain considérable dans la vitesse de
lecture
Louis Braille invente parallèlement des outils pour
communiquer en braille. Tout d'abord il créé une tablette et un poinçon
pour écrire facilement les lettres. Puis il invente une machine à écrire
braille, et le raphigraphe, précurseur
de l'imprimante à aiguille. Le raphigraphe a été utilisé pendant plus de
cinquante ans avant l'apparition de la machine à écrire. Louis Braille
écrit à sa famille grâce à cette machine.
Dès 1835, Louis Braille est atteint de tuberculose.
Celle-ci l'oblige à cesser ses cours. Il ne donne plus que des leçons de
musique. Il tient l'orgue de Saint-Nicolas-des-Champs et celui de
Saint-Vincent, mais ce ne sera qu'un répit. Il meurt à l'Institut, le 6
janvier 1852, à l'âge de 43 ans.
Deux ans plus tard, en 1854 la France reconnaît
officiellement son invention. En 1870, le braille est adapté à l'arabe,
au chinois, au japonais. De nos jours, il est universellement reconnu
comme le mode d'accès par excellence des personnes aveugles à la culture
écrite.
En 1952, 100 ans après sa mort, hommage lui est rendu : sa dépouille est
transférée au Panthéon. |
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| mardi 23 mars 2010, a 16:29 |
| qu'est-ce qu'une secte ? Essai de définition méthodologique par Philippe Sellier |
La notion de secte
est confuse et controversée. Aussi Philippe Sellier, professeur à
Paris-Sorbonne tente-t-il d'éclairer la définition par une approche
linguistique, sociologique et historique. Le mot, foncièrement neutre
dans l'Antiquité, a pris une connotation péjorative et a subi une telle
évolution que les définitions classiques de la sociologie, celle de
Weber notamment, ne sauraient aujourd'hui suffire. Quelle définition
donner désormais au mot "secte" ?
L'auteur, Philippe SELLIER, professeur émérite à Paris I- Sorbonne, commence par rappeler un certain nombre de faits divers tragiques qui,
depuis les années 80, ont marqué l'actualité (suicides en Guyanne de la
secte Temple du peuple de Jim Jones, attentats au Japon, condamnations
de 9 membres de la Scientologie, etc). Ces événements ont conduit le
gouvernement français à se pencher sur le sujet (Rapport Vivien en 85,
liste controversée de la mission ministérielle MILS 1999-2001,
instauration de la MIVILUDES en 2002, rapport Fenech). L'Eglise
catholique, elle-même, s'est interrogée sur le phénomène des sectes,
comme nouveaux mouvements religieux générant un défi pastoral. La secte,
désormais, apparait comme un fléau social. Mais quelle définition lui
donner ? Tout le monde l'utilise, même les juristes, sans qu'aucune
définition juridique n'existe... La confusion règne donc.
 Philippe
Sellier avec en arrière-plan Yvon Gattaz et Michel Pébereau
Dans l'Antiquité
Philippe Sellier a choisi l'approche linguistique et
historique.
Le terme secte, dans son sens le plus ancien,
vient de latin sequi, secutus, c'est-à-dire suivre.
Platon l'utilise, Aristote aussi et, quant à Cicéron, il désigne par ce
mot une école de pensée dont les élèves suivent les enseignements d'un
maître. Sans nuance d'opprobre. Le mot était neutre. Pascal l'utilise
encore en ce sens, Furetière aussi, et l'Abbé Grégoire. On a ainsi parlé
de la secte de Kant.
Cette définition nous a laissé en héritage la notion d'un maître. Et ce
n'est que récemment qu'elle est devenue péjorative.
Au Moyen Âge
Puis le mot secte a évoqué une rupture.
Déjà aux premiers siècles du christianisme. Ceux qui suivaient le Christ
rompaient avec les usages de l'Empire romain. Et c'est ainsi qu'au
Moyen Âge, on a donné une nouvelle étymologie au mot secte qui serait
venu de secare, couper, retrancher, d'où la
conception négative dont le sillage est durable.
La secte est devenue un groupe fermé dont les adeptes sont en rupture
avec l'environnement.
L'apport de la sociologie
- Weber a donné au mot une définition sociologique, sans
s'interroger sur les croyances mais uniquement en tentant d'instaurer un
ordre dans un foisonnement de groupes (uniquement chrétiens, car il
n'aborde pas les autres). Il faut dire que la prolifération des églises
protestantes l'incitait à une telle approche. Pour Weber, la secte doit
renoncer à l'universalité puisque les membres, croyants, ont choisi
d'être des "élus". Il n'y a pas de ministère ordonné, pas de médiateur,
pas de théologien. La pureté exige le repli, la coupure d'avec le monde
extérieur.
Philippe Sellier propose ici d'examiner cette typologie
sociologique et lui adresse quelques reproches, notamment sur le fait
que la notion de "gourou" est totalement passée sous silence (Weber
était surtout frappé par les Baptistes américains) ; et que la notion de
"victime" n'est même pas évoquée.
Aujourd'hui
L'évolution est tellement importante qu'aucun des trois
sens évoqués plus haut ne saurait convenir pour définir la secte.
Philippe Sellier a tenté une petite expérience : consulter le
dictionnaire Le Robert.
en 1977, (avant Guyanna) : la secte est un
"groupement de gens qui se retrouvent autour d'une même doctrine", c'est
un groupe "dissident".
en 2000, la secte est devenue "une communauté
fermée avec un ou des maîtres au pouvoir absolu sur les membres".
On voit l'évolution.
Faut-il aujourd'hui distinguer entre un réformateur et un
gourou ?
Faut-il rejoindre, pour différencier églises et sectes, les critères
donnés par le Conseil Œcuménique des Églises (qui reconnait 342
dénominations chrétiennes) : toute la Bible mais rien qu'elle,
l'adoption du credo de Nicée, et la taille, 50.000 membres au moins ? (
Sachant que les Baptistes, aujourd'hui plus de 125 millions aux États
Unis, ne sauraient donc plus être qualifiés de "secte", pas plus que
l'Armée du Salut, qui est désormais considérée comme une Église).
Que peut faire l'État ?
Sûrement pas juger des croyances. Il ne peut qu'adopter des critères de
dangerosité pour l'individu ou pour l'ordre public.
La MIVILUDES, renonçant à trouver une définition de la secte, se
trouve donc aujourd'hui confrontée aux critères (déstabilisation
mentale, demande financière exorbitante, rupture familiale,
embrigadement, non respect des conventions internationales, entre
autres). La MIVILUDES, Mission interministérielle de vigilance et de
lutte contre les dérives sectaires, faute de définition des noms, se
contente d'inventorier ce que l'opinion appelle secte. Mais elle a
l'avantage (par rapport à la précédente commission MILS), d'entendre en
audition les groupes concernés et de faire figurer leur défense dans ses
compte-rendus. Elle abandonne également l'idée de dresser des listes
qui ont l'inconvénient d'immobiliser des mouvements par essence
mouvants.
On ne parle d'ailleurs plus de secte mais de "dérives sectaires" constate l'intervenant.
Cependant, le qualificatif "sectaire" n'a pas le sens de rupture mais
celui de rigidité, d'intolérance. Il ne convient donc guère...
Nombreux sont ceux qui pensent que le
Code pénal est suffisant (André Damien, de l'Académie des
sciences morales et politiques, a d'ailleurs qualifié les innombrables
initiatives voulant à tout prix inventer de nouvelles lois de
"gesticulation inutile").
Philippe Sellier note encore une évolution toute
récente : non seulement la secte présente des critères comme
l'hypertrophie du maître, le retrait et la coupure des membres, etc,
mais aujourd'hui s'y ajoutent les puissances du sexe et de l'argent. Le
religieux n'est plus qu'un badigeon... Et de rappeler la définition de
Marcel Gauchet : la secte est "la pathologie d'une société
individualiste".
Philippe Sellier est un professeur émérite de Lettres de
l'Université Paris-IV Sorbonne. Il est considéré comme l'un des
meilleurs spécialistes du jansénisme.
Pour en savoir plus consulter le site de la
MIVILUDES
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| lundi 15 mars 2010, a 09:48 |
| Histoire de la glaciologie... |
Frédérique Rémy
revient sur les étapes clés de la connaissance des glaces de Pythéas en –
330 avant J.-C jusqu'à nos jours. Depuis l'Antiquité grecque, en effet,
et jusqu'à nos jours, l'eau sous toute ses formes et notamment solide a
suscité des interrogations de la part de philosophes, physiciens,
géographes, climatologues et plus tard, des marins et des explorateurs.
La
glaciologie est un terme assez tardif. On commence à le trouver dans
certains manuels dans les années1860 et fait son entrée officielle dans
le dictionnaire en 1890.
La glaciologie est définie comme l'étude des glaciers dans le Larousse
universel de 1922.
Depuis, c'est l'étude de la glace naturelle sous toutes ses formes :
neige, glace de glacier, de rivière, de lac, de mer, et glace dans le
sol.
En revanche le mot « climat » est beaucoup plus ancien.
Les Grecs avaient compris que la terre était ronde et que le climat
dépendait du « climat » au sens grec du terme, c'est-à-dire
l'inclinaison du soleil et de la latitude. Climat signifie initialement
« le lieu où l'on est ». Ce n'est qu'à partir de Strabon que l'on
emploie le mot « climat » dans les deux sens.
Le grec Pythéas et le romain
Hannibal : l'expérience de la glace et de la neige
Les Grecs ne font pas de grandes découvertes en
glaciologie, mais dès qu'ils comprennent que la terre est ronde, ils
veulent vérifier que la durée du jour dépend de la latitude. Pythéas
part plein nord et vérifie que la durée de la nuit diminue l'été. Nous
sommes alors en -340 avant J.-C.
Il découvre une mer gélatineuse qui empêche de marcher et de
naviguer, la première description historique des glaces de mer ! Revenu
de son périple, personne ne le croit.
Un peu plus tard, le grand militaire Hannibal traverse
les Alpes avec ses armées, et provoque une avalanche qui emporte la
grande majorité de ses hommes et des éléphants. La légende dit que fort
de ce tragique événement, Hannibal apprit à observer la stratification
de la neige et à sonder la neige avant de passer.
XVIIe siècle : les prémices de la
glaciologie
Opérons un bond dans le temps pour arriver au XVIIe
siècle.En 1611, Johannes Kepler décrit le flocon de neige. Sa symétrie à
6 branches le passionne, et passionne également les astronomes comme
Jean-Dominique Cassini.
Côté glace, le philosophe René réalise des expériences avec des
anguilles. Il associe l'augmentation de la densité de l'eau transformée
en glace aux anguilles qui une fois séchées, gonflent de volume.
Une des questions que les scientifiques se posent à
cette époque est la suivante : Pourquoi la glace flotte-t-elle ? Galilée
s'interroge. Il est en effet très rare qu'un solide flotte sur son
liquide.
La réponse à donner est plus difficile qu'il n'y paraît.
Mais il peut curieusement expliquer pourquoi la vie n'a pas été anéantie
pendant les grandes périodes de glaciation. En effet, si la glace
coulait et gelait le fond des océans jusqu'en surface, le dégel aurait
été très lent. Heureusement, la glace restant en surface et étant un
très bon isolant thermique, elle protège la vie aquatique.
XVIIIe siècle et XIXe siècle :
l'exploration des glaciers et de l'Antarctique
C'est au XVIIIe siècle qu'on observe une véritable
émulation pour la glace, qu'elle soit de mer ou sur les glaciers. La
peur de la montagne s'érode (le Mont-Blanc était appelé le Mont Maudit)
et les crétins des Pyrénées font l'objet de recherches par Ramond de la
Carbonnière, savant des Lumières.
On s'intéresse notamment aux curieuses moraines,
d'immenses blocs de roche qui semblent surgir au milieu de nulle part,
dans un pré nu de toute pierre de préférence ! Plusieurs hypothèses sont
formulées, notamment l'hypothèse de l'explosion et du déluge. Mais
c'est Charpentier au XIXe siècle qui comprend que ce sont d'immenses
glaciations qui ont poussé ses roches dans les vallées, très loin des
glaciers restant à l'heure actuelle.
Premier mystère résolu, reste à résoudre le suivant :
qu'est-ce qui peut expliquer cette immense glaciation ? Très vite deux
hypothèses entrent en concurrence (et sont toujours d'actualité) : celle
de l'effet de serre et celle de l'orbite terrestre.
Charpentier ne se contente pas de la théorie. Il se
décide à faire l'ascension du Mont-Blanc pour mieux comprendre les
mouvements des glaciers et de leur écoulement. Parmi tout le matériel
qu'il emporte, on trouve un cyanomètre (outil de sa propre invention)
qui lui permet de peindre la couleur du ciel tel qu'il le voit. Son fils
est au pied du glacier avec le même outil. En comparant leurs peintures
Charpentier et son fils démontrent pour la première fois l'impact de
l'atmosphère sur la couleur du ciel.
Le XIXe siècle voit aussi éclore trois « Révolutions »
aux yeux des glaciologues :
la parution de la théorie de Louis Agassiz sur
les grandes glaciations
Dumont d'Urville découvre l'Antarctique
le chanoine Rendu qui emploie le terme de
viscosité ainsi que celui de solide visqueux pour la glace qui s'écoule
et qui se déforme.
Enfin dès 1824, Joseph Fourrier émet l'hypothèse que les
émissions de gaz à effet de serre émises par l'homme sont propres à
modifier les conditions climatiques.
Comment expliquer que l'eau de mer
gèle moins vite que l'eau douce ?
Quand l'eau douce se refroidit, elle gonfle car sa
densité est moins forte. L'eau pure en contact avec l'atmosphère se
refroidit de plus en plus vite.
En revanche, quand l'eau salée commence à se refroidir, elle gagne
en densité et elle plonge. Il faut donc attendre que les premiers mètres
soient bien refroidis pour que l'eau salée gèle. C'est une des raisons
de la fragilité des glaces de mer : elles mettent 6 mois à se former
mais trois mois à fondre.
Pourquoi observe-t-on une fonte des
glaces de l'Arctique mais pas de l'Antarctique ?
« Le Pôle Nord est un océan gelé, mais
le Pôle Sud lui est un continent gelé .
Les glaces de l'Arctique se réchauffent par le dessous (réchauffement de
l'eau) et par le dessus (réchauffement de l'atmosphère). On observe une
perte de glace d'année en année. Entre les années 85 et maintenant, 2
millions de km2 de glace ont fondu, soit 4 fois la France » explique
Frédérique Remy.
Le Pôle Sud est pour sa part beaucoup mieux isolé, on
observe une fonte seulement des pointes de l'Antarctique.
Concernant le réchauffement climatique, Frédérique Rémy
ne raisonne pas en terme d'espoir ou angoisse : « Il n'y
a pas d'évolution sans révolution. Il est possible que cela se passe
mal, mais heureusement nous commençons à avoir conscience de baisser nos
émissions de gaz à effet de serre. Le Giec ne veut pas dépasser 2e
degrés d'augmentation de manière à ne pas changer le régime
climatique ; Il est vrai qu'au-delà, cela poserait de gros problèmes. Je
fais partie des chercheurs pour qui il est plus important de s'adresser
au public qu'aux politiques ».
Si vous vous demandez encore à quoi peut bien servir la
glaciologie, Frédérique Rémy vous répondra sans détour que « plus d'un milliard d'hommes dépendent des ressources en
eau des glaciers, et les glaces de l'Arctique jouent un rôle crucial
dans l'avenir de notre planète. Les glaces ont un rôle double :
préserver une certaine harmonie sur la planète Terre, tout en étant les
boîtes noires de la terre ». La glaciologie permet de mieux
comprendre les mécanismes de notre terre pour mieux la préserver.
 Frédérique
Remy
Frédérique Remy est
spécialiste des zones polaires, directeur de recherche au CNRS,
responsable de l'équipe « cryopshère » à l'Observatoire Midi-Pyrénées.
Elle est l'auteur de plusieurs ouvrages, notamment Histoire
de la glaciologie, paru en 2007 aux éditions Vuibert et Histoire des pôles mythes et réalités polaires aux
éditions Desjonquères paru en 2009.
En savoir plus : Frédérique Rémy, Histoire
de la glaciologie, éditions Vuibert, 2007
Histoire des pôles mythes et
réalités polaires XVIIe et XVIIIe siècle, éditions Desjonquères,
2010
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| mercredi 03 mars 2010, a 12:29 |
| Berlin - Les offensives géantes de l’Armée Rouge (12 janvier – 9 mai 1945) |
Un pan majeur de l'histoire militaire soviétique présenté par Jean Lopez, spécialiste du conflit germano-soviétique.
Dans son ouvrage Berlin, les offensives géantes de l'Armée Rouge (12 janvier – 9 mai 1945),
Jean Lopez se livre à l'analyse des grandes offensives de l'Armée Rouge
qui aboutirent à la reddition de Berlin, le 2 mai 1945. Longtemps
obscurcie par la propagande issue de la guerre froide, la pensée
militaire de l'armée russe est ici enfin révélée. On découvre ainsi que
les soviétiques furent les inventeurs de l'art opératif, véritable
révolution stratégique que l'ouest mettra plus d'un demi-siècle à
adopter !
La campagne Vistule-Oder : une lutte inégale
Tout commence le 12 janvier 1945. Il s'agit de l'assaut
final visant à achever le Reich. Pour arriver à leur but, les
soviétiques ne lésinent pas sur les moyens. Le rapport de forces leur
est largement favorable. Sur le front est, les Allemands disposent
d'environ 500 000 hommes et d'à peine 1000 chars lorsque les deux
« fronts » de Joukov et Koniev capitalisent plus de deux millions
d'hommes et plus de 6000 chars. L'offensive débute sur la Vistule entre
Varsovie et Cracovie, le but étant d'atteindre l'Oder et d'obtenir les
conditions favorables pour asséner l'ultime coup sur Berlin. Les russes
se sont fixé 45 jours pour prendre Berlin.
En trois jours, la défense allemande sur la Vistule est
éventrée. Les "Fronts" de Joukov et de Koniev progressent de 300 à 600
kilomètres en dix-sept jours. L'opération Vistule-Oder est un succès
énorme pour l'Armée Rouge, qui fait un sans-faute. La Ostheer est
détruite à 75%, les pertes allemandes sont considérables. Les Russes
sont à 65 kilomètres de Berlin. Que vont-ils faire ? Foncer sur Berlin
ou renforcer leur position en Pologne par la conquête de nouveaux
territoires ? Il faut préciser que cette question se pose alors qu'à
Yalta, Churchill et Roosevelt remettent en cause la fixation de la
frontière orientale de la Pologne. Staline,
irrité, choisit alors de s'emparer du maximum de gages territoriaux.
Voilà une des raisons qui l'amènent à porter la bataille en Prusse
orientale et en Poméranie mais aussi en Silésie. Or, il faudra de
longues semaines pour conquérir ces régions.
Pourquoi ces difficultés ? Tout d'abord, les
soviétiques s'engagent dans une conquête plus importante avec moins de
moyens mais surtout ils se heurtent à deux problèmes. Le premier
constitue la faiblesse majeure de l'Armée Rouge : il s'agit de la dissolution morale de la troupe,
une fois la frontière allemande franchie. On ne peut pas se battre,
violer, piller et saccager en même temps. Le second problème est
d'ordre logistique. Les Allemands détruisent ou occupent les principaux
carrefours ferroviaires. Les Russes n'ont plus d'obus, de carburant… À
ces deux raisons, il faut ajouter une résistance allemande surprenante
renforcée par un sursaut exceptionnel de la Luftwaffe. Il ne s'agit là
que d'obstacles retardant le succès de l'Armée Rouge, inévitable par
les moyens engagés et l'état de décomposition de la Wehrmacht.
L'opération Prusse-Orientale
La
conquête de la Prusse-orientale s'avère particulièrement atroce. La
bataille de Königsberg, le 5 avril, illustre la violence et
l'inhumanité de cette campagne. Les Russes engagent des moyens
disproportionnés pour prendre cette ville de 372 000 habitants. Ils
prévoient pas moins de deux armées aériennes, deux corps de
chasseurs-bombardiers, soit au total près de 2500 appareils. Le 6
avril, les bombardements transforment la ville en mouroir de masse.
Malgré une tentative de résistance, la ville est prise le 9 avril. Il
s'agit du pire exemple de crémation complète et réfléchie. Le bilan de
l'opération Prusse-Orientale est lourd. Les Russes ont réussi à
détruire deux armées allemandes mais au prix de 200 000 tués et autant
de prisonniers. Les pillages et bombardements laissent une contrée
ruinée et vidée à 90% de sa population. Quant aux pertes soviétiques,
elles aussi sont lourdes : plus de 126 000 tués, plus de 400 000
blessés, plus de 3500 chars détruits…
La course pour Berlin
Le
« nettoyage des ailes » (Poméranie, Silésie, Prusse-Orientale) a
quelque peu détourné les soviétiques de leur but initial qu'était
Berlin. Alors que leurs forces sont encore éparpillées, les alliés
franchissent le Rhin… Staline se sent menacé : les alliés ne vont-ils
pas chercher à prendre Berlin les premiers ? Dès lors, Berlin redevient
l'objectif suprême. Staline est prêt à tout pour arriver à ses fins. Il
met en ligne trois fronts et n'hésite pas à jouer de la concurrence
entre ses maréchaux, Koniev et Joukov : c'est à qui arrivera le premier !
L'opération
Berlin se déroule en deux temps : la bataille pour Berlin puis la prise
de la ville en elle-même. Les combats débutent le 16 avril, sur les
hauteurs de Seelow. Cette bataille manque de tourner au fiasco, faute
de préparation et d'information. Joukov a largement sous-estimé la
résistance de la 9e armée allemande. Il faut dire que le sursaut
allemand est remarquable. Malgré l'état de décomposition avancé du
Reich, il arrive à mettre près d'un million d'hommes sur l'Oder et la
Neisse. Ces hommes sont peu préparés mais assez bien équipés et
permettent ainsi aux Allemands d'organiser une vraie défense. Se
sachant perdus, leur but est de forcer les Russes à une coûteuse
bataille d'attrition. Ils réussissent. L'avancée russe n'est pas aussi
rapide que prévue et les pertes sont énormes (plus de 12000 tués en
quatre jours).
Finalement, le 20 avril, les troupes soviétiques sont aux abords de Berlin. Sokolovsky
arrive par le nord, et Koniev (qui venait de disperser le groupe
d'armées du Centre) par le sud. Le 21 avril, la ville est complètement
encerclée. Quant à Hitler, il se réfugie
dans son bunker situé dans les jardins de la Chancellerie. Les forces
allemandes à Berlin se résument à 300 000 soldats, mal équipés, ne
disposant d'aucun engin lourd et de peu de munitions. Les renforts tant
attendus n'arriveront jamais, car toutes les armées allemandes sont
encerclées en différents points du front. Les combats dans la ville
sont difficiles : les soldats allemands se battent pour chaque rue,
chaque immeuble, chaque maison, avec acharnement. L'entrée en action de
l'artillerie, des blindés et de l'aviation soviétique rend la
résistance allemande vaine. Le 26, les russes prennent l'aéroport de
Tempelhof, ce qui prive les troupes allemandes du peu de soutient que
la Luftwaffe pouvait encore leur apporter. Le 30 avril 1945, Hitler et
sa jeune épouse, Eva Braun, se
suicident. Cette nouvelle n'ébranle pas les Berlinois qui continuent à
défendre leur ville. Le soir même, les soldats de l'Armée rouge
s'emparent du Reichstag et y plantent le drapeau soviétique. Le 1er mai
1945, le général Weidling (commandant de
la garnison de Berlin) n'a plus d'autre choix que de capituler. Deux
jours de combats sont toutefois encore nécessaires pour vaincre les
dernières résistances.
L'opération Berlin est une des plus sanglantes de la
guerre. On estime à un demi-million le nombre de tués, militaires et
civils, pour l'ensemble de l'opération.
Que retenir de ces épisodes sanglants ?
Tout
d'abord, l'ensemble de ces dernières opérations était-il vraiment
nécessaire ? Oui, dans la mesure où Hitler a imposé l'anéantissement
complet d'un des protagonistes pour arrêter la guerre. On peut donc
estimer que la volonté d'Hitler est la cause de cette prolongation
inutile. Mais Hitler est-il le seul responsable ? Non. Et c'est là un
des enseignements majeurs du livre de Jean Lopez : les chefs de la Wehrmacht sont coresponsables. L'auteur de Berlin
insiste sur leur faillite morale et professionnelle : « Aveuglés par un
complexe de supériorité délirant, les chefs de la Wehrmacht se sont
montrés incapables de protéger leur peuple, incapables de mettre fin à
la guerre, comme ils se sont montrés incapables de rivaliser avec la
pensée stratégico-opérative des soviétiques ». C'est là, le second
point majeur mis en exergue par Jean Lopez : inventeurs de l'art opératif,
les soviétiques sont de bons militaires. Leur victoire n'est pas le
seul résultat de leur supériorité numérique, mais le fruit d'une pensée
militaire en avance de cinquante ans sur le reste du monde. En effet,
cette offensive géante de l'Armée rouge représente le modèle
quasi-parfait de la « bataille en profondeur » théorisée par les
soviétiques dès les années 1930 et mise en application pour la première
fois.
Présentation de l'éditeur

Dans
ce livre, Jean Lopez décrit et analyse en détail les offensives géantes
menées par l'Armée rouge en 1945 : l'Opération Vistule-Oder, la
conquête de la Prusse-Orientale, de la Poméranie, de Dantzig et de la
Silésie, puis la dernière charge, de l'Oder vers l'Elbe en passant par
Berlin. Au moins deux éléments nouveaux apparaissent. D'une part, la
Wehrmacht n'est pas aussi diminuée qu'on l'a dit : les combats sont
acharnés comme jamais et, quasiment jusqu'au bout, surgissent des
unités nouvelles. D'autre part, la performance des Soviétiques, entre
Vistule et Oder, égale par ses qualités techniques et
organisationnelles celle réalisée par les Allemands durant l'été 1941.
L'intérêt
majeur de ce livre réside en ce que, pour la première fois en français,
l'art opératif soviétique est expliqué de façon accessible, son
application exposée concrètement dans la conception et le déroulement
des batailles, que l'on suit à l'aide de 55 cartes et schémas.
Ce Berlin
est indispensable à qui veut comprendre pourquoi et comment les
inventions doctrinales de l'Armée rouge serviront à revivifier la
pensée militaire occidentale, des années 1980 à nos jours. Aux amateurs
d'histoire-bataille, il offre une plongée au coeur d'un des plus grands
déchaînements de violence de toute l'histoire humaine, de la prise
apocalyptique de Königsberg aux furieux assauts sur l'Oder, du sanglant
chaudron de Halbe aux combats de rues dans la capitale du Reich.
D'étonnants épisodes militaires, comme l'anabase du XXIVe Panzerkorps,
l'offensive allemande vers Lauban ou l'opération Sonnenwende, sont
aussi exposés pour la première fois en français avec ce degré de détail.
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| lundi 01 mars 2010, a 16:42 |
| Retraite : un futur sans avenir ? |
La réforme des retraites revient en force dans l'agenda politique et
devrait être l'un des grands débats de l'année 2010. Le sujet est
pourtant périlleux et Philippe Jurgensen explique ici pourquoi en
fournissant quelques données essentielles : financières,
démographiques, économiques, et en évoquant les remèdes de fond, tous
désagréables, mais indispensables !
On se souvient du propos de Michel Rocard, il y a vingt
ans déjà, selon lequel il y a là de quoi faire sauter cinq ou six
gouvernements. De fait, plusieurs trains de réformes se sont déjà
succédés sur ce sujet, de la réforme Balladur à la loi Fillon, et
dernièrement, à la révision – largement en trompe-l'œil, il est vrai –
des régimes spéciaux.
Philippe Jurgensen
Professeur d'économie à l'IEP de Paris, président de la Commission de Contrôle des Assurances et Mutuelles
Pourquoi donc y revenir ?
Ce n'est, on s'en doute, pas par masochisme politique
mais bien parce que le sujet est incontournable : le déficit annoncé
initialement pour 2020 par le Conseil d'Orientation des Retraites
– dont le nouveau rapport vient de sortir -, sera atteint dès 2012 ; il
égalera cette année 11 Mds d'€ pour la Sécurité Sociale, et 25 Mds pour
l'ensemble des régimes de pensions. Au-delà de cette impasse
financière, les réalités démographiques imposent un constat simple : on
ne pourra pas maintenir un niveau convenable de retraite, alors que la
durée de vie s'allonge, si nous n'acceptons pas de travailler plus
longtemps.
Commençons
par le rappel des faits : en France, comme dans tous les pays
industrialisés, mais aussi désormais dans de grands pays émergents
comme la Chine, le vieillissement de la population
s'accentue. Cette évolution est due autant à une natalité trop faible
(il n'y a pas assez de jeunes pour remplacer les actifs atteignant
l'âge de la retraite), qu'à l'allongement de la durée de vie moyenne de
chacun : on sait que nous gagnons chaque année presque un trimestre de
vie en plus, ce qui est heureux en soi, mais les conséquences sur les
retraites n'en on pas été tirées. Depuis l'époque où l'âge légal de
départ à la retraite a été fixé à 60 ans, nous avons gagné 7 ans
d'espérance de vie et pouvons donc profiter en moyenne d'une retraite
pendant sept années supplémentaires. Pour le dire autrement,
l'équivalent de la retraite à 60 ans de 1982 serait aujourd'hui une
retraite à 67 ans !
Quelques chiffres : au
niveau de l'Union Européenne, la part des moins de quinze ans dans la
population, déjà faible, a reculé de 2 points au cours des dix
dernières années (15,7 % au lieu de 17,7 %), tandis que celle des
personnes âgées de 65 ans et plus augmentait parallèlement de près de
deux points (17 % au lieu de 15,3 %).
En France, la situation est légèrement meilleure, les moins de quinze
ans représentant encore 18,5 % de la population contre 16,4 % pour les
65 ans et plus ; mais la tendance est la même. Le nombre des plus de 60
ans – retraités potentiels – a augmenté de moitié depuis la fixation de
l'âge de retraite à ce niveau ; nous sommes aujourd'hui (j'en fais
partie !) 14 millions et demi.
Si l'on prend en compte d'un côté la tendance, bonne
par elle-même, à l'allongement des études et de la formation initiale,
et, de l'autre côté l'allongement de la vie en retraite, on constatera
qu'une personne qui entrerait sur le marché du travail à 25 ans pour le
quitter à l'âge légal de 60 ans aura en gros travaillé 35 ans pour être
financée par les actifs pendant 45 ans ! Il est clair qu'une telle
situation est difficilement tenable. Elle se traduit d'ailleurs par une
baisse inexorable du ratio technique qui exprime le mieux la situation,
à savoir : le nombre de cotisants par retraité.
Ce ratio, dit de « dépendance démographique », est en chute libre. Il
était de quatre en 1960, de moins de deux aujourd'hui (1,8 exactement)
et tombera à un et demi d'ici dix ans et aussi bas que 1,2 d'ici le
milieu de ce siècle si rien ne change.
Il faut bien comprendre que ces évolutions
structurelles sont largement indépendantes de la conjoncture. Bien sûr,
il est très regrettable que la crise et le chômage ajoutent leurs
effets à cette situation en réduisant le nombre d'actifs cotisant à
plein. Mais même avec des hypothèses optimistes de retour à la
croissance et au plein emploi, comme celles qu'envisageait naguère le
COR, le problème n'est que faiblement atténué.
Il faut donc adopter des remèdes de fond : tous sont désagréables à considérer ; un seul est véritablement efficace.
1 - La première réponse serait une réduction du niveau des retraites.
Il est vrai qu'au fil des ans ce niveau s'est bien amélioré et que les
« revenus de remplacement », comme le disent les techniciens,
représentent aujourd'hui une part plus élevée des salaires d'activité
que ce n'était le cas il y a quelques décennies. Les retraités ne sont
plus systématiquement paupérisés ; c'est un progrès social dont il faut
se réjouir ; mais il a évidemment un coût. Aujourd'hui, sur une masse
salariale totale d'environ 400 Mds d'€uros en France, les
cotisations-retraite, obligatoires et facultatives, en prélèvent près
du tiers. Il est certainement politiquement difficile de baisser le
niveau des pensions. Le Président de la République a d'ailleurs exclu
d'emblée cette piste des travaux qui vont être menés. Cependant, il
faut savoir qu'elle est en réalité discrètement appliquée depuis des
années par les gestionnaires des régimes de retraites : en effet,
celles-ci sont désormais calées sur l'indice des prix – ce qui préserve
au moins le pouvoir d'achat des retraités – mais non sur le niveau des
salaires, ce qui ne les fait pas participer aux progrès de productivité
qui permettent d'améliorer le niveau de vie des salariés. Ce système
devra sans doute être généralisé là où il ne s'applique pas encore.
Mais il est difficile d'aller au-delà.
2 - La deuxième piste serait le relèvement des cotisations.
Elle a souvent – trop souvent peut-être – été utilisée dans le passé :
un Français né en 1930 a cotisé en moyenne au taux de 11,6 % (part
employeur incluse). Né en 1940, il a cotisé en moyenne 16 % alors que
le taux actuel des prélèvements pour l'assurance-vieillesse dépasse 25
%. Mais cette piste trouve ses limites dans les problèmes de
compétitivité auxquels sont déjà confrontés nos entreprises ; ils se
traduisent malheureusement en termes de délocalisations, et donc de
perte d'emplois en France, ainsi que de déficit de nos échanges
extérieurs (qui pèsent à la fois sur l'emploi et sur la croissance).
Les partenaires sociaux semblent s'apprêter à réclamer de nouvelles
hausses des cotisations. Il serait pourtant déraisonnable, à mon sens,
d'ajouter encore à un niveau de charges sociales et de prélèvements
obligatoires qui est déjà parmi les plus élevés du monde.
Rappelons-nous que le taux de transferts publics français représente
déjà plus de la moitié de la richesse nationale = 56 %, un niveau qui
n'est dépassé que par un ou deux pays dans le monde.
3 - J'en arrive à la seule véritable solution : travailler plus longtemps, c'est-à-dire retarder l'âge effectif de départ à la retraite
. Je rappelle que le taux d'emploi des 60 à 64 ans est en France parmi
les plus faibles du monde : 16 % seulement (un sur six) sont au
travail, contre 30 % en moyenne européenne. Or il faut bien comprendre
qu'une population active plus nombreuse n'est pas une charge mais un
atout pour un pays. Comme le disait si bien, il y a quelques siècles,
le philosophe Jean Bodin : « Il n'est de richesse que d'hommes ».
N'est-il pas regrettable de voir des personnes riches d'expérience et
en pleine santé quitter la vie active alors qu'ils seraient très utiles
au pays en poursuivant leur travail ? Pour prendre un exemple concret,
nous allons voir notre industrie nucléaire civile affaiblie par des
départs massifs à la retraite, alors même que nous peinons à fournir la
demande électrique dans les périodes de pointe, et qu'il va falloir
relancer les investissements. On peut faire des constats analogues par
exemple pour le corps enseignant ou pour le personnel hospitalier.
Bien entendu, il faut distinguer selon les situations,
et notamment tenir compte de l'âge auquel le salarié a débuté son
activité et de la pénibilité de son travail. Il est légitime qu'un
mineur, un chauffeur routier, un pêcheur, etc. puissent partir plus tôt
que d'autres ; et il est normal de ne pas appliquer un âge couperet
pour tous, mais de raisonner plutôt en terme de durée de cotisations.
C'est bien sur ce point qu'il faut agir ; la durée normale de
cotisations a été portée à quarante ans pour tous montera à quarante et
un ans d'ici 2012. Il est inévitable qu'elle soit allongée
progressivement, non pas d'une seule mais de plusieurs années.
Inévitable aussi qu'un certain nombre d'avantages annexes comme
l'attribution de points de retraite gratuits soient sérieusement
révisés, car leur charge représente à elle seule un cinquième de la
dépense totale.
Peut-on s'en contenter et ne pas toucher à l'âge légal de la retraite,
fixé à soixante ans depuis une génération, qui a pris l'allure d'un
tabou ?
Je ne le crois pas – précisément parce qu'il s'agit d'un symbole et
qu'il est important de faire comprendre à l'opinion publique que l'âge
normal de départ, sauf circonstance particulière, est plutôt de 62, 63
et même 65 ans.
Rappelons deux faits :
D'une part, l'âge légal de départ à la retraite
est déjà fixé à 65 ans chez tous nos grands voisins de l'Union
Européenne : Allemagne, Royaume-Uni, Italie pour les hommes, Espagne.
Le gouvernement (socialiste) de ce dernier pays propose même de le
porter à 67 ans, comme dans certains pays scandinaves ;
D'autre
part, la tendance regrettable des entreprises à se débarrasser de leurs
salariés les plus proches de 60 ans, par exemple par des préretraites,
fait qu'actuellement à peine plus du tiers des Français âgés de 55 à 65
ans est au travail (38 %, contre 45 % en moyenne européenne). Un tel gaspillage humain n'est pas supportable dans la durée pour notre société.
Des éléments pour une meilleure transparence
Pour que ces questions difficiles soient bien comprises
et que chacun adhère à la nécessité d'un effort commun, il importe de
rendre notre système plus transparent.
En premier lieu, les Français sont très attachés au maintien du système de retraites par répartition plutôt que par capitalisation.
Encore faut-il bien comprendre ce qu'est la répartition : il s'agit
d'un système dans lequel on ne constitue pas de réserves pour l'avenir,
mais où les prestations servies aux retraités sont financées en temps
réel par les cotisations des actifs.
Avec la baisse dont j'ai parlé du nombre de cotisants
par retraité, on voit bien que cette règle va connaître de sérieuses
difficultés. Il paraît donc important que les régimes actuels à
« prestations définies » dans lesquels un revenu donné en €uros,
calculé à partir du salaire de référence, est versé à chaque retraité,
soient remplacés par des systèmes plus lisibles : un système par
points, dans lequel chaque actif accumule des droits qui seront ensuite
valorisés au moment de sa retraite, ou un système de « compte
notionnel » dans lequel le montant de la pension versée est fonction de
l'espérance de vie moyenne du salarié au moment de son départ à la
retraite. C'est ce que propose (avec semble-t-il le soutien de la CFDT)
le rapport du COR qui vient de paraître.
Un deuxième élément important de transparence serait de simplifier l'organisation,
qui s'est complexifiée au fur et à mesure qu'étaient mis en place des
droits successifs de couverture retraite, chacun avec ses règles
propres de gestion : la Caisse Nationale d'Assurance Vieillesse (CNAV)
pour servir le minimum vieillesse, volet de sécurité pour tous ; les
retraites complémentaires obligatoires gérées par l'ARRCO pour les
non-cadres et complétées par l'AGIRC pour les cadres ; les régimes de
retraites dits sur-complémentaires, gérés par de nombreuses
institutions de prévoyance ou assureurs ; auxquels s'ajoutent les
régimes ad hoc montés par certaines entreprises, et les fameuses
« retraites chapeau » des dirigeants.
Faire la clarté dans ce maquis serait, dans l'idéal, un
élément important d'une réforme des retraites que chacun pourrait
comprendre et admettre. La politique de l'autruche consistant à nier ou
à minimiser le problème, ou à espérer une solution miraculeuse pour le
résoudre, reviendrait en fait à laisser la charge de trouver une
solution aux générations futures. Comprenons que c'est notre devoir,
même s'il demande un certain courage, de faire en sorte qu'elles
n'aient pas « un futur sans avenir ».
Texte de Philippe Jurgensen
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| vendredi 05 février 2010, a 11:05 |
| Dumas et les Mousquetaires : histoire d’un chef d’oeuvre |
Simone Bertière nous propose non pas une biographie d'Alexandre Dumas
mais une histoire intellectuelle. L'histoire d'un brillant dramaturge
que les circonstances poussèrent au roman historique, genre pour lequel
il avait le plus grand mépris et qui lui assura le plus grand succès !
Simone Bertière commence par retracer l'enfance et les
jeunes années d'Alexandre Dumas, marquées par la mort de son père alors
qu'il n'a que quatre ans. Plus tard, lorsque Dumas se lancera en
politique, il s'appuiera sur la figure idolâtrée de son père, général
opposé à Bonaparte.
Les débuts de Dumas dans la carrière littéraire sont
rapides. Artiste passionné déjà gourmand de la vie et de ses plaisirs,
il a vingt-six ans lorsqu'il devient la jeune gloire du théâtre
romantique auquel il donne son premier drame – avant Hugo lui-même –
avec Henri III et sa cour. Il révolutionne le
théâtre classique par la forme, en passant du vers à la prose, et par
le fond en quittant l'histoire pour l'actualité avec Antony…
A la fin des années 1830, vivant dans l'opulence, Dumas est au faîte de
la gloire. Mais son talent de dramaturge s'essouffle. Il ne cache pas
son mépris pour le roman historique, qu'il accuse de tronquer
l'histoire. Pourtant, un double événement va l'amener à reconsidérer
les choses : l'invention de la presse à grand tirage et la naissance du
roman-feuilleton. Eugène Sue rencontre en effet un succès aussi immense
qu'inattendu avec Les Mystères de Paris. Toujours
à la recherche d'argent, Dumas perçoit l'intérêt qu'il pourrait retirer
d'une conversion progressive à l'écriture. Il est d'abord recruté par
la Revue des Deux Mondes et La Presse
pour des Scènes historiques et des comptes-rendus de théâtre. Il faut
préciser que le théâtre reste l'essentiel de sa vie : en quête de
respectabilité, il est persuadé qu'il obtiendra le succès par le
théâtre. Voilà pourquoi il s'y maintient, or le théâtre ne fera
qu'accélérer sa déchéance.
L'histoire en dramaturge
C'est avec Les Trois Mousquetaires
qu'Alexandre Dumas inaugure la série des grands romans historiques qui
ont assuré sa célébrité. Sans livrer ses secrets de fabrication, Dumas
avoua s'être inspiré d'un vieux livre sur lequel il tomba par hasard : Les Mémoires de M. d'Artagnan,
publié en 1700 par un certain Courtil de Sandras. Ce texte apocryphe de
mauvaise qualité lui fournit l'origine de son chef-d'oeuvre. Mais il a
besoin de se documenter : son imagination ne s'exerce qu'à partir de
matériaux, qui lui servent de tremplin. Il a besoin aussi de raconter
avant d'écrire : c'est la parole qui libère son écriture. Il trouve la
perle rare en la personne d'Auguste Maquet.
Petit à petit, Auguste occupe l'emploi enviable et délicat,
indispensable et frustrant, de confident littéraire, de collaborateur
privilégié et finit par être le coauteur de tous ses grands romans.
Pendant sept ans, ils travaillent ensemble. Douze pages de Maquet
deviennent soixante-dix quand Dumas s'en empare. Mais cette belle
collaboration finira au tribunal : ne se contentant pas de partager
l'argent, le coauteur prétendra partager la gloire...

Personnages fictifs, les trois mousquetaires (qui
sont... quatre) se mêlent à des personnages réels et se glissent dans
les blancs de l'Histoire. Dumas s'est identifié au jeune d'Artagnan,
qui n'a ni la lucidité d'Athos, ni la force de Porthos, ni la séduction
complexe d'Aramis. Quatre héros au lieu d'un lui permettent de
quadrupler les péripéties. L'œuvre d'Alexandre Dumas est indissociable
de sa vie comme le souligne Simone Bertière. Aussi aborde-t-elle la
question de ses frasques. Connu pour être un jouisseur invétéré, Dumas
travaille pourtant douze à quatorze heures par jour dans sa retraite de
Saint-Germain-en-Laye. Il compte un quart d'heure pour quarante
lignes : quasiment pas de ratures et presque pas de ponctuation, pour
gagner du temps.
On découvre aussi qu'il a composé ses grands romans sans répit, et même
parfois en les menant de front. Les Trois Mousquetaires se terminent en juillet 1844 dans Le Siècle. Le mois suivant, c'est Le Comte de Monte-Cristo qui commence dans le Journal des débats.
Pour finir, Simone Bertière s'intéresse au rapport
qu'Alexandre Dumas entretient avec l'histoire. Elle recense les
inexactitudes flagrantes qui émaillent sa trilogie, mais surtout elle
constate la place grandissante de l'histoire au détriment de la fiction
entre les Trois Mousquetaires et Le Vicomte de Bragelonne. A la fin de
sa vie, Dumas se recompose et cherche à donner une dimension historique
à son œuvre qu'il dit être « la condition humaine du passé ». Suivons
plutôt Simone Bertière qui voit en lui avant tout un merveilleux
conteur.
Présentation de l'éditeur
Alexandre Dumas, vous connaissez ? Oui, bien sûr,
l'auteur des Trois Mousquetaires ! Mais encore ? Il n'est pourtant pas
l'homme d'un seul livre. Il est vrai que les Mousquetaires occupent
dans son immense production une place à part et continuent de lui
valoir une popularité mondiale qui ne se dément pas. Pourquoi ?
Comment ? Leur rédaction, tardive, ne s'inscrivait pas dans la ligne de
ses projets initiaux : il se voulait dramaturge. Sa conversion au roman
doit beaucoup au hasard et aux contraintes extérieures. Elle est le
fruit d'une maturation à laquelle ont contribué concurremment les
leçons de la vie et la pratique assidue de l'écriture. Ce livre conte
l'itinéraire qui l'a conduit à son chef-d'oeuvre. Contraint de vivre de
sa plume, il fut partie prenante dans les principales batailles
politiques et littéraires sous la Restauration et la monarchie de
Juillet. Sa carrière est inséparable de l'histoire du temps, qu'on
tente ici de faire revivre. Enfin on s'efforce de découvrir les secrets
de fabrication de la très fameuse trilogie - dans son recours à
l'histoire notamment - et l'on évoque les relations de Dumas avec son
collaborateur, Maquet, condamnées à mal finir. Le récit vivant, alerte,
souvent fort drôle, réserve plus de place à l'oeuvre qu'à la vie
privée. Mais l'oeuvre n'est-elle pas le meilleur moyen d'accès à celui
qui y a épanché ses rêves - qui sont aussi ceux de nous tous ?
L'auteur
Agrégée de lettres, Simone Bertière a enseigné la littérature avant de se consacrer à l'histoire. Elle a d'abord publié une Vie du cardinal de Retz
et une édition commentée de ses Mémoires, avant de se lancer dans le
récit d'une vaste fresque sur l'histoire des Reines de France des Temps
Modernes. Le dernier volume de la série, intitulé Marie-Antoinette, l'insoumise,
lui a valu le Prix des Maisons de la Presse, le Prix des Ambassadeurs
et le Grand Prix de la Biographie historique de l'Académie Française.
En 2007, sa biographie du cardinal de Mazarin est à nouveau récompensée.
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| mercredi 27 janvier 2010, a 09:26 |
| Fauves et Expressionnistes au musée Marmottan Monet |
Le musée Marmottan Monet à Paris, haut lieu de l'impressionnisme,
expose une cinquantaine de chefs d'œuvre du musée Von der Heydt de
Wuppertal en Allemagne, dans le cadre de l'exposition : Fauves et Expressionnistes de Van Dongen à Otto Dix.

Affiche de l'exposition avec le tableau d'Alexej Von Jawlensky, Jeune fille aux pivoines
À la demande du musée Marmottan Monet, le musée Von der
Heydt a sélectionné ses plus beaux chefs-d'œuvre pour cette exposition
qui offre un panorama de l'art moderne. Cet échange croisé entre les
deux musées permet aux visiteurs de découvrir les éléments forts des
collections expressionnistes d'Allemagne et d'Autriche allant de la
période d'avant la Première Guerre mondiale, à celle de la Nouvelle Objectivité.
Réciproquement, les visiteurs à Wuppertal peuvent venir admirer des
œuvres phares impressionnistes des collections du musée Marmottan,
d'autant que Monet avait attiré l'attention en Allemagne dès le début
du XXe siècle.
Les Expressionnistes allemands sont exposés aux côtés de certaines
œuvres des Fauves français, Vlaminck, Dufy, Braque et Van Dongen mais
aussi au sein de quelques toiles représentatives de l'expressionnisme
autrichien de Kokoschka et Oppenheimer. Plusieurs courants artistiques
sont ici confrontés : fauvisme, expressionnisme de la première et
deuxième génération et la démarche singulière d'un Kandinsky qu'on peut
situer entre les deux.
 Ernst Ludwig Kirchner, Femmes dans la rue, 1914 huile sur toile 126 x 90 cm Von der Heydt-Museum Wuppertal
© Von der Heydt-Museum Wuppertal
En 1900, l'empereur Guillaume voit dans l'art dit
"moderne" "un art de caniveau". En 1905, quatre étudiants en
architecture désireux de se libérer des conventions et de l'académisme
d'un Adoph von Menzel, fondent un groupe d'artistes appelés Le Pont, Die Brücke.
Quatre audacieux qui s'appellent Fritz Bleyl, Erich Heckel, Ernst
Ludwig Kirchner et Karl Schmidt-Rottluf, se retrouvent à Dresde, où ils
élaborent un programme de rupture avec le passé, préconisant de renouer
avec un espace de valeurs authentiquement humaines : un monde vu et
vécu loin des académismes. Admirateurs fervents de Gauguin et de Van
Gogh, de Munch, et des arts premiers, ils s'emparent de l'énergie du
trait et des expressions de ces grandes figures de l'art, pour
transmettre la violence des sentiments. D'autres les rejoignent, Emil
Nolde, Max Pechstein. Ils tiennent leur première exposition en 1905,
d'autres succèdent en 1906, en 1908, mais leur appartenance demeure
factice et liée aux circonstances des expositions. Des dissensions
fortes entre les membres font éclater le groupe entre Berlin et Dresde.
 August Macke, Jeune fille avec des poissons dans un récipient de verre , 1914 huile sur toile,81 x 100,5 cm Von der Heydt-Museum Wuppertal
© Von der Heydt-Museum Wuppertal
En 1911, lors de la première exposition du groupe baptisé Blaue Reiter ("Cavalier bleu", créé en 1909), les contacts avec le groupe Die Brücke
n'existaient pas encore. Parmi eux, Kandinsky, Jawlensky, Marc, Macke
et Münter. L'année suivante naissaient des échanges pour fédérer ces
mouvances partageant les mêmes aspirations : une effervescence de
confrontation et de communion d'après Lionel Richard, avec Berlin pour
carrefour de toutes les avant-gardes.
 Franz Marc, Renard d'un bleu noir, 1911 Huile sur toile 50 x 63,5 cm Von der Heydt-Museum Wuppertal
© Von der Heydt-Museum Wuppertal
Le choc de la Première Guerre mondiale les ébranle et
apporte son lot de désillusions révélant une nouvelle génération parmi
les Expressionnistes.
Ces groupes portent bien les stigmates de la crise de
civilisation que traverse l'Allemagne et le reste de l'Europe après la
Première Guerre mondiale et qui se manifeste dans ce qu'on a appelé
l'expressionnisme jusqu'en 1920. Comme le dit Lionel Richard dans le
catalogue de l'exposition : l'appel des Expressionnistes à un "Homme
Nouveau", s'achève dans la dérision. Le tableau d'Otto Dix, À la beauté
met en scène cette ironie violente, une réalité sociale et la blessure
de la guerre. Avec Beckmann et quelques autres, ils figurent en 1925,
dans une exposition à Mannheim, intitulée La Nouvelle Objectivité.
Entre les Fauves français et ces Expressionnistes allemands d'avant guerre, le peintre Kandinsky
trouve un langage propre. Passé presque inaperçu au sein du monde de
l'art à Paris, en 1906 lors de son séjour en France, il y a découvert
le fauvisme. De retour en Allemagne, il retrouve les Expressionnistes
du groupe Die Brücke ("Le Pont"). Il s'inspire
probablement de ce qu'il a rencontré à Paris et donne dans ses œuvres
une profonde autonomie à la couleur, accompagnée d'un sens accru de la
composition, dans laquelle un élément donne plus que d'autres, "la
sonorité dominante" de l'œuvre.
 Otto Mueller, Autoportrait avec pentagramme, 1922 huile sur toile à sac 120 x 75,5 cm Von der Heydt-Museum Wuppertal
© Von der Heydt-Museum Wuppertal
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| jeudi 21 janvier 2010, a 09:15 |
| Vraie soupe à la tortue ou faux potage tête de veau ? |
La soupe à la tortue est un plat mythique, mais l'utilisation du terme
"tortue" recouvre des réalités bien différentes d'un côté à l'autre de
l'Atlantique, mais aussi des deux côtés de la Manche. Dans l'imaginaire
collectif, la soupe à la tortue évoque les aventures des flibustiers et
des pirates des caraïbes, basés à l'île de la Tortue, ce qui n'est pas
faux. Mais les préparations à la tortue ne concernent pas seulement ces
reptiles chéloniens. Qu'en est-il vraiment ?
La soupe à la tortue est connue en Angleterre depuis le XVIIe
siècle. Faite de tortues de mer, elle a d'abord été consommée aux
Caraïbes, notamment à la Barbade ; mais elle n'a été servie à Londres
pour la première fois qu'en 1711, d'après Sir Horace Walpole. Et la
première recette écrite date de 1721. À la même époque, le père Labat,
dominicain ineffable, gastronome et esclavagiste, célèbre pour avoir
amélioré la fabrique du Rhum, a rapporté en 1742 des recettes de
plastron de tortue et de boucan de tortue (séchée au soleil).

Soupe à la tortue
La recette
de la soupe à la tortue devint un classique de la cuisine anglaise au XVIIIe siècle, à la suite d'Hannah Glasse, femme auteur d'un livre de cuisine qui fut un best seller réédité de multiples fois.
La vogue en Angleterre de la soupe à la tortue remonte
à 1800, date à laquelle un tavernier londonien Georges Painter, créa
« The Ship and Turtle Tavern », où l'on pouvait préparer un service de
tortue en vingt minutes. On pouvait y manger un repas complet fait
seulement de tortue. Les tortues étaient amenées soit vivantes par
bateaux dans des « tubs » et gardées vivantes dans de grands bassins
notamment dans les caves du restaurant de George Painter. On apportait
aussi de la viande de tortue séchée, qui pouvait se conserver
longtemps. Ce restaurant était très prisé de la clientèle
aristocratique, et George Painter fit fortune en vendant le potage de
tortue au prix d'une guinée le litre, ce qui représentait une véritable
petite fortune à l'époque. Urbain Dubois, dans son livre Cuisine de tous les pays, paru dans la seconde moitié du XIXe
siècle, a donné la première recette française de la soupe à la tortue
(et également une recette de noix de tortue à l'anglaise),
et en dit : « De toutes les soupes qu'on sert
en Amérique et en Angleterre, celle qu'on prépare avec les tortues de
mer est la plus précieuse, la plus estimée. Aujourd'hui, on sert la
soupe tortue dans toutes les parties de l'Europe. Partout elle est
recherchée par les amateurs ». Joseph Favre, en 1894, dans son
« Dictionnaire universel de Cuisine », nous donne le menu « tout »
tortue : « Potage de tortue clair, Potage de tortue lié, Graisse verte,
Nageoires et ailerons, Côtelettes de tortue ». De nos jours, on mange
toujours de la soupe de tortue aux Caraïbes, et en Asie, où il existe,
notamment en Indonésie, des élevages de tortue à cet usage, ce qui
évite de pécher ces remarquables chéloniens parfois menacés
d'extinction.
Les soupes à la tortue d'Amérique du Nord sont tout à
fait différentes, car on utilise des petites tortues terrestres, aussi
nommées terrapines que l'on mange en soupe (dans le Mississipi) ou en
ragoût, et dont Joseph Favre nous donne la recette. Un moment menacées
d'extinction, ces populations se sont restaurées et elles sont aussi
actuellement élevées dans des fermes. Il est amusant qu'un plat aussi
rare ait suscité des interdits religieux : interdit aux juifs dans le
Lévitique, et autorisé aux moines pendant le Carême.
C'est en Angleterre que la tortue a conquis ses lettres de noblesse littéraires : Lewis Carroll dans Alice aux Pays des Merveilles
parle d'un plat mythique, « Le mock Turtle Soup », littéralement
« fausse soupe à la tortue », qui en fait correspond à la dénomination
française de tête de veau en tortue.
Alice entre
le griffon et "the mock turtle", détail d'une illustration d'Arthur
Rackham pour Alice's Adventures in Wonderland de Lewis Caroll, 1907.
En effet en France, la soupe à la tortue n'a quasiment
jamais existé. Les préparations en tortue concernent en fait la tête de
veau, c'est pourquoi on trouve dans les livres anciens des préparations
en tortue, et non pas la tête de veau en temps que plat. La tête de
veau est consommée depuis le Moyen-Âge, mais à l'époque et jusqu'au
XVIIIe siècle, on mangeait aussi les yeux ! Le nom de la préparation est due à la sauce tortue : décrite par Carême au début du XIXe
siècle, elle était faite d'une réduction de madère, avec maigre de
jambon, poivre, piment, échalote, additionnés de consommé, de sauce
espagnole et de sauce tomate. Le plus souvent, elle associait seulement
du vin blanc, de la tomate et du bouillon. La garniture en tortue était
fastueuse : elle accompagnait la tête de veau cuite au blanc détaillée
en morceaux
Tête de veau en tortue
réguliers. Elle était faite de quenelles de veau,
d'olives, de champignons, de cornichons, de lames de truffe,
d'escalopes de cervelle, de langues de veau, de jaunes d'oeuf, de
croûtons frits et d'écrevisses en court-bouillon. Cette préparation
fastueuse n'excluait pas à la fin du XVIIIe siècle, des
préparations plus simples, proches de notre cuisine actuelle : tête de
veau à la bourgeoise, à la Sainte-Menehould, mais aussi à la sauce
poivrade ou à la sauce ravigote, citées dans La cuisine bourgeoise de Menon. Jules Favre, en 1894, parle encore de tête de veau en « potage fausse tortue », rejoignant ainsi Lewis Carroll.
Ne boudons donc pas notre plaisir, et mangeons donc
avec plaisir, dans un bon bistrot, une bonne tête de veau, quitte à
rêver de soupe à la tortue (vraie ou fausse) en la consommant.
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| mardi 19 janvier 2010, a 15:21 |
| Yann Arthus-Bertrand |
Le photographe Yann Arthus-Bertrand a été élu membre de l'Académie des
beaux-arts le 31 mai 2006. Dans cette interview réalisée quelques jours
avant son installation sous la Coupole, le 15 octobre 2008, il évoque
son parcours, les projets de son association GoodPlanet au service de
la défense de l'environnement et l'Académie des Beaux-arts qui
l'accueille.
A l'âge de trente ans, Yann Arthus Bertrand décide de
devenir photographe en observant les lions du Kenya. La photographie
animalière restera une de ses passions tout en laissant place à
l'exploration de sujets aussi divers que la couverture d'événements
sportifs (le Paris-Dakar, le Tour de France ou le tournoi de
Rolland-Garros) ou l'exploration sociologique des Français à travers
ses photographies des bestiaux présentés au salon de l'Agriculture. La
liste serait longue des ouvrages qu'il a consacrés aux animaux, comme
celle des pays sur lesquels il a posé son œil de photographe. Ce
reporter-photographe qui a obtenu la reconnaissance des spécialistes et
des amateurs se définit comme un naturaliste. Il poursuit un travail
d'inventaire des espèces animales domestiques et d'élevage, qu'il
photographie en studio ou en plein air. Il est l'un des premiers, dans
les années 1990, à traiter ses sujets avec un fond uni en soignant les
éclairages et les poses comme s'il s'agissait de photographies de mode.
L'humour, la dignité, l'indépendance, la personnalité de ses sujets
sont mises en valeur. Loin du portrait équestre habituel, par exemple,
pour les chevaux d'Eurasie, d'Orient ou d'Europe, il a su capter la
beauté de l'animal et du cavalier. Toujours équipé de la même bâche, il
a installé son studio en plein air, dans des paysages grandioses comme
en Mongolie où il a photographié les nomades et leurs chevaux après un
Naadam, une fête et une course traditionnelle où les enfants mesurent
leurs talents. Pour tous ses sujets, Yann Arthus-Bertrand a parcouru le
monde et travaillé plusieurs années sur ses séries pour ne retenir que
les photographies qui lui tiennent le plus à cœur. La démarche est
d'abord artistique et ne cherche pas l'exhaustivité. Ses photographies
approchent les liens profonds de l'homme et de l'animal, unis en un
sort commun.
Dans un registre différent, parcourant le monde, Yann Arthus-Bertrand a tiré des pistes d'atterrissage la série Tarmacs,
en 2007. Entre les vols, durant un cours laps de temps, les pistes sont
nettoyées des traces de gomme laissées par les pneus des avions au
moment de leur atterrissage. Équipé de son appareil et d'un escabeau,
il photographie alors, ces traces qui recouvrent les lignes jaunes des
repères. Ses photographies s'apparentent alors à des peintures
abstraites, symboles d'un geste à l'état brut.
Pour beaucoup d'entre nous, son nom est associé à son ouvrage La Terre vue du ciel qui l'a fait accéder à la reconnaissance internationale : le livre a été traduit en 24 langues et l'exposition La Terre vue du ciel
a été présentée dans 120 villes du monde. Il est le représentant le
plus en vue de la photographie aérienne dont le photographe Georg
Gester avait ouvert la voie. La photographie en 1992 du cœur de Voh, ce
cœur végétal éphémère de la mangrove de Nouvelle Calédonie est une
image symbolique de son travail connue du grand public. Aujourd'hui, la
mangrove a reconquis la clairière et le cœur a disparu.
Avec ses ouvrages, ses reportages, ses émissions de
télévision et ses films, Yann Arthus-Bertrand s'engage pour le
développement durable. Il écrivait récemment dans le journal Le Monde,
daté du 24 septembre 2008 : « Notre monde va mal. Le tableau
s'assombrit chaque jour de catastrophes avérées ou imminentes. Ce flot
de mauvaise nouvelles a quelques chose de sidérant et d'inquiétant : il
ne suscite aucune réaction. Nous continuons à vivre en ne changeant
rien. Cette acceptation placide de faits et de chiffres, voire d'une
fin annoncée, est tout à fait fascinante. Nous nous contentons de
constater les dégâts... Et nous continuons comme avant. Nous savons
mais nous ne voulons pas y croire... Nous sommes au pied du mur. Il est
trop tard pour être pessimiste. »
Depuis 1990, les photographies aériennes réalisées au
cours de ses nombreux voyages invitent à réfléchir sur les questions
d'environnement dans une perspective qui prend en compte l'avenir des
générations futures. En 2005, il a fondé l'association GoodPlanet qu'il
préside afin « d'éveiller à la connaissance des problèmes du monde et
au développement durable ». Plusieurs actions de sensibilisation à ces
questions sont en cours : l'exposition Le développement durable pourquoi ? ; l'exposition prévue pour 2009, 6 milliards d'autres ; le programme Action Carbonne ; l'exposition de 2006 Vivants qui depuis parcourt le monde et le projet pilote Des Enfants à Port-Cros. Le livre La Grande Terre,
au tirage limité, est vendu au profit de GoodPlanet. Il comprend des
photographies, certaines inédites, accompagnées de commentaires de Yann
Arthus-Bertrand. Enfin l'association a publié un catalogue : 1000 façons de consommer responsable.
Le 15 octobre 2008, se déroule sous la Coupole de l'Institut de France, la séance d'installation de Yann Arthus Bertrand.
Parmi ses 70 ouvrages :
Être photographe, Éditions de La Martinière, 2001
Paris vu du ciel, 2002, Éditions de La Martinière
La Terre vue du ciel, 2002, Éditions de La Martinière
Chevaux, Édition du Chêne, 2004
Algérie, Éditions de La Martinière, 2006
Regards partagés sur la Terre, Éditions de La Martinière, 2006
La grande Terre, Éditions de La Martinière, 2007 |
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| vendredi 08 janvier 2010, a 11:10 |
| le radiotélescope de nançay |
Inauguré en mai 1965 par le Général de Gaulle le radiotélescope de
Nancay a pour objectif de mesurer l'impulsion radio des supernovae.
Au cours d'une conférence donnée au Bureau des longitudes en
novembre 2009, Ismaël Cognard chercheur au CNRS au radiotélescope de
Nançay présente l'instrumentation spécialement développée à Nançay pour
l'observation des pulsars les plus stables, des résultats significatifs
récents ainsi que quelques perspectives pour le futur.
Les pulsars sont les restes d'une supernova,
l'explosion d'une grosse étoile laissant un cœur dense, magnétisé et
tournant très rapidement sur lui-même. Une émission radio
« collimatée » s'en échappe et est perçue sur Terre sous forme
d'impulsions brèves.

Image
composite visible/rayon X du pulsar du Crabe, né de la supernova
historique SN 1054, montrant le gaz environnant la nébuleuse agité par
le champ magnétique et le rayonnement du pulsar
Image NASA
De grands télescopes et une instrumentation dédiée sont
utilisés pour dater le plus précisément possible l'arrivée au
radiotélescope de l'impulsion radio. La précision de datation
d'impulsions ayant voyagé ainsi des dizaines de milliers d'années dans
la galaxie peut être de l'ordre de 100 nanosecondes ou mieux.
Les pulsars binaires serrés sont utilisés pour faire
les meilleurs tests des théories de la gravitation, spécialement en
champ fort. Un ensemble de pulsars stables bien réparti sur le ciel
devrait permettre, dans les années futures, de contraindre l'existence
d'un fond d'ondes gravitationnelles d'origine cosmologique.
Au cours de cette conférence donnée au Bureau des
longitudes en novembre 2009, Ismaël Cognard présente l'instrumentation
spécialement développée à Nançay pour l'observation des pulsars les
plus stables, des résultats significatifs récents ainsi que quelques
perspectives pour le futur.

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| mardi 05 janvier 2010, a 10:46 |
| l'évolution, c’est tout bête... selon Darwin |
Le naturaliste anglais Charles Darwin (1809-1882, membre de l'Académie
des sciences) révolutionna la pensée de l'homme jusqu'alors
"anthropocentrée", démontrant que l'humain appartenait au règne animal
et que Dieu et sciences devaient être séparés. L'accueil de L'origine des espèces
en 1859 fut contrasté même s'il eut un succès immense. Aujourd'hui, la
"théorie de l'évolution" est admise de tous (ou presque...). Retour sur
la pensée de Darwin, un personnage qui, entre scarabées péteurs et vers
de terre mélomanes, était beaucoup moins austère qu'il n'y paraît !
Marc Giraud est journaliste spécialisé en zoologie, naturaliste de terrain. Il a publié Darwin, c'est tout bête
en abordant avec humour et intelligence la théorie de l'évolution de
Darwin, à l'occasion du bicentenaire de la naissance du scientifique en
2009.
 Charles Darwin (1809-1882)
Au début de sa carrière, Charles Darwin commence par
des études de médecine, puis selon les vœux de son père, se tourne vers
le pastorat. Mais cette destinée ne l'enchante guère. Il décide de
devenir le compagnon de voyage de l'austère capitaine Fitzroy en 1831 à
l'âge de 22 ans. Et c'est ce long voyage qui fera basculée sa destinée.
À bord du Beagle, il passe pour « un drôle de zig » pour citer Marc Giraud !
L'équipage le nomme « l'attrape-mouche » en raison de tout ce qu'il
attrape pour pouvoir l'observer. Il note par exemple au cours d'une
escale : « Nous sommes environnés de mouches
lumineuses et de moustiques ; ces derniers sont fort désagréables.
J'expose ma main à l'air pendant 5 minutes, elle est bientôt
entièrement recouverte par ces insectes ; il y en avait au moins 50
suçant tous à la fois ».
 Le Beagle dans les eaux de la Terre de Feu, salué par les autochtones fuégiens.
Peinture de Conrad Martens qui devint l'artiste du navire en 1833
Cette originalité se retrouve jusque dans les derniers
moments de sa vie. En effet son dernier livre, rédigé à l'âge de 72
ans, porte sur « La formation de la terre végétale par l'action des vers, avec des observations sur leurs habitudes ». C'est à cette occasion qu'en leur hurlant dessus et en leur jouant du piano, il se rend compte que les lombrics… sont sourds !
Mais revenons aux suites du voyage à bord du Beagle.
Après plusieurs années de voyage, Charles Darwin a beaucoup changé.
Jusqu'alors pétri des conceptions religieuses sur la création en
vigueur à l'époque, il revient l'esprit plein de questions.
_ Le premier moment clé date de 1837. Dans le zoo de Londres, il note sur son carnet en observant un orang-outang : « Homme issu de singes ? ». C'est cette même année que Darwin commence un premier carnet consacré à la transmutation des espèces.
Attention ! Darwin n'a pas été le premier à penser que
l'évolution transforme les êtres vivants, (l'idée d'évolution des
espèces a quasiment toujours existé). Anaximandre et Héraclite
évoquaient déjà la non fixité des espèces. Plutarque affirmait « que les poissons sont les pères et les mères de l'espèce humaine ».
Mais d'autres comme Voltaire répondait « qu'il ne parvenait pas à croire qu'il descendait d'une morue » !
Buffon déjà situait l'homme dans le règne animal et la naissance de
la terre vers 70 000 ans avant J.-C. Mais sous la pression des
théologiens, le naturaliste a revu sa copie.
Mais Charles Darwin est celui qui a apporte l'explication la plus poussée et la plus étayée d'exemples.
La sortie de L'origine des espèces
C'est ainsi qu'en 1859 sort L'origine des espèces.
La publication est épuisée en une seule journée, mais l'accueil est
contrasté : les attaques viennent du clergé mais pas tous, tel le
chapelain de la reine Victoria, Charles Kingsley, qui lui témoigne
publiquement son admiration.
D'autres scientifiques et amis comme Charles Lyell et le capitaine
Fitzroy sont également critiques. Ce dernier dira d'ailleurs qu'il ne
voit « rien de très noble à l'idée de descendre même du plus ancien des singes ».
La phrase choc fera date : le lendemain, Darwin est caricaturé en singe dans les journaux.
Pourtant Darwin fait très attention dans son ouvrage à
ne pas faire le lien entre l'homme et son cousin éloigné. Mais le
raccourci est fait dans les esprits.
Par ailleurs, ce n'est que dans le sixième réédition de son livre que Darwin parle d'évolution des espèces. Dans les cinq premières éditions, il prend soin de parler de « transmutations des espèces » ; une transmutation qui se fonde sur trois notions complémentaires :
1. les organismes vivants présentent des variations, dont une partie se transmet à leurs descendants
2. les êtres vivants produisent plus de descendants qu'il ne peut en survivre
3. les caractères favorables se rependent au fur et à mesure des générations.
Sa théorie globale est révolutionnaire car elle exclut
Dieu de la science, et choque parce qu'elle détrône l'homme de la place
privilégiée qu'il s'est attribuée dans l'univers, au mépris de
l'animal.
Dans l'Introduction à la psychanalyse, Freud écrit que l'homme est blessé dans son orgueil anthropocentrique :
la première blessure vint de Copernic qui affirma que la Terre n'était pas le centre du monde.
la seconde fut celle de Darwin qui démontra que nous appartenons au règne animal.
Darwin mal compris
A côté de ses détracteurs, il y a ceux qui détournent
sa théorie à des fins peu glorieuses comme son cousin Francis Galton
qui transposa radicalement « l'élimination des faibles » aux sociétés
humaines, inventant l'eugénisme.
Enfin, certains ne saisissent pas le sens du mot
« adaptation ». Lamarck par exemple, qui était un transformiste,
expliquait par exemple la déformation du cou de la girafe à force de
tirer sur son cou pour atteindre les feuilles des arbres. Pour Lamarck,
la fonction créé l'organe.
Aujourd'hui encore, la confusion subsiste pour certains. Or, ce sont
les contraintes du milieu qui ont sélectionnés les animaux capables de
survivre, tout comme les éleveurs ont sélectionné les chevaux
performants pour arriver au pur-sang.
Les erreurs de Darwin
Charles Darwin a tellement écrit pour démontrer sa
théorie qu'il a fini par se contredire et parfois même commettre
quelques erreurs. Il affirmait par exemple que l'évolution ne faisait
pas de bonds ; il croyait en l'hérédité des caractères acquis ; enfin,
il affirmait clairement son anthropomorphisme parlant de l'affection
des araignées, et du sentiment de la beauté chez les oiseaux.
Un nouveau classement : la cladistique
Si Charles Darwin n'est plus là pour bousculer notre
image anthropocentrique du monde, un nouveau classement est venu
bouleverser notre mode de pensée depuis les années 1950 : la
cladistique, énoncé par l'entomologiste allemand Willi Hennig.
Il s'agit d'un classement par homologies secondaires,
où le brochet est plus proche du cheval que du requin, la vache est
plus proche du dauphin que du cheval et le chimpanzé plus proche de
l'homme que de l'orang-outang.
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| mercredi 09 décembre 2009, a 11:28 |
| L’oie : de la Saint-Michel à la Saint-Nicolas |
Le Moyen Age fut la grande époque de l'oie : les rôtisseurs en
servaient un grand nombre, à tel point que leur corporation se donna le
nom d'oyers avant de prendre celui de rôtisseurs. Traditionnellement, à
la Saint-Michel, à la Saint-Martin (le 11 novembre) ou à la
Saint-Nicolas, on se régalait de l'oie... Une bonne tradition à
conserver !
L'oie est une volaille immémoriale. L'oie cendrée sauvage migratrice
avec ses vols interminables en V ou en triangle dans le ciel a frappé
les esprits de tous temps : le témoin le plus récent en est le Merveilleux Voyage de Nils Olgersson à travers la Suède
de Selma Lagerlöf. Les oies étaient déjà élevées en vastes troupeaux
dans les dépendances des temples d'Amon en Egypte. Dédiées à Amon-Rê
comme le bélier, ou à Geb, le créateur de la terre et le père d'Isis
dans la foisonnante mythologie égyptienne, les oies étaient
régulièrement consommées pas tous les Égyptiens sauf par les prêtres
d'Amon : en témoignent les bas de reliefs des tombes de l'ancien Empire
à Saqqarah.
A Rome, les oies du Capitole sauvèrent par leurs cris
Rome de la défaite complète lors de l'incursion des hordes gauloises de
Brennus en 390 avant Jésus-Christ. Les Romains étaient si friands
d'oies que des troupeaux entiers d'oies étaient convoyés de Gaule à
Rome à pied : ils venaient surtout du pays des Morins, le Boulonnais
actuel (cité dans les Coutumes Gauloises de Mme de Benneville en 1838).
Le Moyen Age fut la grande époque de l'oie : les
rôtisseurs en servaient un grand nombre, au tel point que leur
corporation se donna le nom d'oyers avant de prendre celui de
rôtisseurs. Les troupeaux d'oies étaient si envahissants qu'en Alsace,
plusieurs édits tentèrent de réglementer la divagation des troupeaux
d'oies ! L'oie rôtie fut le grand plat des tables riches du Moyen Age,
époque où l'on aimait servir sur les tables nobles les oiseaux en
majesté, qu'il s'agisse des oies domestiques, des paons (goûteux aussi
car élevés au grain), des cygnes et des hérons qu'il ne nous viendrait
plus à l'idée de consommer de nos jours.
L'oie est restée un plat de fête en Alsace, en
Allemagne et dans tout l'est et le nord de l'Europe. Ailleurs, elle a
été supplantée par la dinde américaine. L'oie n'est plus guère servie
dans nos repas de fêtes, par contre, elle est toujours présente sur nos
tables sous forme de foie gras et de confits. Alors qu'à Rome, on
l'engraissait avec des figues, de nos jours c'est avec du maïs que l'on
obtient l'oie grasse, bien qu'elle soit de nos jours concurrencée par
le canard plus facile à élever.
Si la dinde est le plat de fêtes américain du
Thanksgiving ou de Noël en Françe, l'oie reste en Angleterre le plat
traditionnel de la saint-Michel, le 29 septembre. Cette fête commémore
la victoire remportée par les marins anglais, conduits par Charles
Howard, grand amiral, et Sir Francis Drake, vice-amiral, en 1590 contre
l'invicible Armada. Celui-ci voulait envahir l'Angleterre, déposer
Elisabeth 1ère et rétablir le catholicisme en Angleterre. C'est
d'ailleurs entre la saint-Michel et la Toussaint que les oies cendrées
migrent sous nos cieux.
L'oie est aussi rattachée à saint-Nicolas de façon immémoriale. Pascal Viroux, dans son ouvrage La table des Dieux,
nous dit : si l'âne était l'animal qui accompagnait traditionnellement
saint Nicolas, on le représentait parfois affublé d'un bec d'oie et
qu'il était parfois remplacé dans les contes de l'est de la France par
l'oie. De même, le chariot volant du père Noël, qui a remplacé saint
Nicolas dans notre imaginaire collectif, est tiré par des rennes
volants qui sont un évident substitut des oies sauvages.
Ainsi donc la consommation des oies à Noël s'explique
fort bien : la date de Noël n'a été fixée le 25 décembre qu'au XVIe
siècle pour coïncider avec la fête du solstice d'hiver. Auparavant elle
se fêtait en mars, comme encore dans certaines églises chrétiennes
orientales. On consommait symboliquement l'oie au solstice d'hiver, car
l'oie sauvage rythmait les saisons. Elle apparaît dans le ciel au
printemps et disparaît à l'automne, symbolisant le mythe du soleil
renaissant. Il y a donc tout lieu de manger de l'oie à Noël et de ne
pas se contenter seulement de foie gras (d'oie). Il faut dire que le
spectacle du vaisseau de l'oie sur la table de fête est déjà tout un
spectacle.
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| mercredi 02 décembre 2009, a 11:56 |
| alexandre 1er le tsar qui vainquit napoléon |
Alexandre Ier, tsar de Russie du 23 mars 1801 à sa mort
le 1er décembre 1825, naît à Saint-Pétersbourg, le 23 décembre 1777. Il
est le fils de Paul Ier et de Sophie-Dorothée de Wurtemberg, tsarine
sous le nom de Maria Fiodorovna. En 1793, sa grand-mère, Catherine II,
lui fait épouser Louise Augusta de Bade. Le règne d'Alexandre coïncide
grossièrement avec celui de Napoléon, qu'il combattit à plusieurs
reprises jusqu'à la bataille victorieuse de 1814.
Un tsar réformateur ?

Couvé par sa grand-mère mais élevé à la française,
selon les préceptes du suisse La Harpe, Alexandre développe des idées
libérales radicalement opposées à celles de son père Paul Ier auquel il
succède dans des circonstances troubles. En fait, lorsqu'Alexandre est
informé du complot contre son père, il espère que celui-ci ne sera que
déposé. Or, le complot conduit à l'assassinat de Paul Ier. Un profond
sentiment de culpabilité ne cessera d'hanter Alexandre jusqu'à la fin
de ses jours. Ce parricide ou tsaricide restera à jamais une blessure
ouverte.
Quoiqu'il
en soit, monté sur le trône, Alexandre cherche à engager son pays sur
la voie de la réforme. Il encourage un projet de constitutionnalisation
du gouvernement russe et octroie au Sénat un droit de remontrance. Il
cherche également à favoriser l'émancipation des serfs. Cette œuvre
réformatrice est toutefois limitée. On a souvent vu dans le recul
d'Alexandre devant la réforme, un signe de son caractère velléitaire.
Il n'en est rien ; la résistance de la noblesse et le manque de relais
au sein de la société russe sont les principales faiblesses de son
édifice. En outre, Alexandre a très vite été absorbé par le rôle majeur
qu'il réussit à se tailler dans la diplomatie européenne.
Entrevue des deux empereurs, Adolphe Roehn.
Rappelons qu'Alexandre Ier fut le principal adversaire
militaire de Napoléon. Dans un premier temps, allié à l'Autriche et à
la Prusse, il est gravement défait à Austerlitz en 1805, puis à nouveau
à Friedland en 1807. Il finit donc par accepter l'alliance avec la
France (traité de Tilsit en 1807) contre l'Angleterre et la Suède.
Cette nouvelle alliance permet à Alexandre de conquérir la Finlande.
Cependant, des divergences apparaissent vite avec Napoléon et mettent
fin à l'alliance. En 1812, la campagne de Russie s'avère effroyable.
L'arrivée des troupes françaises dans Moscou et l'incendie de la ville
traumatisent Alexandre qui se tourne alors vers la religion.
Cette
crise mystique ne fait que s'accentuer avec le temps. En 1825, quelques
mois avant sa mort, il envoie son aide de camp à Rome, informer le pape
Léon XII de son désir d'abjurer l'orthodoxie et de ramener la Russie
dans l'Église Catholique Romaine.
Une mort controversée
Alexandre Ier meurt subitement le 1er décembre 1825 à
Taganrog au bord de la mer d'Azov avant d'être inhumé à
Saint-Pétersbourg. Il a quarante huit ans. Dès l'annonce de sa mort,
des doutes naissent en Russie. La rumeur s'installe selon laquelle le
tsar aurait simulé sa mort et se serait retiré loin des hommes, tandis
qu'on lui substituait le cadavre d'un soldat lui ressemblant vaguement.
Quelques
années plus tard, un ermite du nom de Fiodor Kouzmitch fut reconnu par
de nombreuses personnes comme étant Alexandre Ier. Arrêté, fouetté puis
déporté en Sibérie, il devint starets et mourut le 20 janvier 1864 à
Tomsk, en Sibérie.
L'identité
de Fiodor Kouzmitch et d'Alexandre Ier est aujourd'hui admise par
certains historiens qui affirment qu'Alexandre se serait volontairement
retiré du monde, probablement pour expier le meurtre de son père, Paul
Ier, auquel il aurait involontairement pris part en donnant son appui à
la conjuration chargée d'assassiner le tsar dément. Cette rumeur n'est
ni confirmée, ni infirmée. Un élément vient, cependant, accroître le
trouble : lorsque Alexandre III de Russie fit ouvrir le tombeau
d'Alexandre Ier, afin de vérifier le bien-fondé des rumeurs de survie,
le cercueil fut découvert vide...
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| mercredi 02 décembre 2009, a 11:54 |
| napoléon et l'europe |
En 1789 l'Europe était faite. C'était celle des
Lumières. Voltaire avait conseillé Frédéric II et Diderot la Grande
Catherine. Les physiocrates recommandaient l'abolition des barrières
douanières et le traité de commerce entre la France et l'Angleterre
annonçait la victoire du libre-échange, la circulation sans entrave des
marchandises en Europe.
Napoléon Bonaparte
Les idées circulaient déjà et les académies s'ouvraient
aux confrères étrangers. Berlin accueillait Maupertuis et Lagrange. Né
à Salzbourg, Mozart jouait à Munich, Vienne, Bruxelles, Paris, Londres,
Amsterdam, Genève puis en Italie, au point qu'on ne savait plus quelle
nationalité lui attribuer.
Et cette Europe - ou du moins ses élites - parlait une
seule langue, le français, dont Rivarol avait vanté l'universalité dans
un discours couronné par l'Académie de Berlin.
Cette Europe s'achève sur le champ de bataille de Valmy
en 1798 lorsque les soldats de Dumouriez, un homme des Lumières, qui
affronte le duc de Brunswick, initiateur d'une grande enquête sur les
origines de la franc-maçonnerie, crient : « Vive la nation ! » La
nation, l'ennemie du cosmopolitisme, un mot oublié lorsqu'on partage la
Pologne. Ce mot qui reparaît, enterre les espoirs d'une civilisation
unique. L'Europe des Lumières est morte.
Vers 1811 l'Europe est faite. Et elle sera française ;
c'est l'Europe de Napoléon.
Considérons la carte. La France proprement dite, notre Hexagone, est
passée de 83 départements en 1790 à 130 en 1811. Aux départements
initiaux la révolution avait ajouté Avignon, Chambéry et Nice. La
Belgique est annexée à la France et découpée en départements au début
d'octobre 1795. Le Luxembourg forme celui des Forêts. À son tour la
Hollande, en juillet 1810, devient française. La Hanse suit. La rive
gauche du Rhin a donné, des 1798, 4 nouveaux départements : ceux de
Trêves, Mayence, Coblence et Aix-la-Chapelle. Genève est française.
Au-delà des Alpes, la France s'est agrandie du Piémont (six
départements), de Gênes, de la Toscane, de Parme, des États romains en
1809. Ajoutons-y les provinces illyriennes, Trieste et l'Istrie, la
Croatie, la Dalmatie avec Raguse. Et la Catalogne est détachée de
l'Espagne, le 26 janvier 1812, pour former quatre départements.
À cette date, Bruxelles, Amsterdam, Hambourg, Coblence,
Genève, Turin, Florence, Rome et Barcelone sont des villes françaises
au même titre que Perpignan, Lille ou Limoges. L'empire dépasse 750 000
km2 pour une population de 45 millions d'habitants. Mais ce n'est pas
tout. Napoléon est roi d'Italie, un royaume qui comprend Milan et
Venise et que gouverne un vice-roi, Eugène de Beauharnais. Il est
médiateur de la Confédération helvétique, ce qui fait de la Suisse, en
1803, un État satellite de la France. Enfin Napoléon est protecteur de
la Confédération du Rhin qui regroupe la totalité des États allemands,
de la Saxe à la Bavière. L'Allemagne reste morcelée et n'a d'autre
unité que l'autorité qu'exerce sur elle Napoléon. Elle est surveillée
en son coeur par le royaume de Westphalie (cf. les fameux traités de
1648) confié au plus jeune frère de Napoléon, Jérôme, établi à Cassel
sur les ruines de la monarchie prussienne. Cette Confédération du Rhin
s'est substituée au Saint Empire Romain Germanique brisé à Austerlitz.
À cette confédération se rattache le duché de Varsovie formé des
parties prussienne et autrichienne des partages de la fin du XVIIIe
siècle. Si ce duché est placé sous la tutelle du roi de Saxe, Napoléon
y entretient un résident qui assure des contacts directs entre Varsovie
et Paris.
Napoléon
par Antoine-Jean Gros
Napoléon gouverne d'autres pays de l'Europe par de
grands vassaux en théorie indépendants, mais auxquels Napoléon impose
ses ordres. C'est le cas de Joseph, son frère aîné devenu roi d'Espagne
en 1808 et installé à Madrid tandis que les troupes françaises se
battent au Portugal. C'est celui, dans le sud de l'Italie que nous
n'avons pas encore évoqué, de Murat, beau-frère de l'empereur, roi de
Naples, où il a succédé, par la volonté de Napoléon, à Joseph. C'est
aussi celui du roi du Danemark, Frédéric VI, qui règne également sur la
Norvège. C'est un allié fidèle de Napoléon ; il le paiera cher en 1815.
Enfin la Suède a choisi en 1810, par l'intermédiaire de la Diète, un
maréchal français, Bernadotte, comme prince héritier. Malgré
d'anciennes tensions avec Napoléon (Bernadotte avait épousé Désiré
Clary à laquelle le jeune Bonaparte avait été fiancé et il avait
intrigué sous le Consulat contre son rival), ce n'en était pas moins
l'influence française qui pénétrait à Stockholm.
En 1810, en épousant Marie-Louise de Habsbourg,
Napoléon devenait le gendre de l'autre empereur, François II, devenu
François Ier après la disparition du Saint Empire Romain Germanique.
François Ier régnait sur l'Autriche, la Hongrie, la Tchécoslovaquie et
une partie de la Roumanie.
Enfin, depuis Tilsit, en 1807, le troisième empereur, celui de Russie,
était allié à la France.
N'échappent à Napoléon que les îles : la
Grande-Bretagne (est-elle européenne ?), la Sicile (dont Murat a les
moyens de s'emparer) et la Sardaigne (quelques troupeaux de moutons...).
Il ne suffit pas de dominer, il faut encore unifier.
Construction empirique, née des guerres de la Révolution et de
l'Empire, l'Europe devient ou est destinée à devenir une entité
juridique, économique et artistique. Le modèle est romain : le droit,
la route, l'armée et la langue. Dans tous les nouveaux départements
(Belgique, Hollande, rive gauche du Rhin, Piémont, Rome...) se mettent
en place les structures administratives françaises (préfets,
sous-préfets, maires). Simplification et unification : la supériorité
de l'administration française sur les vieilles constructions féodales
et ecclésiastiques est éclatante.
Les royaumes vassaux calquent leurs institutions sur la
France : de façon totale pour la Westphalie, un royaume nouveau,
partiellement pour Naples et l'Espagne, où il faut tenir compte du
passé.
C'est surtout sur le plan juridique que doit s'opérer
la fusion grâce au Code civil. Napoléon entend l'imposer dans toute
l'Europe. Le problème ne se pose pas en pays annexé, mais ailleurs il y
a des résistances, venant surtout de la noblesse qui perd droits et
privilèges et de l'Église. À Joseph, roi de Naples, Napoléon écrit, le
5 juin 1806 : « Établissez le Code civil à Naples ; tout ce qui ne vous
êtes pas attaché et va se détruira alors en peu d'années et tout ce que
vous voudrez conserver se consolidera. Voilà le grand avantage du Code
civil. » Comme en Italie, en Allemagne la bataille est rude. Napoléon
ordonne à son ministre des affaires étrangères : « Je désire que vous
écriviez à M. Otto (ambassadeur à Munich) et à mes chargés d'affaires
près le Prince Primat (à Francfort) et les grands ducs de
Hesse-Darmstadt et de Bade, pour leur prescrire de faire des
insinuations légères et non écrites pour que le code Napoléon soit
adopté comme loi civile de leurs États en supprimant toutes les
coutumes et en se bornant au seul code Napoléon. »
Le Code civil, malgré les réticences d'un juriste
germanique comme Karl von Savigny, symbolise la liberté (partout où il
est établi disparaît le servage), l'unification (face aux innombrables
coutumes émanant du droit romain, du droit canonique et des usages
féodaux), la clarté (le style) et la modernité (Karl Marx avouera que
le Code civil, là où il a été appliqué en Allemagne, a détruit la
vieille féodalité).
Le Code civil s'annonçait comme le nouveau droit
européen. L'unification économique de l'Europe est en marche à la
faveur du blocus continental. En 1806, ayant brisé la Prusse à Iéna,
Napoléon, qui n'est pas encore au sommet de sa puissance (« l'âme du
monde à cheval », dit alors Hegel), décidé de fermer par le décret de
Berlin l'Europe aux marchandises anglaises (produits coloniaux et
objets manufacturés). L'avance technique de l'Angleterre, qui a fait sa
révolution industrielle, lui permettait d'inonder de ses produits à bon
marché de l'Europe et d'y étouffer toute concurrence. Désormais, à
l'abri d'une barrière douanière dont l'efficacité sera progressive et
qui s'étend à toutes les côtes, à tous les ports du continent, on peut
espérer voir se développer une industrie européenne. De plus, la route,
un des soucis de Napoléon, va permettre avec notamment la percée des
cols alpins, la circulation des marchandises. Certes il n'y a pas
encore de monnaie unique, mais Napoléon y songe car les opérations de
change diminuent sensiblement les énormes revenus que Napoléon a
attribués à ses nobles en Pologne et en Allemagne.
S'esquisse une unification intellectuelle et
artistique. De cette volonté d'unification, quelle meilleure preuve que
le transfert des archives des pays d'Europe à Paris sous le contrôle de
Daunou, membre de l'Institut, au palais Soubise, en attendant la
construction d'un autre palais.
Les oeuvres d'art ont précédé les archives : au Louvre,
sous Vivant Denon, membre de l'Institut, affluent peintures et
sculptures. En 1807, Berlin donne 54 tableaux. Denon procède dans le
même temps à l'enlèvement à Kassel de 899 oeuvres dont les Rembrandt.
Joseph est sommé d'alimenter le Louvre en peintres espagnols. En 1810,
le musée Napoléon possède la plupart des chefs-d'oeuvre européens qu'il
révèle aux yeux éblouis du jeune Delacroix.
Et dans le même temps où il prive l'Europe de ses
oeuvres d'art, l'empereur impose dans tous les palais du continent le
« style empire », fait d'acajou et de bronze, de sphinx et d'aigles,
destinée à devenir le style européen.
Ne va-t-on pas, sur le plan spirituel, jusqu'à prévoir l'installation du pape à Paris ?
Et le français s'impose dans tous les textes administratifs à côté de la langue locale, souvent en bilingue.
Napoléon franchit les Alpes
par Jacques-Louis David
Enfin, étendue à tous les départements de l'empire, le
système de la conscription assure de vastes brassages de population.
L'armée réunie pour envahir la Russie en 1812 regroupe des soldats de
toute l'Europe : Belges, Hollandais, Allemands de la rive gauche du
Rhin, Italiens du Piémont, considérés comme Français, mais aussi
Napolitains, Suisses, Danois, Allemands de la Confédération du Rhin,
Espagnols, Autrichiens, Prussiens, Croates etc.
Il y aura même une décoration européenne : l'ordre de
la Réunion.
Peut-on nier que l'Europe était alors faite ou en voie de l'être ? Et
pourtant cette construction va s'écrouler en un an, la fatale année
1813 qui suit le désastre de Russie. Comment expliquer cet
effondrement ?
Mettons à part les problèmes religieux nés du conflit
avec le pape. L'excommunication de Napoléon ne fut pas connue et un
accord avec Pie VII aurait été trouvé sans la catastrophe de Russie.
L'Europe de Napoléon reposait sur la force et sur une
édification empirique. Lorsqu'il annexe, lorsqu'il impose, l'empereur
ne fait jamais appel au référendum, ce plébiscite dans l'utilisation
duquel il était passé maître en France. Le Grand Empire est d'abord une
machine de guerre contre l'Angleterre : fermer le continent aux
marchandises anglaises pour ruiner son commerce et son industrie et
précipiter la chute de la livre sterling, condamnant ainsi « la perfide
Albion » à accepter la paix.
Mais le blocus continental a été une arme à double
tranchant. En se fermant aux exportations anglaises, l'Europe se prive
de sucre, de café et de cacao. L'industrie française, spécialisée dans
le luxe, ne peut suppléer les manufactures britanniques. Les privations
- qui durent -, même tempérées par la contrebande, facteur
d'insécurité, créent un vif mécontentement. Même Hegel s'indigne du
mauvais café qu'il doit boire. Et le système continental avantage en
Angleterre les grands propriétaires, qui voient leurs récoltes
favorisées par l'arrêt des importations du continent. Or ce sont eux
qui dirigent la vie politique, grâce aux « bourgs pourris », et non les
industriels et les négociants.
C'est l'affaire d'Espagne qui est à l'origine de la
ruine de l'Europe napoléonienne. Les Espagnols ont mal vécu la
substitution à Charles IV de Joseph Bonaparte. Elle ne s'imposait pas
et allait à l'encontre du principe proclamé par la Révolution française
elle-même du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. L'orgueil
national a provoqué en Espagne une révolte, immortalisée par le Dos de
Mayo de Goya et par le Catéchisme espagnol :
D. Dites-moi, mon enfant, qui êtes-vous ?
R. Espagnol.
D. Que veut dire Espagnol ?
R. Homme de bien.
D. Combien y a-t-il d'obligations à remplir et quelles sont-elles ?
R. Trois : être chrétien, descendre sa patrie et mourir plutôt que de se laisser vaincre.
La patrie. Voici que ressuscite le cri de « Vive la
nation ! » Le sentiment national s'exacerbe au Tyrol où Andreas Hofer
refuse l'annexion de son pays à la Bavière. Il se développe dans toute
l'Allemagne déjà frémissante en 1809 lorsque Staps tente d'assassiner
Napoléon : « Vous tuer n'est pas un crime, c'est un devoir. »
Dès 1807, Fichte avait lancé ses Discours à la nation
allemande et, en Italie, tandis que Foscolo affirme qu'une nation ne
saurait exister si elle ne jouit de la liberté, Leopardi se prépare à
donner à l'idée nationale la place d'honneur qu'elle tiendra dans le
romantisme italien.
Après la défaite de Leipzig en 1813, qui consacre la
perte de l'Allemagne, une réaction nationale se développe en Suisse, en
Hollande, en Belgique. Vive la nation ! Le Grand Empire est ramené en
1814 à notre hexagone. L'Europe napoléonienne est morte.
En 1815 l'Europe était faite. Ce n'était plus l'Europe
des Lumières, ni l'Europe des baïonnettes, c'était l'Europe des
diplomates, l'Europe du congrès de Vienne, celle de Metternich, celle
de l'équilibre réfléchi à l'inverse de l'empirisme napoléonien. La
Belgique était rattachée à la Hollande pour rassurer l'Angleterre, la
Pologne, indirectement, à la Russie, pour contenter le Tsar, et
l'Italie retrouvait les Bourbons de Naples, le pape et la maison de
Piémont-Sardaigne. Les souverains d'avant 1789 étaient restaurés et
leur légitimité garantie par la Sainte Alliance qui veillait sur le
nouvel ordre européen. Metternich pensait avoir construit
définitivement l'Europe. Il avait oublié le principe de nationalité. En
1830, les cris de « vive la nation ! » chatouillèrent ses oreilles ; en
1848, il fut emporté par eux.
Telle la tapisserie de Pénélope, l'Europe était une nouvelle fois à refaire.
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| mardi 24 novembre 2009, a 16:26 |
| Histoire de la choucroute |
La Choucroute est un plat classique des brasseries
parisiennes, tout comme de la gastronomie allemande et alsacienne, mais
son histoire a été très mouvementée. Son mode de fabrication n'a pas
été modifié depuis des siècles, comme en témoigne l'article Sauerkraut
de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert :
l'étymologie y est expliquée : Sauer signifie aigre, et Kraut, chou.
« On commence par couper des chous blancs en tranches extrêmement
minces. Les Allemands ont pour cet usage une planche faite comme un
rabot, et garnie d'un fer tranchant ; en passant le chou sur cette
espèce de rabot, il se coupe en tranches minces, qui sont reçues dans
un baquet qui est au dessous du rabot. Lorsqu'on en a amassé une
quantité suffisante, on met ce chou ainsi coupé dans des barils, on en
fait des couches que l'on saupoudre avec du sel et quelques grains de
genièvre ; et quand le baril est plein on le couvre d'une planche, et
l'on met un poids dessus, afin que le chou coupé soit pressé fortement.
On met le tout dans une cave, et on le laisse fermenter pendant
quelques semaines. Lorsque l'on veut en manger, on lave ces choux, et
on les fait cuire avec du petit salé, des saucisses, des perdrix, et
telle autre viande que l'on veut". Dans les siècles passés, il existait
des coupeurs de choucroute qui se déplaçaient de village en village et
de ferme en ferme. On utilise actuellement du chou de la variété
Quintal d'Alsace, et la choucroute est toujours fabriquée de façon
industrielle ou artisanale suivant les mêmes principes que ceux décrits
par l'Encyclopédie, mais pour garder la choucroute blanche et de bonne
qualité, il faut enlever tous les dix jours la saumure qui surnage et
la remplacer par de la saumure fraîche.
Son origine
Mais d'où vient la choucroute ? Elle vient de façon sûre de l'Est,
comme en témoigne sa popularité dans les terres de culture allemande.
Mais, on pense actuellement que la choucroute a été apportée de Chine
par les envahisseurs mongols de la Horde d'Or qui ont pénétré jusqu'en
Europe Centrale, avant de s'installer pour des siècles dans la Moscovie
actuelle. Ce mode de conservation avait l'avantage de donner un produit
d'assez longue conservation, de bonne qualité sanitaire, et facilement
transportable. Il a été appliqué au chou, mais aussi aux raves, pour
obtenir en Alsace, ce que l'on appelait la Surirave.
La Choucroute n'est pas arrivée en France par l'Alsace, mais par la Suisse : ce sont en effet les Suisses de la Garde Royale
qui l'ont apportée à Paris. Depuis François 1er, et la bataille de
Marignan, les cantons suisses notamment alémaniques fournissaient un
contingent de soldats d'élite à la royauté française. Ce sont eux qui
se firent tuer lors de la prise des Tuileries par les Sans-Culottes le
10 Août 1792. Les gardes suisses amenèrent au cours du XVII° siècle la
choucroute à Paris : de la Sauerkraut, de leur dialecte suisse
alémanique, on passa à la Surcroute, puis à la Choucroute.
La choucroute connut au XVIII° siècle, une célébrité maritime.
Avant même que la vitamine C soit connue, on s'aperçut que la
choucroute, riche en cette vitamine, pouvait prévenir la survenue du
scorbut, fléau des navigations au long cours de la marine à voile. Elle
fut ainsi embarquée par le Capitaine Cook dans ses voyages
d'exploration dans le Pacifique, qui lui attribuait l'excellente santé
de ses matelots. Elle fut détrônée dans cet usage à la fin du XVIII°
siècle par l'utilisation des citrons dans la marine anglaise.
La popularité de la choucroute ne s'est pas démentie depuis le XVIII° siècle : Alexandre Dumas,
dans son « Grand Dictionnaire de Cuisine », nous en dit : « C'est le
mets par excellence des Allemands qui en raffolent ; aussi est-il passé
en proverbe qu'un moyen certain de se faire assommer, c'est : en
Italie, de ne pas trouver les femmes jolies ; en Angleterre, de
chicaner le peuple sur le degré de liberté dont il jouit ; et en
Allemagne, de ne pas croire que la choucroute est un mets des Dieux ». Joseph Favre,
dans son « Dictionnaire Universel de Cuisine », paru en 1894, rapporte
une histoire cocasse de « cette Alsacienne des environs de Colmar, qui
un dimanche matin à l'église, se souvint de n'avoir pas mis le morceau
choisi dans la choucroute, qui était un morceau carré de poitrine de
porc. Vite, elle traverse la foule consternée, en bousculant tout le
monde, se rend chez elle, pose son vieux paroissien romain à côté du
speck, attise me feu, met le lard dans la choucroute et rentre au
service divin. Mais, à peine fut-elle à l'église, qu'un chuchotement
général se fit entendre, suivi de rires étouffés, chez ses pieuses
voisines. On en pouffa ! Lorsqu'on vit la mère X... portant sous son
bras un morceau de lard au lieu de son paroissien ? O ! Douleur, le
saint livre dans la choucroute et le lard pas cuit. Pour comble de
malheur, le mari refusa la choucroute et le lendemain opta pour la
France ».
Sa préparation
La choucroute est cuite pendant quatre heures à l'eau ou au vin
blanc d'Alsace ou du Rhin, surtout le Riesling, avec des grains de
genièvre et de poivre. C'est un plat traditionnellement accompagné de
porc : Joseph Favre dit que « la choucroute sans porc est une belle
sans dents ». La choucroute strasbourgeoise l'associe à des couennes,
de la graisse d'oie, de la palette de porc, des saucisses de Strasbourg
et de Colmar pochées, du cervelas et du jambon. A Paris, les saucisses
sont souvent de Francfort, et l'on y ajoute du cervelas, du lard et
souvent du jarret. En Allemagne, les saucisses sont d'une infinie
variété : les plus fréquemment utilisées sont celles de francfort et de
Nuremberg. A Munich, et à Berlin, on sert le jarret de porc caramélisé
avec de la choucroute. La choucroute peut aussi servir d'accompagnement
à toutes sortes de plats, dont en Alsace l'oie et les gibiers à plumes,
comme les perdreaux et les faisans. L'accompagnement traditionnel de la
choucroute est en Alsace le vin blanc, du noble Riesling au vin de
boisson et de coupage qu'est l'Edelzwicker. On raconte que la bière ne
l'a accompagné que depuis les troubles infinis de la Guerre de Trente
Ans au XVII° siècle, où le vin manquait souvent. Actuellement vin ou
bière sont classiquement adoptés comme accompagnement de la choucroute.
Le trajet de la choucroute ne manque pas d'intérêt :
depuis la Chine, jusqu'aux Mongols, puis des gardes suisses du Roi de
France aux brasseries parisiennes. C'est un bel exemple de
mondialisation des siècles passés, tellement oubliée que la choucroute,
comme le cassoulet ou la ratatouille paraissent des plats immémoriaux
de notre terroir. Ne boudons pas notre plaisir et goûtons à une bonne
choucroute dans une brasserie vivante et bruyante pour célébrer
l'arrivée de l'automne, d'autant qu'elle est parfaitement digestible,
étant déjà fermentée.
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| mardi 17 novembre 2009, a 16:39 |
| mémoire et migraine |
Mémoire : la preuve par 9

Êtes-vous mémoratif de ce qui vient de vous être dit ? Vous sentez-vous mémorieux ?
Ce ne sont pas là des mots inventés mais ayant bel et bien existé. À
vrai dire, même s'ils n'étaient déjà plus très répandus au XIXe siècle, d'une part la formule être mémoratif de quelque chose – c'était s'en souvenir – se trouve encore dans le Dictionnaire de l'Académie de 1878, d'autre part, être mémorieux, avoir de la mémoire, c'est une formule que George Sand utilisait encore dans ses romans.
Comme 90 % des mots français, le mot « mémoire »
remonte effectivement à un mot latin, memoria, l'aptitude à se
souvenir, mais on peut encore le faire venir de plus loin, presque de
la nuit des temps, d'une racine indoeuropéenne reconstituée, à
l'origine du latin, du grec, du gaulois, du germanique, et de quelques
langues indiennes. Cette racine serait (s)mer définissant probablement
le souvenir.
Puisqu'on évoque les temps très anciens, on rappellera la mythologie et la divinité de la mémoire, Mnémosyne,
qui fait partie des Titans ou plus exactement des Titanides. Elle est
la fille d'Ouranos, le ciel, et de Gaia, la terre, belles références !
Mnémosyne prouva qu'elle était de forte santé en accueillant Zeus neuf
nuits de suite, et allez savoir pourquoi, de ces neuf nuits naquirent
neuf enfants, les neuf Muses. Avec parmi elles, une muse d'excellence,
Clio, la muse de l'histoire ! Ce n'était pas une mômerie que ces neuf
nuits, et d'ailleurs une mômerie c'est, avouons-le, un mot qu'il
fallait glisser, parce qu'il s'agit tout simplement de l'anagramme du
mot mémoire, mêmes lettres mais dans un ordre différent.
On restera du côté des Grecs avec la racine mnemo, en s'intéressant à un mot récent mnémotechnique.
L'adjectif inventé en 1825 désigne tous les procédés qui, sur la base
d'associations mentales, permettent de mémoriser des choses difficiles
à retenir. On a tous en tête quelques « trucs » mnémotechniques, par
exemple cette phrase apprise en nos vertes années, en tant que
pense-bête à propos des classiques : « Penchée sur la racine de la bruyère, la corneille boit l'eau de la fontaine molière »…
On n'oubliera pas non plus les chiffres avec, par
exemple, ces deux phrases : Que j'aime à faire apprendre un nombre
utile aux sages, et Monsieur Vous Tirez Mal Je Suis Un Novice Pitoyable… Quel pourrait être tout d'abord ce « nombre utile aux sages » ? Je vais vous aider : le premier mot de Que j'aime à faire apprendre un nombre utile aux sages est « Que », combien de lettres ? 3. Deuxième mot « j' », combien de lettres ? Une. Troisième mot « aime » ? 4 lettres. Ce qui donne… 3, 1, 4 : 3,14, « pi » ! et ainsi de suite. Quant à Monsieur Vous Tirez Mal Je Suis Un Novice Pitoyable,
Monsieur commence avec un M, comme Mercure, Vous par un V comme Vénus,
Tirez par un T comme Triton, Mal comme Mars, Je comme Jupiter, Suis
comme Saturne, Un comme Uranus, Novice comme Neptune, Pitoyable comme
Pluton (la dernière planète découverte tardivement). Ça tombait bien on
pouvait ajouter un adjectif à novice…
Il faut aussi de la mémoire ne serait-ce que pour retenir les
différents types de mémoire… Par exemple, si on se tourne du côté des
animaux, on peut avoir une mémoire de linotte, qui ne retient rien, de
lièvre, qui oublie tout au fur et à mesure, de fourmi, c'est-à-dire
très précise, ou d'éléphant, très longue dit-on. Si l'on pense à ses
organes, on peut avoir la mémoire du ventre, donc de la reconnaissance
pour ceux qui nous nourrissent bien, mais aussi avoir une mémoire
gustative, sensorielle, visuelle. Ne parlons pas de la mémoire
biologique, celle de nos cellules, ou de la mémoire immédiate, celle
des faits récents, ou différée, celle d'un passé plus lointain, de la
mémoire affective, celle de Proust, qui se souvient des sensations
passées en goûtant une madeleine, mémoire involontaire à dissocier de
la mémoire volontaire, reconstituée par l'intelligence. Et il faudrait
aussi ajouter la mémoire des chiffres, la mémoire verbale, la mémoire
individuelle ou au contraire la mémoire collective, celle d'un peuple.
Enfin, signalons une mémoire étonnante, celle que les médecins
appellent la mémoire panoramique, qui parfois dans des situations de
dangers mortels, offre en quelques centièmes de seconde des pans
entiers du passé. Et si on évoque la mémoire externe, tampon,
temporaire, virtuelle, auxiliaire, circulaire, intermédiaire, interne,
magnétique, principale, annexe, centrale, etc., on l'a deviné,
l'informatique est au rendez-vous.
On comprend donc qu'on puisse avoir des trous de mémoire et qu'on ait de la « fuite » dans les idées, comme le chante si bien Catherine Lara. On est sauvé par Balzac qui soutient qu'« oublier est le grand secret des existences fortes et créatrices. ». Alors, on a envie de dire comme Jules Renard : « J'ai une mémoire admirable, j'oublie tout. »
Migraine à mi-temps…

Si on voulait faire un jeu de mots sur le mot migraine,
quels seraient les deux mots qu'on pourrait à la limite y reconnaître ?
Mi et graine assurément, mais si on a une forte migraine, on ne peut
évidemment s'empêcher de penser que ce n'est tout de même pas qu'une
moitié de la tête qui est concernée. Et pourtant, c'est bien l'origine
du mot migraine que l'on vient de deviner. La migraine, c'est en effet
un mot issu du grec hemikrania, avec hemi, qui veut dire moitié, comme
dans hémisphère, et krania, qui désigne le crâne. En latin médical on
disposait donc du mot hemicrania qui s'est abrégé par le début comme
lorsqu'on a abrégé américain en ricain, par aphérèse disent les
linguistes, hemicrania, hemicraine a donc donné migraine en faisant
disparaître le hé du début du mot.
La migraine dit Furetière en 1690, l'auteur de notre premier dictionnaire encyclopédique, est le « mal
aigu qui afflige la moitié de la tête, qui se dit proprement quand on
n'en sent la douleur que d'un côté, soit à droit(e), soit à gauche. » Et il ajoute – et là attention à ne pas déclencher une migraine – : « La
migraine est causée par les vapeurs mordicantes élevées des
hypochondres à la tête, qui pressent et piquent le péricrane ou les
méninges du cerveau. » Bigre ! l'affaire est sérieuse. Voilà qui
prend la tête, se prendre la tête étant au passage une expression
familière très probablement issue d'un calque de l'anglais : to take
someone's mind, littéralement « prendre l'esprit de quelqu'un ». On préférera de loin l'Académie qui déclare en 1694 : « Les odeurs très fortes donnent la migraine », c'est plus simple !
De fait, la migraine est vite devenue un mot échappant au corps médical pour être synonyme de « mal de tête ».
Curieusement, ce mot a beaucoup plu, et bien des écrivains s'y sont
effectivement intéressés. On n'en citera que deux : Balzac et Roland
Barthes, un pour chaque moitié du crâne.
D'abord, Balzac, qui vise les femmes dans La physiologie du mariage. Que dit-il de la migraine ? « L'affection
dont les ressources sont infinies pour les femmes est la migraine.
Cette maladie, la plus facile de toutes à jouer - car elle est sans
aucun symptôme apparent - oblige à dire seulement : J'ai la migraine. » D'une certaine manière, Balzac préfigure le Dictionnaire des femmes publié en 1962 par « six hommes », auteurs anonymes (ah les lâches… !) qui consacrent un article entier au mot « migraine » en commençant par citer une femme déclarant : « Je
serais sortie avec plaisir ce soir, mais j'ai une effroyable migraine.
Quel dommage ! » Et les auteurs anonymes d'ajouter qu'heureusement ce
mauvais coup est « un peu passé de mode ».

Pour l'autre hémisphère cérébral, sans doute le gauche,
qui dit-on est celui de la pensée forte, donnons la parole à Roland
Barthes, cité dans le Grand Robert : « J'ai pris
l'habitude, dit-il, de dire migraines pour maux de tête (peut-être
parce que le mot est beau). Ce mot impropre (car ce n'est pas seulement
d'une moitié de ma tête que je souffre) est un mot socialement
injuste : attribut mythologique de la femme bourgeoise et de l'homme de
lettres, la migraine est un fait de classe : voit-on le prolétaire ou
le petit commerçant avoir des migraines ? » Notre grand homme
n'aurait sans doute plus raison aujourd'hui, le mot migraine s'étant
totalement installé dans l'usage courant.
Il existe en français très familier des expressions plus imagées à éviter, même aux lendemains de fêtes trop arrosées : « J'ai un troupeau de bisons sous le scalp… » lit-on dans les romans policiers lorsque le héros souffre de ce que l'on appelle la « gueule de bois ».
Reconnaissons cependant que l'expression populaire offre l'avantage de
pouvoir moduler, par exemple, en déclarant : j'ai des gros bisons, des
petits, des moitiés de bisons, des mi-bisons qui dansent sous le scalp…
Et puis après tout, voilà qui nous fait émigrer dans l'Ouest américain !
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| jeudi 12 novembre 2009, a 11:20 |
| Dictionnaire de la Grande Guerre 1914-1918 |
En 2008, à l'heure de la commémoration du 90e anniversaire de la fin de
la Grande Guerre, ce dictionnaire propose un regard renouvelé et
exhaustif sur ce conflit majeur du XXe siècle. Rémy Porte,
lieutenant-colonel, docteur en histoire et spécialiste de cette
période, a co-dirigé cet ouvrage.
Si de nombreux ouvrages existent sur la Grande Guerre,
aucun ne référence ni n'analyse tout ce qui se rapporte à ce conflit
mondial. François Cochet et Rémy Porte proposent aujourd'hui cet
ouvrage, fruit de milliers d'heures d'études et de recherches.
Complémentaires – l'un est professeur des Universités,
l'autre lieutenant-colonel – ils apportent leur double regard, civil et
militaire, sur ces quatre années interminables qui firent entrer
l'Europe dans un cycle de tragiques métamorphoses.
A leurs côtés, ils ont rassemblé les meilleurs
chercheurs, civils et militaires, professeurs confirmés ou jeunes
historiens, français, étrangers… Au total, une quarantaine d'auteurs
ont participé à cet ouvrage collectif.
Tous les domaines sont abordés
Sont présents les batailles, les territoires, les
armements, le matériel, les conditions de vie, les notions
d'engagement, de contrainte, de patriotisme… et bien entendu les
hommes, anonymes et glorieux. Une large place est accordée aux
écrivains et poètes, ceux morts au combat comme Alain-Fournier ou
Charles Péguy, et ceux marqués à vie par cette épreuve. Parmi eux
citons quelques académiciens, Paul Claudel, Henri de Montherlant, Charles Maurras.
Véritable outil de travail, ce Dictionnaire de la Grande Guerre
propose, à la fin de chaque notice, les cotes d'archives et les
références bibliographiques. Il est également enrichi d'une trentaine
de cartes.
Tout concourt à rendre cet ouvrage indispensable à tous ceux qui
s'intéressent à l'histoire européenne du XXe siècle.
Lieutenant-colonel Rémy Porte
Présentation de l'éditeur :
En
ces temps de 90e anniversaire de la fin de la Grande Guerre, et alors
que s'est éteint le dernier des poilus, ce Dictionnaire apporte un
éclairage nouveau et exhaustif sur ce conflit qui non seulement ouvre
le XXe siècle mais donne les clés pour en comprendre les soubresauts.
Sont ici présentés les hommes, les batailles, les territoires et les
nombreux théâtres d'opérations mais aussi les armements, les matériels
et les conditions de vie, les notions d'engagement ou de contrainte,
d'insoumission et de fraternisation, de patriotisme surtout… Une grande
place en outre est réservée aux écrivains, à ceux qui sont tombés pour
la France (Alain-Fournier, Péguy, Psichari…) comme à ceux, rescapés
mais traumatisés, qui raconteront les tranchées, les gaz, Verdun et le
Chemin des Dames…
Le livre, outil de travail
Le dictionnaire se veut outil de travail. Nous avons
voulu, le plus fréquemment possible, indiquer des cotes d'archives, des
références bibliographiques qui viennent compléter chaque rubrique. La
bibliographie générale et les annexes font de ce dictionnaire un
ouvrage de référence permettant de pousser plus loin la curiosité du
lecteur pour la Grande Guerre. Une trentaine de cartes illustrent le
volume.
Les auteurs ont choisi de s'attacher plus
particulièrement à trois niveaux de rubriques, afin de mieux cerner les
spécificités de ce premier conflit mondial : des hommes, des lieux et
des concepts.
•Des hommes : parce que ce sont eux, anonymes ou glorieux, qui ont été
les acteurs du drame, qui ont pris les décisions, qui ont souffert,
combattu et travaillé dans les tranchées et à l'arrière.
•Des lieux : parce que la démarche n'a jamais été faite aussi
systématiquement jusqu'à maintenant d'éclairer le plus largement
possible, sans toutefois prétendre à l'exhaustivité dans ce registre,
le plus grand nombre de lieux précis de la Grande Guerre, en essayant à
chaque fois de préciser s'ils sont mémoriellement marqués aujourd'hui.
•Des concepts : parce que l'approche historique, si elle se nourrit
toujours de récits et de repères chronologiques, se doit aujourd'hui de
replacer dans des problématiques scientifiques et comparatives.
Les maîtres d'œuvre :
•François Cochet
Professeur des universités en histoire contemporaine (Paul Verlaine
– Metz), agrégé, il est spécialiste des prisonniers de guerre et de
l'expérience combattante. Il a notamment publié :
Rémois en guerre (1914-1918), l'héroïsation au quotidien, Presses universitaires de Nancy, 1993 ;
Soldats sans armes. La captivité de guerre, une approche culturelle, Bruxelles, Buylant, 1998 ;
Les soldats de la Drôle de guerre, Paris, Hachette, 2004 ;
-Survivre au front, les poilus entre contrainte et consentement, Saint-Cloud, 14/18 Editions, 2005.
Il a dirigé de nombreux colloques dont 1916-2006 : Verdun sous le regard du monde, Saint-Cloud, 14/18 Editions, 2006.
•Rémy Porte Rémy
Lieutenant-colonel, docteur en histoire et ancien chef de la
division recherche du service historique de l'armée de terre, puis du
département terre du service historique de la défense. Il a en
particulier récemment publié aux éditions 14/18 :
La mobilisation industrielle, premier front de la Grande Guerre ? (2005),
La conquête des colonies allemandes, 1914-1918. Naissance et mort d'un rêve impérial (2006),
Du Caire à Damas, 1914-1919. La France et la guerre oubliée qui redessina le Moyen-Orient (2008).
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| jeudi 12 novembre 2009, a 11:14 |
| l'armistice du 11 novembre 1918... |
A l'occasion du 90e anniversaire de l'armistice du 11
novembre 1918, le musée de l'Armée a organisé, en partenariat avec
l'Université permanente de la ville de Paris, un cycle de conférences
autour des suspensions d'armes ou armistices les plus importants de
l'histoire moderne ou contemporaine de la France.
Le 11 novembre 1918 à 2h15, dans le wagon de commandement du maréchal Foch
installé dans la clairière de Rethondes, débute la cérémonie de
signature de l'armistice. Ce n'est que trois heures après, à 5h, que le
long texte est signé. L'ordre est aussitôt transmis de suspendre les
hostilités.

Photo prise à l'issue de la signature de l'armistice
Clemenceau pouvait
annoncer la victoire de la France, victoire qu'il promettait un an
auparavant dans son discours d'investiture, le 20 novembre 1917 : « Un
jour, de Paris au plus humble village, des rafales d'acclamations
accueilleront nos étendards, vainqueurs, tordus dans le sang, dans les
larmes, déchirés des obus, magnifique apparition de nos grands morts.
Ce jour, le plus beau de notre race, après tant d'autres, il est en
notre pouvoir de le faire. Pour les résolutions sans retour, nous vous
demandons, messieurs, le sceau de votre volonté ». En ce mois de
novembre 1917, la position militaire de la France ne permettait pas de
croire à l'éventualité d'une victoire. Seul Clemenceau s'était montré
confiant.
Depuis avril 1917, les américains s'étaient associés
aux Français et aux Anglais mais il faut attendre presque un an avant
leur entrée réelle dans le combat. Les premiers combattants américains
rejoignent les champs de bataille en avril 1918, à un moment où la
situation des alliés est critique. Les allemands sont même sur le point
de l'emporter. Que se passe-t-il pour qu'un armistice soit signé au
profit des alliés, quelques mois plus tard, le 11 novembre ?
Pour en savoir plus lisez les ouvrages de Jean-Jacques Becker. C'est un spécialiste
européen de l'histoire de la Grande Guerre, auteur de nombreux ouvrages
sur cette période. Il a publié récemment « la Grande Guerre » une histoire franco-allemande aux éditions Tallandier notamment...
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| jeudi 05 novembre 2009, a 11:53 |
| L’estragon est-il cancérigène ? |
Certaines plantes aromatiques, consommées en quantité excessives, sont nuisibles à l'homme. Les plantes aromatiques sont un atout essentiel pour donner de la
saveur à vos plats. Cependant, certaines d'entre elles sont à consommer
« avec précaution ». À très fortes doses, l'estragole par exemple peut
causer de graves maladies.
La noix de muscade
par exemple est mortelle lorsqu'elle n'est pas râpée et ingérée dans sa
totalité. Consommée en grande quantité, (5 à 20 grammes) elle devient
cancérigène et touche les cellules du foie.
D'autres plantes contenant de l'estragole (estragon, basilic, anis et fenouil) peuvent toucher le foie et induire des cancers. L'estragole est en effet un carcinogène génotoxique (qui induit des altérations du gène). Mais comme à chaque fois, tout dépend de la dose ingérée.
 noix de muscade
L'estragon dans l'industrie agroalimentaire
Pour une recette classique d'un poulet à l'estragon, la
recette nécessite 18 feuilles d'estragon pour un plat de 5 personnes
(soit environ 5 mg/pers). Les doses peuvent être en revanche dix fois supérieures dans les
plats cuisinés (la dose maximale autorisée est de l'ordre de 5g
d'estragon par kilo !). Cette différence de dosage est aussi incroyable
qu'inquiètante pour certains chercheurs. Il demande d'ailleurs à ce que les
doses maximales autorisées dans l'industrie agroalimentaire européenne
soient réétudiées par des organismes indépendants des firmes
alimentaires.
 Estragon
Overdoses d'estragon !
Pour les rongeurs, l'estragole devient toxique à partir
de 2 grammes par kg. Chez l'homme, Philippe Verger, directeur de recherche à l'INRA, a calculé lui-même
que pour provoquer des lésions du foie, il faudrait ingérer 100 kg
d'estragon ou 200 grammes d'huiles essentielles. Cette dose vous semble
loin de votre consommation habituelle ?! Pourtant, ceux qui utilisent
des huiles essentielles sont concernés. L'huile essentielle est en
effet un concentré de cet aromate où une tonne d'estragon est
néccesaire pour produire deux à cinq litres d'huile.
Utilisée en
huile de massage ou en goutte pour lutter contre le hoquet, elle
agrémente également les plats cuisinés.
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| mardi 13 octobre 2009, a 16:05 |
| Le sel, un aliment indispensable ! |
Le sel est un aliment indispensable à la vie. Connu sous le nom
chimique de chlorure de sodium, il maintient l'eau à l'intérieur des
cellules de notre organisme. Les besoins en sel ont varié au cours du
temps. Quand le régime alimentaire des hommes préhistoriques était
essentiellement carné, les besoins en sel étaient largement assurés ;
mais quand, au Néolithique, l'homme est devenu éleveur et agriculteur,
les besoins en sel sont devenus plus importants tant pour
l'alimentation humaine, que pour celle des troupeaux. La recherche en
sel est alors devenue primordiale.
Deux sortes de sel
Il existe deux sources principales de sel dans la
nature : le sel de mer et le sel gemme ou sel de terre, qui est un sel
fossile, témoin de l'évaporation des mers anciennes à l'origine de
lagunes salines. Il existe dans de nombreux pays, comme en France dans
le Jura, en Allemagne dans la région de Halle et en Autriche dans la
région de Salzbourg, des sources salines qui ont été repérées depuis
très longtemps : le site éponyme de la civilisation celte en
Haute-Autriche, Hallstatt, est une mine de sel exploitée dans le
premier âge du fer, vers 700 ans avant notre ère. Il existe de
nombreuses autres sources de sel de terre dans le monde, comme les lacs
salés asséchés du Sahara, ou les déserts salé d'Atacamara au Chili, ou
les salines précolombiennes de Maras, au Pérou, près de Cuzco,
exploitées depuis plus de 4000 ans. Les modes de récolte du sel varient
selon les climats : pour le sel de terre, l'évaporation naturelle du
sel par le soleil est la règle dans les pays tropicaux et même en
Castille. Dans les pays d'Europe du Nord, on injectait de l'eau pour
dissoudre le sel gemme et on le chauffait dans des poêles géantes que
l'on alimentait avec du bois, puis plus tard avec du charbon, ce qui a
concouru à la fois à des déboisements importants, puis à des
plantations de bois de chauffe. Le sel de mer était soit évaporé au
soleil, comme encore de nos jours dans les marais salants de Guérande
(où l'on recueille le sel de plus grande qualité, la fleur de sel) ou à
Aigues-Mortes dans les salines du midi, soit dans les pays humides et
froids comme l'Essex , la Zélande ou la Normandie, chauffé comme pour
le sel gemme. Dans les pays chauds et humides, comme le Golfe de Guinée
en Afrique, on brûlait des herbes pour en extraire le sel.
Le sel dans la religion
Le sel a eu dans de nombreuses religions une valeur sacramentelle.
Dans la Bible, dans la Genèse, lors de la destruction de Sodome et de
Gomorrhe, « la femme de Lot regarda en arrière et elle devint une
statue de sel ». Dans l'évangile de Marc, le Christ dit « vous êtes le
sel de la terre. Mais si le sel perd sa saveur, avec quoi la lui
rendra-t-on ? ». Chez les Grecs, le sel était considéré comme un don de
Poséidon, et les Romains épandirent du sel sur les ruines de Carthage
pour que la menace carthaginoise soit éliminée à jamais, avant de
reconstruire une ville romaine à son emplacement ! Dans l'hagiographie
chrétienne, Judas est souvent identifié sur les tableaux de la Cène par
une salière renversée. Le sel est resté longtemps, comme un moyen de
conjurer le mauvais sort.
Le problème de la répartition
Le problème de la répartition du sel se posa très rapidement tant
en Orient qu'en Occident. A Rome, le sel faisait partie avec l'huile et
le blé des distributions gratuites à la plèbe. C'était le condiment
plébéien par opposition au garum et au poivre, aristocratiques. Pour
maintenir un prix bas, éviter la spéculation sur ce produit
indispensable à la vie, et apporter des ressources fiscales,
le sel fut taxé dès 204 avant notre ère. A Rome, la taxation resta
modérée et n'entraîna jamais de révoltes fiscales, ce qui témoigne de
la sagesse des anciens romains. Le salaire
des légionnaires était en partie donnée en sel : ce qui est à l'origine
du mot salaire, toujours en usage de nos jours. En Chine, le même
problème se posa, et la taxation du sel tant gemme que marin fut
instituée dès le deuxième millénaire avant notre ère et confirmé
régulièrement ensuite. Il existait un contrôle étatique de la
production, une organisation de greniers d'état et un minium de
consommation obligatoire pour chacun. Cet afflux de ressources fiscales
permit l'expansion de la Chine. L'invention du papier monnaie par les
Chinois est directement liée au sel : le papier monnaie
était garanti initialement par de la monnaie métallique, du sel et du
thé, puis à partir de 1048, la valeur indiquée sur les billets
correspondait à un poids de sel : le système fonctionna car
l'imposition était proportionnelle aux capacités financières.
L'impôt sur le sel
Tel ne fut pas le cas en Europe. Il existait de toute éternité de
nombreuses taxes touchant le sel : taxes à la production, droits de
transport, dîmes et droits seigneuriaux, touchés par les féodaux et des
ecclésiastiques. Mais, il existait de nombreuses fraudes (liées
notamment à l'hydratation du sel), il fallait distribuer le sel à toute
la population et aussi assurer de nouvelles ressources fiscales.
Instauré en Italie, à Florence (« Taxa Boccara » ou impôt des bouches),
et à Venise, où l'on estimait « qu'il n'y avait pas de profit supérieur
à celui engendré par l'impôt du sel", puis en Castille, il fut institué
en Provence par Charles d'Anjou en 1255 par « l'Ecrit de la Gabelle ».
La Gabelle est devenue
l'impôt le plus impopulaire de l'ancien régime : le sel ne pouvait être
acheté qu'à des greniers d'état à un taux prohibitif et il existait des
disparités profondes entre les provinces : pays de grande et de petite
gabelle, pays de salines, provinces exemptées. L'impôt était récolté
par la ferme générale, reformée par Sully, puis par Colbert. L'impôt
était tellement impopulaire qu'il existait de la contrebande, tenue par
des faux-saulniers, et une police chargée de la répression, dont les
agents étaient surnommés les Gabelous,
terme qui désigne encore familièrement les douaniers de nos jours. La
Gabelle fut abolie par la Révolution Française sur les conseils de
Necker.
La diabolisation du sel
La saga du sel n'était pas finie pour autant. L'époque moderne a
été marquée par la diabolisation du sel. Des médecins, au XIX° siècle,
ont identifié l'effet délétère du sel sur les sujets atteints
d'insuffisance cardiaque. Puis des études épidémiologiques, notamment
chez les aborigènes d'Australie, ont montré que la consommation de sel
était directement proportionnelle au risque d'hypertension artérielle.
D'où les conseils modernes de limiter la consommation de sel.
Parallèlement, le sel a pu servir à des actions de santé publique : le
sel a pu être additionné d'iode, pour prévenir l'insuffisance
thyroïdienne par carence iodée, et de fluor pour prévenir les caries
dentaires.
Le sel n'est donc pas un aliment anodin : alimentation
indispensable à la vie, qui a suscité un commerce universel marin ou
terrestre, sacramentel dans de nombreuses religions, mode de
conservation universel (comme en témoigne le succès toujours actuel de
la morue et des anchois), enfin facteur de risque cardio-vasculaire de
nos jours s'il est consommé en excès.
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| mardi 06 octobre 2009, a 17:24 |
| Cryptologie : nos informations sont-elles sécurisées ? |
Bien avant l'apparition des premiers ordinateurs,
l'Homme a toujours ressenti le besoin de dissimuler des informations.
L'empereur Jules César déjà, cryptait ses messages !
Mais depuis la création d'Internet, le phénomène s'est accéléré.
Faire transiter des informations sans que des personnes autres que les
destinataires puissent y accéder, devint primordial. Ainsi faisons-nous
appel à la cryptologie pour coder et décoder les messages.
Mais plus largement, la cryptologie entre dans le
domaine de la sécurité informatique. La cryptologie est ainsi également
utilisée pour coder vos informations sur votre carte vitale, votre
carte bancaire...
La Défense également la cryptologie pour faire circuler un message
d'uns instance à une autre.
La cryptologie est essentiellement basée sur
l'arithmétique. Il s'agit dans le cas d'un texte par exemple, de
transformer les lettres qui composent le message en une succession de
chiffres.
Actuellement, le système le plus utilisé s'appelle RSA (du nom de ses auteurs Rivest, Shamir et Adelman). Créé en 1978, il s'agit d'un algorithme à clé publique.
(une clé publique est un système qui nécessite deux combinaisons : l'une pour le chiffrement l'autre pour le déchiffrement)
Le cryptosystème RSA est basé sur la difficulté de factoriser de
grands entiers. Il est encore largement utilisé, même si actuellement
des recherches se portent sur la cryptologie quantique.
Fonctionnement du système RSA (extrait du rapport de Christophe Soulé et Olivier Pironneau) :
Supposons que A veuille communiquer avec B sans que C puisse lire.
A traduit son message en un nombre m, par exemple en remplaçant chaque lettre par sa
position dans une table ; avec la table de numérotation de l'alphabet « a » devient 01,
« b » devient 02... « z » devient 26.
B choisit 2 nombres premiers p et q tels que n=p.q >m et choisit aussi un nombre e qui
n'a pas de facteur commun4 avec (p-1).(q-1) ; puis il calcule d tel que5
d.e=1 mod (p-1).(q-1).
Le nombre d est la « clef privée » et le nombre e est la clef publique. La longueur n est
connue de tous. Codage : A demande donc à B la clef e, calcule c= me mod n et envoie c
à B
Décodage : B reconstruit m par m = cd mod n, puis rétablit le message par la table en
regroupant6 les chiffres 2 par 2.
La méthode est fondée sur le (petit) théorème de Fermat :
med = m mod p = m mod q = m mod pq
La sûreté de la méthode est basée sur le fait qu'il n'est pas possible de deviner d en un
temps t petit même en connaissant m, n et e car cela reviendrait à pouvoir trouver les
facteurs premiers de n (i.e. p et q) en un temps de l'ordre de t, donc petit, ce qui est
considéré (mais non démontré) comme infaisable. _ Actuellement il faut 3 mois pour
factoriser un nombre de 640 bits ; un prix est donné à celui qui fait mieux !
Exemple : Pour coder « ab » la table de l'alphabet donne m=102 ; en choisissant p=13 et
q=11, soit n=143, on a (p-1).(q-1)= 120 on peut donc prendre e= 13 et d=37 car
13x37=120x4+1. Alors A calcule c=(10213mod 143)= 115 qui est envoyé à B . Puis B
effectue (11537 mod 143) qui vaut bien 102. B complète à gauche par zéro pour avoir un
nombre pair de chiffres et retraduit 0102 en « ab ».
La cryptologie est utilisée partout dans notre vie de
tous les jours, mais elle n'est qu'un élément parmi d'autres concernant
la sécurité informatique. En France, beaucoup d'entreprises codent
leurs informations, mais il n'existe qu'une centaine de cryptologues
purs sur notre territoire.
Il faut dire que la demande de cryptologues n'est criante. En effet,
les grandes entreprises qui ont besoin de crypter des informations
préfèrent passer par une société spécialisée plutôt que d'avoir leurs
propres experts. Songez que deux entreprises seulement créent nos
cartes bancaires. Seuls les ministères de l'Intérieur et de la Défense
ont leurs propres spécialistes.
Cependant, si vous pensez que tous vos faits et gestes sont codés, restez vigilants.
Concernant vos courriels, changez de mot de passe régulièrement, mais sachez que tous vos messages seront tout de même susceptibles d'être lus .
Le paiement sécurisé sur Internet, ne l'est pas à 100% !
Pour deux raisons : non seulement, « la clé » qui figure sur votre
carte est courte (donc facile à décrypter), mais le plus souvent, des
malfaiteurs recopient une page Internet à l'identique ; « une
contrefaçon de site Internet » en quelque sorte. Alors que vous pensez
passer votre commande sur un site officiel, vous communiquez en réalité
vos références bancaires à un escroc.
Sachez également que la carte électronique de transport parisien "Navigo" a posé des problèmes avec la CNIL.
En effet, l'usager qui utilisait sa carte était automatiquement fiché,
et ses trajets pouvaient être répertoriés. La CNIL, commission
nationale informatique et liberté, qui veille au respect de la vie
privée des français, a donc exigé que les informations soient cryptées
pour ne pas qu'elles soient exploitées à des fins commerciales. |
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| mardi 29 septembre 2009, a 10:01 |
| Le sol, ressource rare |
L'agriculture
intensive et l'appauvrissement des sols, les glissements de terrains
conséquences de la déforestation, et la pollution aux nitrates des eaux
de surface nous ont fait prendre conscience de la fragilité du sol, de
sa « non-renouvelabilité » et de l'étonnante vie qui dépend de lui.
On l'oublie un peu trop souvent, le sol nous permet de :
Produire les aliments
Réguler le cycle et la qualité de l'eau
Accumuler du carbone et limiter l'effet de serre
Recycler les matières organiques
Entretenir la biodiversité
Fournir des matériaux pour la construction et l'industrie
Cet article s'intéresse plus particulièrement au sol, espace vivant
qui contribue à l'absorption de nos polluants organiques et qui
fourmille de micro-organismes à cet effet.
 Photo aérienne de champs cultivés dans l'Aube
Aujourd'hui, l'importance de préserver la biodiversité de micro-organismes dans le sol est acquis.
Certains micro-organismes sont pathogènes, responsables de dégâts
qui causent par exemple la fonte des semis, les nécroses racinaires et
autres maladies vasculaires.
C'est la raison pour laquelle les cultivateurs, mais
aussi les jardiniers du dimanche ont pris le parti de « désinfecter »
les terres, avec des méthodes les plus souvent polluantes et dont
certaines sont interdites aujourd'hui telles que le bromure de méthyle.
Mais les souches microbiennes peuvent aussi se révéler les
meilleurs alliés de ces mêmes cultivateurs et jardiniers. Actuellement
plusieurs souches microbiennes sont commercialisées pour une protection
de la plante sans pour autant polluer le sol.
De l'importance du lombric
Par les micro-organismes qui contribuent à la
croissance de plantes, on trouve le vers de terre ! Il exerce en effet
une influence importante sur certains phénomènes physiques comme le
transfert d'eau, de gaz et de solutés chimiques et biologiques dans le
sol.
Engrais et agriculture biologique
L'azote, le phosphore et le potassium ne répondent pas
totalement aux besoins des plantes et tous deviennent néfastes en trop
grande quantité. Tout est question de dosage : il ne faut pas donner plus que ce
que le sol peut assimiler. Mais la tentation est grande lorsqu'on
assiste à une baisse des rendements.
Avec l'agriculture biologique, les sols sont
initialement plus riches en matières organiques, les teneurs en azote
potentiellement minéralisables sont plus élevées tandis que les teneurs
en nitrates sont régulièrement plus faibles.
Mais on observe une grande diversité de système de culture en
agriculture biologique. En effet, comment convertir un sol jusqu'à
présent utilisé pour ces cultures « classiques » en culture
biologique ?
Ne va-t-on pas petit à petit être confrontés à l'appauvrissement des sols ?
L'épandage : un fertilisant à exploiter avec modération
Les épandages de lisiers de porcs en Bretagne sont
responsables de plus en plus des problèmes de pollution des nappes
phréatiques aux nitrates. Des problèmes de toxicité sont à craindre à
la fin du siècle.
Les épandages sont-ils un risque pour notre santé ? La
question demeure lorsque l'on sait que les boues contiennent des
pesticides mais aussi des hormones stéroïdes. Les composants les plus
persistants sont toujours présents dans le sol après 30 ans.
Quant aux PRO (boue, compost de
boue, compost de bio déchets, fumier et fumier composté), ils ne
semblent pas présenter de risques à court et moyen terme, s'ils sont
utilisés de manière réglementaire. Les effets à long termes restent à
évaluer.
En revanche, les effets positifs sur la fertilité du sol sont avérés
dès les premiers épandages.
 L'épandage est réglementé depuis 1993 en France
Des plantes pour dépolluer les sols
 Thlaspi perfoliatum
ou tabouret des bois est une plante extrêmophile qui aime les sols
particulièrement riches en métaux. Elle fait partie des plantes
utilisées pour la phytoremédiation
Pour dépolluer une partie des sols, les chercheurs se
penchent de plus en plus sur « la phytoremédiation ». Il s'agit de
sélectionner des plantes qui vont s'attaquer aux polluants organiques,
aux molécules carbonées comme les hydrocarbures lourds, les huiles de
pétroles, mais aussi les substances pharmaceutiques, les solvants
chlorés, les pesticides… et enfin les métaux, le plomb, le cadmium, et
l'arsenic.
Les végétaux étudiées pour la phytoremédiation sont certaines algues, champignons et plantes vertes.
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| mardi 15 septembre 2009, a 15:14 |
| les énergies du futur |
On estime que les réserves de charbon s'épuiseront d'ici 200 ans,
celles de gaz naturel dans 100 ans et que nous viendront à bout de
notre pétrole en 2050… Parallèlement l'inquiétante augmentation
d'émission de gaz à effet responsable du réchauffement climatique nous
pousse vers l'exploitation de nouvelles sources énergétiques
« vertes ».
Il
semble à première vue que l'épuisement des ressources fossiles nous
pousse irrémédiablement à devenir plus écologiques. Mais cette embellie
ne semble pas pour tout de suite ! La Chine, les Etats-Unis et même
l'Allemagne construisent en effet actuellement des centrales à charbon.
Pourquoi ?
Si cette ressource fait partie des énergies fossiles épuisables,
elle demeure encore en bonne quantité sous nos pieds. Par ailleurs, les
cartographies répertoriant les mines de charbon sont assez
inexplicablement peu tenues à jour. On mise donc sur la découverte de
nouveaux gisements… On estime l'épuisement de cette ressource d'ici 200
ans, mais ceci dépend tout à la fois de notre consommation et des
découvertes ou non d'autres mines.
Ajoutons à cela que le charbon est l'énergie qui émet le plus de CO2
dans l'atmosphère, soit le plus d'émissions de gaz à effet de serre…
Finalement, les bouleversements climatiques et la pollution semblent
bien loin des considérations politiques et économiques…
Mines de Forzando en Afrique du Sud
Pour remédier à cette inquiétante teneur de CO2 toujours grandissante dans l'atmosphère, de grandes firmes pétrolières réalisent actuellement des essais de capture de CO2
pour l'injecter sous terre. Pour obtenir des résultats, il faudrait
d'ici 2050, en injecter entre 10 et 20 milliards de tonnes par an. Mais
cette pratique reste très couteuse. Surtout, les précautions à prendre
sont telles que les possibilités restent limitées : en effet le CO2 doit être injecté dans des lacs souterrains très profonds, aux parois non calcaires. Dans le cas inverse, le CO2 dissolvant cette roche provoquerait à terme d'immenses glissements de terrain.
Séquestration du CO2 dans les lacs souterrains
Le gaz réinjecté sous terre pourrait-il redevenir carbone, et donc de nouveau source d'énergie ?
Non répondent les scientifiques, car sous terre serait injecté non seulement du CO2
mais aussi tous les autres gaz qui restent piégés dans l'atmosphère. Il
est impossible de dissocier tous ses gaz pour les réinjecter
séparément. Or pour faire du carbone, il faut du CO2 pur.
La meilleure solution semblerait-il, serait de diversifier nos énergies, et si possible, renouvelables et vertes !
Les autres sources d'énergies :
Les centrales nucléaires :
Elles restent un moyen sûr de source d'énergie électrique, même si le
problème de gestion des déchets n'est toujours pas résolu (En France
75% de notre énergie électrique est d'origine nucléaire). Autre point
faible : l'impossibilité du stockage de cette énergie, qui oblige à
tous les pays producteurs de conserver des centrales au gaz et au
charbon.
L'hydroélectricité :
Cette énergie représente 15% de notre énergie en France, une source non
négligeable. Mais France s'est équipé au maximum, cette ressource est a
son maximum. Ailleurs, il reste toujours difficile de convaincre une
population de quitter son village, et les sites sont souvent éloignés
de la demande la plus forte.
 Le parc éolien est en expansion en France
Les éoliennes et l'énergie solaire (photovoltaïque) :
La France s'étant fixé pour objectif d'atteindre les 21 % d'énergies
renouvelables d'ici 2010, l'éolien se développe rapidement sur notre
territoire. Le photovoltaïque reste encore peu développé en France,
mais il est devenu courant en Allemagne. Le grand intérêt de ces deux
énergies réside dans le fait qu'elles sont à la fois vertes et
renouvelables. Mais leur caractère intermittent (les éoliennes ne
fonctionnant pas lorsque le vent est trop faible mais aussi inversement
lorsque le vent est trop fort) font des ces énergies intermittentes un
appoint intéressant, mais qui ne peuvent pas remplacer à elles seules
une centrale nucléaire.
 Principe de la géothermie
La géothermie :
En France, cette énergie renouvelable s'est développée dans les années
70 au moment de la flambée du prix du pétrole. Elle est de nouveau très
étudiée pour équiper l'habitat. Il s'agit de faire chauffer sa maison
par un système d'air puisé en sous-sol qui garantit 8°c dans la maison
(aussi bien en été qu'en hiver). Cette source fait office de
climatisation naturelle l'été, et garantit au moins 8°c l'hiver, ce qui
permet de réaliser des économies d'énergie. La plus ancienne
installation en France est celle de la Maison de la Radio, à Paris, qui
fonctionne depuis 1961 à partir d'un puits unique alimenté par
l'aquifère de l'Albien. Le fluide géothermal est puisé à 500 m de
profondeur et sa température s'élève à 27°c.
Et pour les énergies de transport ?
Le problème de l'énergie n'est à ce stade que bien
partiellement résolu. En effet 70% de notre consommation en pétrole est
utilisé exclusivement pour les transports. Par quoi remplacer notre
carburant ?
Le biocarburant :
Nombreux sont les scientifiques à déclarer que cette solution est une
impasse. Outre le coût énergétique supérieur à la production d'un litre
d'éthanol, la totalité des terres cultivées ne suffirait pas en 2030 à
faire fonctionner le parc des véhicules dans le monde, le tout au
détriment de l'alimentation des 9 milliards d'habitant que nous seront.
La biomasse :
Une solution intéressante pour Bernard Tissot. Concrètement, il s'agit
de relancer la plantation d'arbres, de les couper et d'accélérer le
phénomène de fermentation pour en faire ensuite des biocarburants. Non
seulement le reboisement participerait à la capture du CO2
par le biais de la photosynthèse, mais cette énergie verte
n'émietterait pas de gaz à effet de serre. En Allemagne, la chancelière
allemande Angela Merkel a inauguré le 17 avril 2008 l'inauguration de
la raffinerie de la société Choren, unique au monde à Freiberg où 18
millions de litres de biodiesel pourraient y être produits chaque année
à partir de copeaux de bois, de lait de l'industrie agroalimentaire, de
la paille ou encore de la mauvaise herbe.
Cependant, des spécialistes émettent des réserves. La raffinerie
reste très couteuse et la fiabilité de ces carburants na pas encore été
totalement prouvée.
L'hydrogène, avec l'utilisation de la pile à combustible :
Cette pile n'apparaîtra qu'à titre expérimental que dans les années
2030-2050. L'hydrogène est déjà envisagé pour faire voler les avions.
Début 2008, la société d'aéronautique américaine Boeing a annoncé
avoir fait voler pour la première fois en Espagne un avion propulsé par
une pile à hydrogène (mais pas pour le décollage). L'avion a volé
pendant 20 minutes à une vitesse de100km/h. L'utilisation d'une pile à
combustible comme énergie principale pour les avions de grande taille
n'est pas planifiée pour ces prochaines années, l'utilisation de
l'hydrogène posant encore de nombreux problèmes de production, de
stockage et de rentabilité économique.
 Avion Boeing ayant volé avec de l'hydrogène (février 2008)
L'électrique :
Bernard Tissot pense que l'énergie électrique, qui fut un cuisant échec
dans les années 1990 dans les transports, pourrait faire un retour en
force, avec les progrès nécessaires à une plus grande autonomie. Le
développement des transports en commun (bus, train, tramway) sera aussi
la règle.
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| mercredi 09 septembre 2009, a 11:55 |
| Histoire de la grippe espagnole |
La grippe
espagnole tua plus de 400 000 personnes en France, peu avant les années
20 et notamment pendant la Grande Guerre. Retour sur cette hécatombe
tragique que les virologues redoutent de nouveau avec le H5N1, appelé
aussi "grippe aviaire". Paul Léophonte et Charles Pilet nous livrent
leurs explications dans une communication commune qui se déroulait lors
de la journée du livre à l'Académie nationale de médecine en septembre
2008.
La grippe espagnole, qui s'est rependue de 1918 à 1919, a fait 30 millions de morts en Europe selon l'Institut Pasteur.
On lui doit ce nom du fait que l'Espagne, non impliquée dans la
Première Guerre mondiale, a pu, en 1918, publier librement les
informations relatives à l'épidémie du H1N1. Ainsi les journaux
français parlaient de la « grippe espagnole » qui faisait des ravages
« en Espagne » sans mentionner les cas français, tenus secrets pour ne
pas faire savoir à l'ennemi que l'armée était affaiblie.
Hôpital de campagne n°45 de l'armée américaine à Aix-les-Bains, pendant la pandémie de grippe espagnole en 1918
En France, ce fut l'équivalent de 100 à 300 morts par
jour, dans des conditions très difficiles : des soins de fortune, plus
assez de cercueils ni de corbillards.
Parmi les artistes morts de la grippe espagnole, on compte Guillaume Apollinaire, mort 2 jours avant l'armistice à l'âge de 38 ans.
De même, le peintre expressionniste Egon Schiele décédera le 31 octobre 1918. Anecdote émouvante, son dernier tableau La famille représente sa femme morte quelques jours plutôt de cette même grippe, avec l'enfant qu'il avait espéré.
 Egon Schiele La Famille, 1918. Huile sur toile.
L'auteur Edmond Rostand, immortel de l'Académie française, mourra le 2 décembre 1918, après une répétition de la reprise de L'Aiglon (pièce dramatique de Rostand écrite en 1900).
Cette grippe n'avait rien de commun avec les grippes
ordinaires. Son caractère fulgurant provoquait une mortalité 25 fois
plus importante que la mortalité « habituelle » des épidémies.
Il faut attendre 1933 pour découvrir le virus (H1N1) chez l'homme.
Les grippes virulentes existaient bien avant la grippe espagnole. On
les appelait alors « Orion » ou encore « Folette » (pour Louis XV).
Aujourd'hui, les virologues estiment que les pandémies
se répandent au rythme de trois par siècle. Après la grippe asiatique
et la grippe de Hong Kong, les scientifiques sont donc en attente d'une
prochaine pandémie mais qui n'émanera par forcément du H5N1 (grippe
aviaire).
Retour sur le grippe aviaire
Le H5N1 n'est pas apparu comme par miracle en 2006. Ce
virus est connu depuis 1959. On l'a vu apparaître en Ecosse, appelé
alors « peste aviaire », puis en 1991 en Angleterre, à Hong Kong en
1997 et en 2003 dans les pays asiatiques. _La nouveauté réside dans le
fait que ce virus n'a pas été éliminé tout de suite comme les
épizooties précédentes. On l'a laissé se développer pour des raisons
commerciales (certains pays n'ayant pas intérêt à déclarer cette
maladie aux instances internationales) et/ou pour insuffisance de
services vétérinaires.
Aujourd'hui, le H5N1 constitue une menace car il peut muter ou se recombiner dans un virus humain en passant par le porc.
Pour Charles Pilet, il est temps de rapprocher les connaissances en matière de médecine animale et de médecine humaine :« Il
faut développer la recherche dans ce domaine, mais également accentuer
la veille sanitaire. Enfin, il serait bon de réfléchir à un
enseignement sur les zoonoses, dans le cadre d'études préparatoires aux
études vétérinaire, mais également aux études médicales ».
Charles Pilet est vétérinaire, membre de l'Académie des sciences et de l'Académie de médecine
Paul Léophonte
est professeur honoraire de l'université Paul-Sabatier de Toulouse,
ancien chef de service de pneumologie à l'hôpital Larrey, membre
correspondant de l'Académie nationale de médecine.
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| vendredi 04 septembre 2009, a 10:59 |
| Grippe A : faut-il réellement s’inquiéter ? |
Copie d'un entretien du professeur François Bricaire, membre correspondant à l'Académie nationale de médecine
La grippe A est
le fruit de recombinaisons entre des virus porcin, humain et aviaire.
Le stockage de traitements antiviraux, de masques de protection, la
prévision de vaccination de la population, la fermeture des écoles… et
le terme de « pandémie » employé par l'OMS en juin 2009 pour qualifier
l'expansion du virus met le public en alerte. Faut-il réellement
s'inquiéter pour notre santé ? Écoutez l'avis du professeur François
Bricaire, chef du service de Maladies infectieuses et tropicales, à la
Pitié-Salpêtrière à Paris.
 Le professeur François Bricaire, chef du service des maladies infectieuses et tropicales à la Pitié-Salpêtrière
A la date du 21 juillet 2009, l'OMS faisait état de 135 000 cas confirmés et 816 décès liés à la grippe A à travers le monde.
En France, le premier décès d'une jeune fille de 14 ans lié en partie à la grippe A est survenu le 30 juillet 2009.
Ces chiffres nous permettent-ils d'utiliser le mot « pandémie » ?
« Oui ! » explique François Bricaire. La
définition du mot pandémie ne tient pas compte du nombre de morts, mais
des pays touchés par une maladie. « La pandémie n'est pas synonyme d'un nombre élévé de malades, et n'est pas associé à un fort taux de mortalité ».
En juillet, l'alerte était déjà de niveau 6 pour l'OMS, et de 5 pour la France. Pourtant, la grippe A semble bénigne. « Je dirais que sa virulence est identique à celle d'une grippe saisonnière très moyenne pour l'instant »
explique François Bricaire. En revanche, ce que redoutent les
épidémiologistes, c'est la mutation de ce virus, qui pourrait avoir la
méchante idée de s'acoquiner avec d'autres virus plus virulents.
« Un des facteurs "alertant" de cette grippe A,
c'est sa propagation dans l'hémisphère nord, alors que nous sommes en
été. Ce n'est pas commun » affirme François Bricaire.
La grippe A, comme la grippe saisonnière, a un fort
pouvoir de mutation. Preuve en est, les vaccins de notre grippe
"classique" changent tous les ans. En ce sens, les quelque 140 millions
de doses au total qui se préparent ne seraient-elles pas inutiles le
jour où nous entamerons une campagne nationale de vaccination ?
 Quelque 140
millions de doses de vaccin ont été commandés par la France à trois
groupes pharmaceutiques : les laboratoires GSK, Sanofi-Aventis et
Novartis
« Ils ne seront pas obsolètes, mais il
est certain qu'ils risquent de ne pas répondre totalement à une attaque
virale sévère. La question de la vaccination contre la grippe A couvre
beaucoup d'autres débats : devrons-nous passer outre les essais
cliniques pour mettre rapidement le médicament sur le marché ? Qui
vaccinerons-nous en premier ? Parmi la population qui ne sera pas
vaccinée, on compte les enfants pour qui il est interdit d'administrer
un produit dont on ne connait pas les effet. Mais ces enfants ne
seraient-ils pas à terme une population vulnérable face à un virus qui
mutera et se renforcera pour passer la barrière du vaccin ? »
N'en fait-on pas trop ?
On pourrait répondre à cette question en présentant trois groupes de pression :
Le
gouvernement. Il affiche une prise en charge efficace, basée sur le
plan prévu initialement pour la grippe aviaire en 2005. Si l'opération
de sécurité sanitaire est indispensable, il est indéniable que la
grippe fait également office de communication politique.
Les entreprises pharmaceutiques. Elles jouent également un rôle sur l'accent anxiogène donné au virus.
Les
médias. Ils s'assurent une couverture médiatique pendant les jours
d'été, là où d'habitude on bataille pour trouver des sujets vendeurs.
Cependant, affirme François Bricaire, « si
les choses sont un peu surjouées, il ne faut pas perdre de vue le fond
qui est bien réel. Sans céder à la panique, il est nécessaire de rester
prudent et de s'informer sur la conduite à tenir si le virus était
amené à se développer ».
Cette émission a été enregistrée le 31 juillet 2009 et prend en compte les chiffres de l'OMS publiés courant juillet.
François Bricaire est professeur des universités, chef du service de Maladies Infectieuses et tropicales à la PITIE-SALPETRIERE à Paris.
Il est correspondant à l'Académie nationale de médecine.
En savoir plus :
François Bricaire, Jean-Philippe Derenne, Les nouvelles épidémies comment s'en protéger ?, éditions Flammarion 2009
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| mercredi 08 juillet 2009, a 15:47 |
| le piment américain |
Découvert en 1493
par Christophe Colomb à Cuba, le piment se répand à une vitesse
fulgurante dans le monde. Même les européens attachés à leur poivre,
s'accoutument du piment dès le XVIIIe siècle.
Le piment fut une des premières plantes alimentaires
découvertes par Christophe Colomb lors de son premier voyage en 1492.
Il le découvrit le 1er Janvier 1493 à Hispaniola, notre actuelle
Cuba. Son journal de bord, perdu, ne nous est connu que par une version
abrégée due à Bartolomé de Las Casas, surtout célèbre comme protecteur
et défenseur des Indiens. Il nous rapporte qu' « il y a beaucoup d'aji, qui est leur poivre et qui est bien meilleur que le nôtre ».

Christophe Colomb Portrait réalisé par Ridolfo Ghirlandaio
Le piment était répandu dans toute l'Amérique précolombienne. Peut être
originaire des hauts plateaux du Chili, où il pousse à l'état sauvage,
il était connu aussi bien au Pérou sous le même nom d'aji, qu'au Mexique sous le nom de chili (d'où le nom du plat historique de la Conquête de l'ouest des États-Unis, le chili con carne)
mais aussi au Brésil. Il servait à aromatiser de nombreux plats de la
triade précolombienne (maïs, haricots et courges), mais aussi le
chocolat maya ou aztèque : l'empereur aztèque Moctezuma en offrit au
conquistador Cortès.
Christophe Colomb puis Cortès ramenèrent le piment en
Espagne, et le présentèrent aux Rois Très Catholiques. Cultivé
rapidement dans toute l'Espagne dès 1526, il pénétra lentement dans le
Languedoc et le Pays basque français au XVIIe siècle, ce qui
nous vaut encore la culture du piment d'Espelette. De là, il pénétra en
Italie, puis fut apporté par les marchands vénitiens qui le firent
découvrir aux Ottomans, où il fut très apprécié des sujets du Grand
Turc : il se répandit dans toutes leurs possessions, dans les Balkans à
l'origine du Paprika Hongrois et dans le Maghreb où il devint la
harissa, l'épice du couscous. Ce fut au contact des turcs qu'un
botaniste allemand, Leonart Fuchs, en donna la première description
botanique en 1542. Ailleurs en Europe, son succès fut plus limité, ne
concurrençant jamais les épices de l'Insulinde (poivre, clou de girofle
et muscade) dont la mode passa cependant en même temps que les épices
arrivaient en Europe en grande quantité après les grandes découvertes.
la Harissa

Ce furent les Portugais qui assurèrent au piment une
diffusion mondiale et un succès extraordinaire. Du Brésil, les
Portugais l'importèrent, l'acclimatèrent et le cultivèrent à Madère,
puis dans le golfe de Guinée et au Mozambique, et dès 1505, il était
présent à Goa et à Calicut en Inde, où il se répandit comme une traînée
de poudre : sans doute en raison de la facilité de culture de cette
plante annuelle facile à cultiver, et de son coût minime par rapport au
poivre, il était présent dans tout le sous-continent Indien dès 1560.
Il y était tellement omniprésent qu'on désigna pendant longtemps en
Europe le piment sous le nom de poivre de Calicut ou de poivre d'Inde.
Il n' y a d'ailleurs pas de nom spécifique pour différencier le piment
du poivre en anglais ou en allemand, et le français piment descend de
l'espagnol pimiento en raison de ses propriétés
tinctoriales. De l'Inde, le piment suivit les routes de la soie vers
Samarkand et la Chine vers l'Est, et rejoignit l'Empire Ottoman vers
l'Ouest ; par voie maritime, il atteint l'Insulinde et la Chine. Les
espagnols, quant à eux, partirent d'Acapulco au Mexique pour l'amener
aux Philippines puis en Chine du Sud. En moins d'un siècle, le piment
avait conquis toutes les régions tropicales de l'Ancien Monde.

L'incorporation du piment dans toutes les cuisines de
l'ancien monde fut tout aussi rapide. C'est devenu un constituant
essentiel des cuisines indiennes et chinoises. Le piment est
omniprésent dans la cuisine népalaise, tout comme il l'est dans les
cuisines sud-américaines. Seule l'Europe résistait toujours. Redoutant
la redoutable capsicaïne, qui donne sa force au piment, elle ne se
laissa convaincre que par le poivron : le poivron est un piment doux et
charnu sélectionné, qui ne contient plus de capsicaïne. Obtenu par les
patients travaux des agronomes, il se répandit d'Espagne en France par
le sud-ouest, le Languedoc et la Provence, où il est signalé en 1793.
Il est à l'origine de plats identitaires, contenu dans la paella
espagnole, la pizza margharita italienne (où il représente le vert du
drapeau italien), ou dans la piperade béarnaise. Il faut simplement
souligner que la ratatouille, plat provençal emblématique, faite de
légumes du nouveau monde (courgettes, tomates, poivrons) et de l'ancien
(l'aubergine indienne) n'est apparue au plus tôt qu'à la fin du XIXe siècle ou plutôt au début du XXe siècle, et n'est pas signalée dans La cuisinière provençale de Jean Baptiste Reboul.
Ce n'est qu'au XXe siècle, que les piments seront adoptés
par nos contemporains : l'attrait des cuisines exotiques richement
pimentées dans les restaurants asiatiques, chinois, vietnamiens et
indiens, la redécouverte des cuisines créoles (bien que la pimentade
ait été signalée dès 1720), et l'apparition sur nos tables de sauces
richement pimentées comme les sauces Cajun et le Tabasco ont largement
concouru à nous familiariser avec le piment. Dans le Sud des
Etats-Unis, il existe même des concours de sauces pimentées, pour
déterminer quelle est la plus forte ou « hot » ! L'adoption par les
français de la cuisine maghrébine comme la harissa du couscous et les
saucisses pimentées ou merguez dans la seconde moitié du XXe siècle concourra aussi à la popularisation du piment.
Sauce Cajun

Restent deux questions dérangeantes : pourquoi le
piment a-t-il été le produit du nouveau monde qui s'est le plus
rapidement répandu dans l'ancien ? Alors que la tomate et la pomme de
terre mettront deux siècles de plus pour y parvenir, le maïs, le
haricot et la courge n'avaient pas eu à souffrir de ces ostracismes. Et
pourquoi le piment a-t-il autant de succès dans tous les pays de la
ceinture tropicale de la planète ?
Aucune explication n'est vraiment satisfaisante, qu'il s'agisse du
faible coût, de sa facilité de culture, de ses propriétés réelles
(antioxydantes ou antiseptiques) ou supposées (aphrodisiaques ou
stimulantes). Le mystère nous est sans doute aussi impénétrable que le
goût immodéré du moyen âge pour les épices.
( pub : découvrer le site boosterblog sur http://www.boosterblog.com

)
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| mercredi 08 juillet 2009, a 15:42 |
| bornéo |
Bornéo, île du sud-est asiatique partagée entre
l'Indonésie, la Malaisie et le sultanat de Brunei, est riche de sa
flore et de sa faune. On y dénombre de nombreuses espèces animales et
florales, notamment de Nepenthes. Comment, aujourd'hui ces espèces
sont-elles menacées ? Quelques éléments de réponses dans ce billet de
Françoise Thibaut.
 Jeune fille de la tribu des femmes-girafe
Les plus âgés d'entre nous se souviennent peut-être de
Vitold de Golish : lorsque la télévision française était encore en noir
et blanc, avec une seule chaine, il nous contait, la fin des années
1950, présentée par - je crois - Pierre Sabbagh, ses aventures en
Birmanie avec les femmes-girafes ou les femmes-éléphants, les coupeurs
de toute l'ile de Bornéo, les plantes carnivores et les orangs-outangs.
Au même moment un film en couleur Continent perdu
avec son étrange musique, nous faisait découvrir cet univers plein de
mystère. Désormais, il n'y a plus guère de femmes-girafes, seulement
les plus âgées auxquelles on ne peut retirer cette encombrante dot.
Bornéo n'est plus une île impénétrable : cette grosse pomme de
terre terrestre, montagneuse et entièrement boisée de forêt primaire, a
d'abord été cisaillée à la suite des luttes d'indépendance et des
découvertes pétrolières : les Britanniques d'abord ont
administrativement séparé le sultanat de Brunei, là où avaient été
trouvées ce qu'ils pensaient être les seules poches pétrolières de la
région. Ainsi, ils ont fait de cette minuscule enclave un royaume dont
le souverain est parmi les plus fortunés de la planète.
Lors des indépendances, la Fédération de Malaisie a
inclus le nord de l'ile, désormais divisé en deux unités : Sabah et
Sarawak qui s'ouvrent lentement au tourisme, sous des climats, il faut
bien le dire, assez accablants.
Les forages exploratoires ayant continué, cette fois
pour le compte de l'Indonésie qui a récupéré tout le reste de Bornéo,
tout le sud-est de l'ile est désormais hérissé de derricks off-shore ou
pas, de tuyaux et de villes hâtivement construites pour accueillir le
personnel des compagnies pétrolières de toutes nationalités. Cette
région a déjà connu plusieurs catastrophiques marées noires dévastant à
jamais une faune et une flore exceptionnelles.
 Nepenthes
Bornéo est la patrie des Nepenthes ces urnes végétales
avides d'insectes dont on ne connait pas encore toutes les variétés.
Les grands singes sont en extinction en raison du déboisement, de la
perte de leur habitat et de leur nourriture, ainsi que du braconnage.
Les forêts, les cascades d'eau claire sont en grand danger : Bornéo est
définitivement un continent perdu. |
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| vendredi 05 juin 2009, a 11:22 |
| Notre sol : une ressource essentielle à protéger |
On l'oubli un peu trop souvent, le sol nous permet de :
Produire les aliments
Réguler le cycle et la qualité de l'eau
Accumuler du carbone et limiter l'effet de serre
Recycler les matières organiques
Entretenir la biodiversité
Fournir des matériaux pour la construction et l'industrie
Intéressons-nous plus particulièrement au sol, espace vivant
qui contribue à l'absorption de nos polluants organiques et qui
fourmille de micro-organismes à cet effet.
 Photo aérienne de champs cultivés dans l'Aube
© Aurélie Cottier / Naturimages
Aujourd'hui, l'importance de préserver la biodiversité de micro-organismes dans le sol est acquis.
Certains micro-organismes sont pathogènes, responsables de dégâts
qui causent par exemple la fonte des semis, les nécroses racinaires et
autres maladies vasculaires.
C'est la raison pour laquelle les cultivateurs, mais
aussi les jardiniers du dimanche ont pris le parti de « désinfecter »
les terres, avec des méthodes les plus souvent polluantes et dont
certaines sont interdites aujourd'hui telles que le bromure de méthyle.
Mais les souches microbiennes peuvent aussi se révéler les
meilleurs alliés de ces mêmes cultivateurs et jardiniers. Actuellement
plusieurs souches microbiennes sont commercialisées pour une protection
de la plante sans pour autant polluer le sol.
De l'importance du lombric
Par les micro-organismes qui contribuent à la
croissance de plantes, on trouve le vers de terre ! Il exerce en effet
une influence importante sur certains phénomènes physiques comme le
transfert d'eau, de gaz et de solutés chimiques et biologiques dans le
sol.
Engrais et agriculture biologique
L'azote, le phosphore et le potassium ne répondent pas
totalement aux besoins des plantes et tous deviennent néfastes en trop
grande quantité. Tout est question de dosage : il ne faut pas donner plus que ce
que le sol peut assimiler. Mais la tentation est grande lorsqu'on
assiste à une baisse des rendements.
Avec l'agriculture biologique, les sols sont
initialement plus riches en matières organiques, les teneurs en azote
potentiellement minéralisables sont plus élevées tandis que les teneurs
en nitrates sont régulièrement plus faibles.
Mais on observe une grande diversité de système de culture en
agriculture biologique. En effet, comment convertir un sol jusqu'à
présent utilisé pour ces cultures « classiques » en culture
biologique ?
Ne va-t-on pas petit à petit être confrontés à l'appauvrissement des sols ?
L'épandage : un fertilisant à exploiter avec modération
Les épandages de lisiers de porcs en Bretagne sont
responsables de plus en plus des problèmes de pollution des nappes
phréatiques aux nitrates. Des problèmes de toxicité sont à craindre à
la fin du siècle.
Les épandages sont-ils un risque pour notre santé ? La
question demeure lorsque l'on sait que les boues contiennent des
pesticides mais aussi des hormones stéroïdes. Les composants les plus
persistants sont toujours présents dans le sol après 30 ans.
Quant aux PRO (boue, compost de
boue, compost de bio déchets, fumier et fumier composté), ils ne
semblent pas présenter de risques à court et moyen terme, si ils sont
utilisés de manière réglementaires. Les effets à long termes restent à
évaluer.
En revanche, les effets positifs sur la fertilité du sol sont avérés
dès les premiers épandages.
 L'épandage est réglementé depuis 1993 en France
Des plantes pour dépolluer les sols
 Thlaspi perfoliatum
ou tabouret des bois est une plante extrêmophile qui aime les sols
particulièrement riches en métaux. Elle fait partie des plantes
utilisées pour la phytoremédiation
Pour dépolluer une partie des sols, les chercheurs se
penchent de plus en plus sur « la phytoremédiation ». Il s'agit de
sélectionner des plantes qui vont s'attaquer aux polluants organiques,
aux molécules carbonées comme les hydrocarbures lourds, les huiles de
pétroles, mais aussi les substances pharmaceutiques, les solvants
chlorés, les pesticides… et enfin les métaux, le plomb, le cadmium, et
l'arsenic.
Les végétaux étudiées pour la phytoremédiation sont certaines algues, champignons et plantes vertes.
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| vendredi 22 mai 2009, a 11:38 |
| Alexandre Ier, le tsar qui vainquit Napoléon... |
Alexandre Ier, tsar de Russie du 23 mars 1801 à sa mort
le 1er décembre 1825, naît à Saint-Pétersbourg, le 23 décembre 1777. Il
est le fils de Paul Ier et de Sophie-Dorothée de Wurtemberg, tsarine
sous le nom de Maria Fiodorovna. En 1793, sa grand-mère, Catherine II,
lui fait épouser Louise Augusta de Bade. Le règne d'Alexandre coïncide
grossièrement avec celui de Napoléon, qu'il combattit à plusieurs
reprises jusqu'à la bataille victorieuse de 1814.
Un tsar réformateur ?
Couvé par sa grand-mère mais élevé à la française,
selon les préceptes du suisse La Harpe, Alexandre développe des idées
libérales radicalement opposées à celles de son père Paul Ier auquel il
succède dans des circonstances troubles. En fait, lorsqu'Alexandre est
informé du complot contre son père, il espère que celui-ci ne sera que
déposé. Or, le complot conduit à l'assassinat de Paul Ier. Un profond
sentiment de culpabilité ne cessera d'hanter Alexandre jusqu'à la fin
de ses jours. Ce parricide ou tsaricide restera à jamais une blessure
ouverte.
Quoiqu'il
en soit, monté sur le trône, Alexandre cherche à engager son pays sur
la voie de la réforme. Il encourage un projet de constitutionnalisation
du gouvernement russe et octroie au Sénat un droit de remontrance. Il
cherche également à favoriser l'émancipation des serfs. Cette œuvre
réformatrice est toutefois limitée. On a souvent vu dans le recul
d'Alexandre devant la réforme, un signe de son caractère velléitaire.
Il n'en est rien ; la résistance de la noblesse et le manque de relais
au sein de la société russe sont les principales faiblesses de son
édifice. En outre, Alexandre a très vite été absorbé par le rôle majeur
qu'il réussit à se tailler dans la diplomatie européenne.
Entrevue des deux empereurs, Adolphe Roehn.
Rappelons qu'Alexandre Ier fut le principal adversaire
militaire de Napoléon. Dans un premier temps, allié à l'Autriche et à
la Prusse, il est gravement défait à Austerlitz en 1805, puis à nouveau
à Friedland en 1807. Il finit donc par accepter l'alliance avec la
France (traité de Tilsit en 1807) contre l'Angleterre et la Suède.
Cette nouvelle alliance permet à Alexandre de conquérir la Finlande.
Cependant, des divergences apparaissent vite avec Napoléon et mettent
fin à l'alliance. En 1812, la campagne de Russie s'avère effroyable.
L'arrivée des troupes françaises dans Moscou et l'incendie de la ville
traumatisent Alexandre qui se tourne alors vers la religion.
Cette
crise mystique ne fait que s'accentuer avec le temps. En 1825, quelques
mois avant sa mort, il envoie son aide de camp à Rome, informer le pape
Léon XII de son désir d'abjurer l'orthodoxie et de ramener la Russie
dans l'Église Catholique Romaine.
Une mort controversée
Alexandre Ier meurt subitement le 1er décembre 1825 à
Taganrog au bord de la mer d'Azov avant d'être inhumé à
Saint-Pétersbourg. Il a quarante huit ans. Dès l'annonce de sa mort,
des doutes naissent en Russie. La rumeur s'installe selon laquelle le
tsar aurait simulé sa mort et se serait retiré loin des hommes, tandis
qu'on lui substituait le cadavre d'un soldat lui ressemblant vaguement.
Quelques
années plus tard, un ermite du nom de Fiodor Kouzmitch fut reconnu par
de nombreuses personnes comme étant Alexandre Ier. Arrêté, fouetté puis
déporté en Sibérie, il devint starets et mourut le 20 janvier 1864 à
Tomsk, en Sibérie.
L'identité
de Fiodor Kouzmitch et d'Alexandre Ier est aujourd'hui admise par
certains historiens qui affirment qu'Alexandre se serait volontairement
retiré du monde, probablement pour expier le meurtre de son père, Paul
Ier, auquel il aurait involontairement pris part en donnant son appui à
la conjuration chargée d'assassiner le tsar dément. Cette rumeur n'est
ni confirmée, ni infirmée. Un élément vient, cependant, accroître le
trouble : lorsque Alexandre III de Russie fit ouvrir le tombeau
d'Alexandre Ier, afin de vérifier le bien-fondé des rumeurs de survie,
le cercueil fut découvert vide...
Présentation de l'éditeur

Du tsar Alexandre Ier, son éternel rival, Napoléon en
exil disait à Las Cases : « Il peut aller loin. Si je meurs ici, ce
sera mon véritable héritier en Europe. » Napoléon est bien mort à
Sainte-Hélène, en 1821 ; mais Alexandre le suivit dans la tombe dès
1825, à l'âge de quarante-huit ans. Et sa disparition brutale, survenue
dans des circonstances troublantes, ajouta encore au mystère de celui
que ses contemporains appelaient le « sphinx ». S'appuyant sur des
archives jusque-là négligées et sur des documents inédits, cette
biographie éclaire d'une lumière nouvelle le destin complexe
d'Alexandre. Marie-Pierre Rey peint ainsi l'enfance du grand-duc, né en
1777, une enfance couvée et régie par sa grand-mère, Catherine II ;
elle décrit son accession au trône en 1801, à la mort de son père, le
tsar Paul Ier, assassiné sauvagement par des officiers dont Alexandre
fut le complice. Cette note tragique qui ensanglante le début de son
règne est vite oubliée, tant le bel empereur sait se faire aimer de sa
Cour et de son peuple. Mais la volonté de réforme dont témoigne
Alexandre est bientôt occultée par son duel avec Napoléon, qui culmine
avec l'invasion de la Russie par la Grande Armée et l'incendie de
Moscou en 1812. Sur cet échiquier titanesque qu'est alors l'Europe tout
entière, le jeune tsar, d'abord craintif face à « Buonaparte », devient
une pièce centrale, il est au coeur des manoeuvres diplomatiques qui se
succèdent parallèlement au fracas des batailles... et peut ainsi entrer
dans Paris, vainqueur, au printemps 1814. La gloire, pourtant,
Alexandre en est las : à mesure que les années passent, c'est son salut
qui préoccupe toujours plus le tsar, une obsession qui prend d'étranges
chemins, puisqu'il envoie à Rome, peu de temps avant de mourir, un
émissaire secret chargé de sonder le pape sur le rapprochement des
Églises d'Orient et d'Occident. L'enquête de sa biographe dans les
archives du Vatican notamment montre que la tentation catholique a bien
effleuré le tsar Alexandre... Est-il vraiment mort, d'ailleurs, en
1825 ? Le doute subsiste...
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voilà l'ambition de ce blog aux sujets divers et variés...
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| commentaire(s) | bornéo majodu77.com (16/10/2009 00:30)On apprend la tri... bornéo Lily (09/07/2009 10:19)Un article interessa... |
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